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Nuit Fantastique IX (debriefing)
Avant de célébrer dignement l’an prochain la dixième édition (n’oubliez pas de nous envoyer vos idées ou vidéos pour que l’on fasse ensemble une dixième édition immémorielle), cette neuvième Nuit Fantastique fut un festin pour les sens (ci-dessous quelques photos qui en donnent un aperçu...

Berhart, L’esthétique vulgaire Lowbrow art et pop-symbolisme
Qu’est-ce que le lowbrow art ? Le Lowbrow Art est l’expression la plus récente de la Pop Culture dans l’art, opérant une synthèse surréaliste de tous les courants et les icônes qui l’ont traversé. Né à l’initiative de Robert Williams, le Lowbrow Art, plus largement appelé Pop Surréalisme, rencon...

Dimanche 10 à 10h IRRINTZINA! Le cri de la génération climat…
Un film qui donne du courage! Des luttes non violentes, galvanisantes… ça existe! Il suffit de les rejoindre pour qu'elles soient encore plus efficaces. Alors? On vous attend? Vous amenez les croissants, on prépare le café!?    http://www.cinemas-utopia.org/toulouse/index.php?id=3410&mode=filmhtt...

GRAVE

Écrit et réalisé par Julia DUCORNAU - France / Belgique 2016 1h38mn - avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah Naït Oufella, Joana Preiss, Laurent Lucas, Bouli Lanners, Marion Vernoux... Festival International du Film Fantastique de Gérardmer 2017 : Grand Prix et Prix de la critique. Interdit aux moins de 16 ans.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

GRAVECeux qui ne sont pas atteints comme moi d'une affreuse myopie ne connaissent pas l'avantage considérable que nous les bigleux, les serpents à lunettes, les binoclards, avons au cinéma face à un film d'horreur réussi. Alors que vous, les valides des yeux, les fermez convulsivement – quand vous ne plongez pas carrément sous votre siège – à chaque scène terrifiante, il nous suffit discrètement de baisser un chouïa nos binocles pour ne pas voir l'objet de tant d'effroi. Et il faut bien dire que Grave, formidable thriller horrifique signé d'une jeune réalisatrice quasi inconnue, ne manque pas de moments propices au sursaut d'épouvante et au détournement de regard… Un film hybride remarquablement maîtrisé, qui mêle chronique adolescente très bien vue et suspense haletant digne des maîtres Hitchcock ou Cronenberg.

Pour Justine, jeune fille discrète de bonne famille, tout commence au moment de son entrée à l'école vétérinaire. Pas de stress a priori pour cette étudiante brillante qui arrive en terrain presque conquis puisque tout le monde dans la famille est vétérinaire et… végétarien ! Et sa grande sœur Alexia est déjà sur place, dans la classe supérieure. Il n'empêche que la succession des dissections, la vision répétée de grosses bêtes découpées ne sont pas forcément en adéquation avec l'aspiration à l'amour des animaux… Sans compter que Justine doit en passer par le rituel du bizutage. Scène géniale où les étudiants en blouse blanche ensanglantée (peu de temps avant, tout le groupe a été aspergé de sang depuis les étages en guise de bienvenue) attendent, tel un troupeau devant les grilles de l'abattoir, de monter sur une scène où ils devront déguster en guise d'épreuve des foies crus de lapin. Pour une végétarienne, la double punition ! A laquelle elle se soumet… Mais à partir de cette terrible épreuve, sa vie va changer, la consommation de chair semblant avoir considérablement influé sur son comportement. Libido en hausse qui la dévore et surtout goût soudain de plus en plus prononcé pour la chair sous toutes ces formes. Il suffit d'une épilation intime entre sœurs qui tourne mal pour que l'affaire se corse…
On ne voudrait pas vous en dire plus mais vous saurez très vite par toute la presse qu'il est fortement question de cannibalisme. Grave, écrit, construit et mené avec brio, est un bijou pour les amateurs du genre, qui ne seront pas difficiles à convaincre. Mais que les autres ne se détournent pas pour autant, par crainte instinctive du sujet : c'est un film étrange et fascinant, variation assez vertigineuse sur la construction de l'identité d'une jeune fille passant par la transgression des tabous, tant sexuels que moraux. On peut d'ailleurs penser que ce n'est pas un hasard si la réalisatrice a choisi pour son personnage principal le prénom de Justine, référence à l'héroïne de Sade, victime de ses initiateurs puis finalement adepte des plaisirs que cette initiation lui procure…

Mais Grave prend aussi une dimension de fable morale curieusement malicieuse en abordant l'antispécisme de manière à la fois frontale et finalement jubilatoire, ne serait-ce qu'en prouvant bien qu'il ne faut surtout pas forcer un végétarien à manger de la viande ! Car poussons le raisonnement jusqu'au bout : si on peut manger de la viande, pourquoi ne pas manger son semblable, puisque comme nos frères animaux nous ne sommes que chair (une réflexion que me répète en boucle ma chérie végétarienne) ?
Bref c'est tout à fait passionnant et Julia Ducournau orchestre cette petite leçon de philosophie horrifique avec un talent fou. Chapeau !