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Borderouge : L'attente et le désir…
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Contre temps : le ciné Borderouge ouvrira plus tard que prévu !
Nous en sommes tout désappointés, mais la Commission de Sécurité qui s’est réunie le 4 avril a demandé des compléments de dossier concernant les quelques modifications apportées au permis de construire… Nos architectes et bureau d’étude transmettent les pièces demandées cette semaine, mais la no...

Osez Le Féminisme ! Appel à contribution
Pendant le mois de mars Utopia et l’association Osez Le Féminisme Toulouse s’associent pour organiser une collecte de produits d’hygiène intime pour les femmes en situation de précarité.Les violences économiques contre les femmes les fragilisent. Trop souvent, les femmes migrantes ou SDF sont in...



ASAKO 1&2

Ryûsuke HAMAGUCHI - Japon 2018 1h59mn VOSTF - avec Masahiro Higashide, Erika Karata, Koji Seto, Rio Yamashita... Scénario de Sachiko Tanaka et Ryûsuke Hamaguchi, d'après le roman de Tomoka Shibasaki.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

ASAKO 1&2Parce qu’un jour Baku apparaît. Parce qu’Asako est une grande amoureuse. Parce que Ryûsuke Hamaguchi n’a probablement rien à apprendre des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, indétrônable, éternel. Et parce que chaque mot d’Asako à Baku résonne avec une acoustique rare : celle d’un cri d’amour murmuré. Tout cela annonçait la couleur d’une sidération lorsque le fantasque Baku, sans crier gare, disparaît du jour au lendemain… Sans cette absence, Asako aurait été indemne, hermétique à sa propre compréhension. Avec : elle aura été (I) et sera (II). Puis en aimera un autre : quoiqu'un sosie. Un clin d’œil au chef d’œuvre de Buñuel, Cet obscur objet du désir. Mais aussi remake inversé du Vertigo d’Hitchcock où ce n’est plus James Stewart qui modèle Kim Novak pour en faire le sosie, mais Asako qui choisit un sosie et ne le change pas. Qu’elle est bleue, cette rencontre orange…

Asako I&II signe un tournant artistique majeur pour Ryûsuke Hamaguchi après dix années d’une carrière particulièrement indépendante et non exportée. Après la fresque chorale Senses, ce nouvel opus confirme l’accès d’Hamaguchi au panthéon des grands cinéastes japonais. Le film est ainsi tout sauf une simple bluette. Soit une œuvre incroyablement aboutie dans les standards du cinéma moderne, où s’instille une décennie de recherche autour des répercussions intérieures des bouleversements extérieurs… La mise en scène, puissante, décrypte le réalisme des illusions. Jusque dans cette scène où Asako, avide de regarder la mer, se heurte à un Baku qui ne la voit pas, stationne derrière une muraille en béton. L’a-t-il d'ailleurs jamais vue ? Lui qui va à contre-courant de ce à quoi elle aspire pour finalement faire le choix de l'urgence, de l'évacuation permanente : la temporalité du rêve étant ce qu'elle est… Le Baku étant une créature mythique du folklore qui se nourrit des rêves et des cauchemars.
Le film a beau être vu deux fois, trois fois, davantage encore, tous les masques d’Asako n’en tombent pas pour autant. Pour ne rien aider : un visage de cire, subtil, qui est son propre empire des signes… Et un entourage tout aussi humain : donc dense. Ici, les personnages sont forts. On sent l’admiration d’Hamaguchi à leur égard. La disparition d’un personnage (c’était déjà déjà le cas dans Senses) est finalement chez lui l’épicentre d’un séisme dont il va falloir se remettre, toujours accompagnés par les autres. Le couple du film, avant d’être lui-même victime du choc de la décision amoureuse, ne vient-il pas en aide aux victimes de Fukushima ? Il y a manifestement du curatif dans son cinéma. Au cœur : explorer le choc de sa propre compréhension – brutale, douloureuse, mais aussi féconde – quand la clé d’une énigme intime se démêle enfin, elle qui nous tétanisait depuis des années…

On suit donc le parcours d’Asako, de l’adolescence à l’âge adulte. Sur le fil de la vacillation, sans pour autant s’abandonner. Elle reste d'autant plus ce qu'elle est qu’elle assume de dépasser le cadre sociologique et politique d'une société (japonaise) aseptisée. Et ne perd pas la face après l’avoir fait (ce que la bien-pensance aurait au moins espéré d’elle). Quitte à paraître « sale », comme cette rivière à la fin, à cause des intempéries. Sauf qu'aucun phénomène naturel ne peut disqualifier une rivière : seul le regard humain le peut. Et « c'est beau » d'être vivace, ambivalent, d'échapper au conditionnement de son environnement, de laisser ses propres phénomènes naturels traverser le corps, l'esprit, la torpeur. Le film permet de formuler tout cela. D'affronter, à son tour. Et pourrait empêcher d'avoir à détruire, pour en revenir à la même conclusion qu'Asako. Peut-être permettra-t-il à ceux qui savent l'interpréter d'apprendre à être serein et conquis, en amour… Tout du moins : d'oser rester fidèle à soi.