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Le blog des profondeurs...
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EDITO 210
Ya quoi dans le nouveau cartable Utopia ? eh ben pas mal de choses !A peine la saison précédente  terminée, nous étions tout excités à l’idée de vous présenter plein de nouveautés, quand le président, comme tous les ans , a profité de la torpeur estivale pour nous montrer le pire s’il était enco...

UN PEU PLUS DE SOUTIEN
... du côté des artistes israéliens : Merci Utopia ! Nous soussignés, citoyens israéliens, cinéastes, enseignants et ouvriers de la culture, nous souhaitons remercier le circuit des salles Utopia pour leur décision de décaler la programmation du film israélien “A 5 heures de Paris” et de program...

L'« affaire Utopia » autour du film israélien : une polémique obscène
Texte publié par Simone Bitton sur son blog de Rue89 Les échos du brouhaha autour de la déprogrammation du film A cinq heures de Paris par le réseau de salles Utopia - et son remplacement par mon film Rachel - me sont parvenus tardivement, plus d'une semaine après le début de cette étonnante polémiq...

Eyal Sivan : « Utopia, se réveiller »
Lettre d'Eyal Sivan, Paris 14 Juin 2010. Cela fait des années que les salles du réseau Utopia accueillent à la fois les films et les débats autour d'importants sujets de société dont la France d'en-haut n'aime pas discuter. Les salles Utopia font le lien entre un cinéma indépendant, les réseaux asso...

PUZZLE

(ROMPECABEZAS) Écrit et réalisé par Natalia SMIRNOFF - Argentine 2010 1h28mn VOSTF - avec Maria Onetto, Gabriel Goity, Arturo Goetz, Henny Trailes, Nora Zinsky...

PUZZLE« Ce que nous nommons “émancipation”, c’est le libre choix d’une âme entre différentes limitations. » Chesterton

Cette citation du très anticonformiste mais catholique écrivain policier anglais va peut-être faire grincer les dents de nos spectatrices féministes les plus radicales ou celles de nos camarades anarchistes (pour Vaneigem, « l’émancipation individuelle passe par la jouissance sans entraves »)… Mais pourtant cela résume bien ce joli film tendre et subtil qui va avec humour et poésie à l’encontre d’un certain mépris pour les petits plaisirs secrets des mères de famille. Qui regarde sans dédain, avec une empathie contagieuse, une femme au foyer ordinaire qui ne s'est pas réalisée dans une vie professionnelle éclatante, qui ne prône pas la liberté de multiplier amants ou maîtresses, qui n'a pas un engagement politique affirmé…

Puzzle raconte comment une bouffée d’air vient aérer la vie d'une femme jusqu'ici exclusivement vouée à son époux et à ses fils, une de ces ménagères qui font encore le bonheur des publicités des programmes télé de l’après midi dans une Argentine gentiment machiste malgré le cosmopolitisme historique d’un pays traversé par toutes les influences. Maria del Carmen a la cinquantaine encore fort jolie ma foi, et n'a rien de la femme opprimée. Elle est aimée de son mari (elle fait encore régulièrement l’amour avec lui et y prend plaisir) et de ses grands enfants. Mais ceux-ci, malgré toute l’affection qu’ils peuvent porter à leur épouse et mère, ont fâcheusement tendance à mettre les pieds sous la table au retour du boulot ou du lycée et à fort peu considérer les aspirations personnelles de Maria, dont la vie est aussi paisible mais monotone qu’un long fleuve tranquille.
Et puis un petit rien va changer sa vie. C’est son anniversaire (qu'elle passe surtout dans la cuisine à tout préparer pour la famille et autres invités !), et parmi les cadeaux : un puzzle, le genre de truc que l’on offre quand on ne sait pas quoi choisir et qui généralement finit empoussiéré au dessus d’une armoire.
Mais finalement Maria s’y met à ses moments perdus et affronte l’agencement des quelques 1000 pièces composant le portrait d’une improbable Néfertiti. Et elle s’avère exceptionnellement douée pour l’exercice, qui la passionne, à sa grande surprise. L’envie lui prend donc d’acheter un autre puzzle et, en se rendant à la boutique, elle découvre une annonce d’un joueur qui cherche une partenaire pour préparer un championnat international. Elle y répond en secret, prétendant aller soutenir une vieille tante malade, et se retrouve face à un séduisant quinqua célibataire, à la stature aristocratique et à la culture raffinée, tout l’opposé de ce qu’elle a à la maison. Les choses vont-elles se compliquer dans la vie très rangée de Maria Del Carmen ? A l’excitation intellectuelle générée par la composition des puzzles va se greffer la perspective de nouveaux sentiments, de nouveaux horizons culturels voire géographiques (ira-t-elle au championnat en Allemagne ?), et pourquoi pas une nouvelle vie, à un âge où l’on sait que c’est peut-être la dernière occasion de prendre un nouveau virage.

Natalia Smirnoff décrit avec beaucoup de finesse la modeste révolution intime de Maria, sans manichéisme ni angélisme, sachant jouer d’une intelligente complexité, composant son film tel les puzzles dont il est question. Elle montre combien l’envie de liberté mais aussi de reconnaissance peut se réveiller à partir d’un petit rien et que quand elle est là, rien ni personne ou presque ne peut l’arrêter, transformant la timide et réservée Maria en championne en devenir et peut-être en amoureuse passionnée. Maria Onetto, actrice vedette en Argentine, est remarquable, tout en retenue, mais celle du feu qui couve… Bon je vous laisse, j’ai « La Naissance de Vénus » de Botticelli en 5000 pièces à finir…