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Install-party samedi 18 juin à Tournefeuille
Vous voulez déconfiner durablement vos ordinateurs ? Envie de découvrir une informatique libre, éthique et accessible ? Vous vous sentez une affection naissante pour les gnous et les pinguins ? L’association Toulibre vous propose de venir découvrir les Logiciels Libres, et comme le premier pas v...

Sous l'aile des Anges, et le regard de Terrence Malick
Chers spectateurs, parfois je viens vous voir dans les salles afin de vous rencontrer en direct, d’échanger avec vous, de vous raconter les croustillantes anecdotes de l’exploitante du cinéma aguerrie et acharnée que je suis. C’est tellement profitable les séances collectives, c’est du cinéma. Telle...

L'œil et la Plume : retour critique de LITTLE PALESTINE / D.E.F.I. prod
Basée au Mirail, l’équipe de D.E.F.I PRODUCTION s’est donner pour nouvelle mission d’accompagner des groupes de jeunes à la découverte d’autres cinémas, d’autres films, dans d’autres salles… Plus ou moins régulièrement nous aurons des retours, écrits, filmés, radios, de ces découvertes.... Lire ...

LE DOMOVOÏ - bistrot d'Utopia Borderouge - est (enfin !) ouvert !
« Génie familier de la maison, Domovoï est originellement celui du feu du foyer. Il se fonde sur l’usage de déposer dans la nouvelle maison un feu pris dans la précédente et sur celui d’offrir au domovój, chaque 28 janvier, un pot de gruau recouvert de braises. » Merci Wikipédia, on en sait à pr...

Jeudi 15 mai à 18h, projection unique à Toulouse.

AU BORD DU MONDE

Claus Drexel - documentaire France 2013 1h38mn

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

AU BORD DU MONDEParis, la nuit. C’est ici que vivent Jeni, Wenceslas, Christine, Pascal et les autres. Sans-abri, ils hantent trottoirs, ponts et couloirs du métro, au bord d’un monde où la société ne protège plus. Ils nous font face, ils nous parlent…
Pour Noël, Pascal a décoré sa maison. Tout autour de l'entrée il a disposé des guirlandes, des petites boules rouges, des colifichets qui brillent, qui donnent à cette construction de bois et de carton nichée sous un pont un joli petit brin de fantaisie. Cela lui a pris des années, mais il l'a rendue mignonnette. Recouverte de sa tenture marocaine, loupiotes électriques à l'intérieur, petite table dehors pour boire un coup avec les visiteurs de passage, elle ressemble à une cabane de conte de fées. L'antre d'un magicien ermite, ou d'une sorcière amicale. Pascal converse avec Claus Drexel, l'auteur de ce beau documentaire. On comprend qu'ils ont passé du temps ensemble, beaucoup plus que ce que montre cette séquence, dans laquelle Pascal évoque les regards qui se détournent parce qu'il est insupportable à des gens qui ont un toit de voir la réalité de ceux qui n'en ont pas. « Ils nous rendent invisibles », dit-il en substance…

Comment est-il arrivé dans la rue ? Ce n'est pas le sujet de ce film qui met en lumière le présent de quelques uns de milliers de gens qui, comme Pascal, vivent dans les rues de Paris. Claus Drexel en a rencontré beaucoup, pour finalement se centrer sur treize personnes. Onze hommes et deux femmes dont les habitats de fortunes vont de la bouche d'aération à la maison en dur bricolée sous un pont, en passant par diverses cabanes, tentes, campements de fortune sur les quais de Seine.
Les lieux où il les filme sont splendides, surtout la nuit, quand les éclairages publics répandent leur lumière dorée et que le réalisateur allume sa caméra. C'est la ville lumière, tout en sculptures et en dorures, le Louvre, l'île Saint Louis, l'Arc de Triomphe, la Grande Bibliothèque, le Jardin des Plantes… Claus Drexel filme un Paris vide, déserté par tous sauf par ses SDF, qui reprennent enfin leurs droits. En leur donnant les clés de la ville, il leur rend leur visibilité.

La parole de ces hommes et de ces femmes se déploie dans le silence, glisse sur les parois des monuments, recouvre de sa gravité la splendeur de la cité endormie. Le dispositif magnifie ces personnages ; la qualité d'écoute du cinéaste exalte leur singularité : la passion de celui-ci pour la presse, le tranchant de son analyse politique ; l'humilité bravache de celui-là, migrant qui s'estime heureux d'être arrivé en France, mais qui flanche quand des policiers veulent le déloger de son coin, où il ne gênait personne… Le registre de la conversation instaure un rapport d'égalité presque amical entre le filmeur et les filmés. Aucun ne se plaint. L'humour vient naturellement ; la colère aussi. Sous le charme, le spectateur ne peut détourner le regard, et n'en a nulle envie. Le temps du film, ces SDF ont quitté l'état de spectre. Ils sont devenus ses frères.

(I. Régnier, Le Monde)