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PATERSON

Écrit et réalisé par Jim JARMUSCH - USA 2016 1h58mn VOSTF - avec Adam Driver, Golshifteh Farahani, Barry Shabaka Henley, Kara Hayward, Trevor Parham, Masatoshi Nagase...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

PATERSONLa bande son a beau être d’une sobriété surprenante pour un film de Jim Jarmusch, Paterson est un film infiniment musical, peut-être un des plus musicaux du cinéaste New-Yorkais. Une partition délicate et drôle composée sur le fil d’une semaine ordinaire dans la vie paisible d’un chauffeur de bus, amoureux en couple et poète à ses heures. Sept jours découpés avec une précision métronomique dans la routine d’une ville moyenne du New Jersey, au cours desquels Jim Jarmusch nous initie à la sublimation du quotidien par la richesse des relations coutumières, par l’attention aux détails cachés sous les habitudes, par la poésie comme art de vivre et saisie dans tout ce qui nous entoure. Ces sept jours sont les sept mesures d’un grand cinéaste idéaliste qui recrée un monde lavé de sa noirceur par la bienveillance et l’énergie créatrice de tout un chacun. Avec Paterson, Jarmusch réussit un splendide film en mode mineur, parfaitement anti-dramatique puisqu’il ne s’y passe (presque) rien d’extraordinaire mais qui, par l’épure proche d’un haïku, parvient à toucher à l’essentiel.

Paterson, c’est le nom de famille du personnage principal qui se lève tous les matins à 6h15 pour avaler son bol de céréales et rejoindre à pied le dépôt de bus duquel il part faire sa tournée. Curiosité des choses, Paterson c’est aussi le nom de la ville du New Jersey où Paterson fait sa tournée pour transporter les habitants qu’il écoute souvent bavarder d’une oreille indiscrète. Paterson enfin, c’est le titre d’un recueil de poèmes que Paterson (le chauffeur) affectionne particulièrement, écrit par William Carlos Williams (1883-1963) sur Paterson (la ville) dans laquelle il habitait naguère lui aussi. Jarmusch a toujours eu un goût pour ces bizarreries : le film n'a pas encore commencé qu'il repose déjà sur un enchevêtrement de sens à explorer. Sauf que contrairement à la plupart des films du cinéaste, Paterson reste sur place, circonscrit à une localité et à quelques lieux récurrents. Et pour cause, notre chauffeur de bus est un type à la vie bien rodée. Il partage avec sa petite amie Laura et leur bouledogue Marvin une harmonie domestique très ritualisée. Laura est aussi excentrique et naïve que Paterson est taiseux et contemplatif. Tous les soirs, il découvre avec circonspection la nouvelle trouvaille créative de sa bien-aimée, sous le regard inébranlable de Marvin, prolongement flegmatique et comique du couple. Tous les menus épisodes de cette vie sont pour Paterson une grande source d'inspiration. Il les consigne dans un petit carnet qu'il transporte partout en une prose ciselée et concrète : évocation des petits bonheurs familiers, de son amour pour Laura, de bribes de conversations glanées au cours de la journée ou de pensées vagabondes surgies au cours de ses trajets. Une poésie d'autant plus touchante qu'elle est modeste et simple (Paterson n'entend pas la publier, contrairement à Laura), témoignage d'un rapport au monde sain et complet.

En attendant que le week-end déjoue subtilement la routine, la répétition stricte du schéma journalier de Paterson est ponctuée de ce que Jim Jarmusch fait le mieux et qui donne au film tout son charme : rencontres aussi improbables que savoureuses, micro-événements comico-burlesques et divagations oniriques intériorisées. En un instant, la mise en scène parvient à transcender l’ordinaire en dénichant dans le commun du réel les manifestations poétiques les plus inattendues, parfois aux frontières du fantastique. Jim Jarmusch joue avec les apparences, multipliant les rimes visuelles et détournant avec amusement les règles consacrées (Paterson attachant Marvin tous les soirs devant son bar préféré comme un cheval devant un saloon). Ce n'est pas pour rien que Jarmusch place son film sous la référence à William Carlos Williams, ce poète américain qui rompit avec la tradition littéraire en utilisant un vocabulaire populaire, débarrassé de toute affèterie, dans le but d'évoquer le monde au plus proche de ce qu'il est. Dans sa foulée, Jim Jarmusch s'en tient à une vision prosaïque du monde et des affects, prouvant ainsi que le cinéma n’a nul besoin d’emphase pour être exaltant. Tant que les sentiments sont purs, ils suffisent à être bouleversants.