LA GAZETTE
(à télécharger au format PDF)

(Ex-Utopia Toulouse)


NOUS TROUVER
(et où trouver la gazette)

NOS TARIFS :
TARIF NORMAL : 7€
CARNET D'ABONNEMENT : 50€ (10 places, non nominatives, non limitées dans le temps, et valables dans tous les Utopia)
Séances sur fond gris : 4,5€

RSS Cinéma
RSS Scolaires
RSS Blog

(Quid des flux RSS ?)

EN DIRECT D'U-BLOG

Le blog des profondeurs...
(de champ)

Nuit Fantastique X (debriefing)
Nous avons célébré en grandes pompes (funèbres) la 10e édition de la terrifiante et rituelle Nuit Fantastique. Le film surprise était cette année… The Neon Demon, de Nicolas Winding Refn qui, nous hypnotysant jusqu’à l’aube avec ses rythmes syncopés de musique électro et ses lumières str...

Install-party samedi 29 septembre
Envie de découvrir une informatique libre, éthique et accessible ? Vous vous sentez une affection naissante pour les gnous et les pinguins ? L’association Toulibre vous propose de venir découvrir les Logiciels Libres, et comme le premier pas vers la liberté est toujours délicat, de vous aider à ...

Nuit Fantastique, dixième édition !
Le 31 octobre prochain aura lieu la 10e édition de la terrifiante et rituelle Nuit Fantastique. (Pour revisiter les éditions précédentes, c’est par ici : http://www.cinemas-utopia.org/U-blog/toulouse/index.php?tag/Nuit%20fantastique).Berhart, qui exposera à nouveau cette année dans le hall du ci...

LE GRAND BAIN

Gilles LELLOUCHE - France 2018 2h02mn - avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Pœlvoorde, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Virginie Efira, Leïla Bekhti, Félix Moati, Jonathan Zacaï, Alban Ivanov, Mélanie Doutey... Scénario de Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi et Julien Lambroschini.

Du 14/11/18 au 04/12/18 à Tournefeuille

LE GRAND BAINTout le monde l’attendait au tournant, prêt à lui tailler un costard en bonne et due forme. La critique cinéphile en particulier et puis aussi, il faut bien se mettre dans le sac, les programmateurs des salles art et essai ; bref, toute une assemblée qui aime bien, entre deux tressages de lauriers à des films turcs de 3h, casser un peu de sucre sur le dos de quelques malheureux réalisateurs, se moquant joyeusement, et parfois avec une plume acerbe, de leurs films. Gilles Lellouche entrait pile poil dans la case : « comédien qui passe à la réalisation et qui va se faire descendre par la critique ». On a toujours eu le sentiment que ses choix d’acteur l’avaient jusqu’alors cantonné un peu systématiquement dans le rôle du pote un peu lourdingue, du beauf un peu macho dans des comédies pas toujours très finaudes (excepté peut-être son interprétation touchante du mari perdu et assassiné dans le Thérèse Desqueyroux de Claude Miller), et donc, en toute logique, on se disait que son passage à la réalisation en solo (il a déjà co-signé 2 films) resterait dans cette veine. Grosse, très grosse erreur d’appréciation. Parce que comme un retour du bâton qu’on était prêt à lever sur son film, voilà que nous nous sommes pris de plein fouet et sans semonce son Grand bain. La claque fut d’autant plus inattendue que nous nous surprîmes à la trouver fort à notre goût, agréable, drôle, tendre et bien ficelée, dotée d’une écriture précise et rythmée, d’une mise en scène vive et intelligente. Rien à voir avec le brouillon maladroit auquel nous nous attendions : on avait sous les yeux un petit bijou efficace et touchant d’humanité, avec ce dosage presque parfait entre franche comédie et fable douce amère à la mélancolie sous-jacente, celle qui vous cueille sans prévenir et vous laisse ce sentiment d’avoir gravé durablement, quelque part dans un coin de rétine, un doux, joyeux et tendre moment de cinéma.

Bertrand est au chômage. Depuis trop longtemps. Il a perdu le goût d’à peu près tout hormis celui des cachetons et trimballe sa carcasse entre la cuisine, le salon et, les soirs où il se sent aventurier, la rue jusqu’à laquelle il ose descendre pour sortir la poubelle. Bref, c’est la grosse déprime. Au détour d’une sortie piscine, il va tomber sur un improbable club de natation synchronisée masculine, rien que ça. Et comme les nageurs en question ont l’air aussi – sinon encore plus – dépressifs que lui et que le groupe cherche des nouvelles recrues, il va sauter le pas et enfiler son slip de bain. Coaché par une ancienne championne qui cache à peine son blues sous des tirades enflammées empruntées à la littérature classique ou des volutes de clope qu’elle distille assise en tailleur sur le plongeoir, le groupe des sirènes est un sacré patchwork : Laurent (Guillaume Canet), en colère contre tout, Marcus (Benoît Pœlvoorde), glandeur majestueux dont l’entreprise est en faillite (forcément), Simon (Jean-Hugues Anglade), rockeur vieillissant qui rêve d’être David Bowie, et Thierry (Philippe Katerine), grand poète devant la lune. Ensemble, ils assument leurs bedaines autant que leurs échecs existentiels, ils révèlent leurs cannes de serin velues autant que leurs blessures intimes. Mais il faut un défi, bien sûr, pour révéler les talents enfouis et pour que la belle équipe se bricole une fraternité à toute épreuve : qu’à cela ne tienne, ce sera le championnat du monde !

On rit beaucoup, dans l’eau de ce Grand bain, on rit avec ces mecs ultra sensibles prêts à tout pour réussir un joli mouvement de gambettes ou un porté qui ait de la gueule. Avec ces nanas mi-mamans, mi-matons qui vont les dresser pour obtenir le meilleur d’eux. Sans vulgarité (ou presque quand elle sort de la bouche de Leïla Bekhti, entraineuse tétraplégique et sadique), avec une bienveillance sincère pour cette bande de mâles cabossés, Gilles Lellouche réussit le pari d’une fable sociale à la Full Monty (parce que chacun a sa manière est un exclu faute d’avoir su entrer dans le moule : celui du monde du travail, du couple, de la famille, de l’industrie du disque…) qui dépote.