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Borderouge : L'attente et le désir…
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Contre temps : le ciné Borderouge ouvrira plus tard que prévu !
Nous en sommes tout désappointés, mais la Commission de Sécurité qui s’est réunie le 4 avril a demandé des compléments de dossier concernant les quelques modifications apportées au permis de construire… Nos architectes et bureau d’étude transmettent les pièces demandées cette semaine, mais la no...

Osez Le Féminisme ! Appel à contribution
Pendant le mois de mars Utopia et l’association Osez Le Féminisme Toulouse s’associent pour organiser une collecte de produits d’hygiène intime pour les femmes en situation de précarité.Les violences économiques contre les femmes les fragilisent. Trop souvent, les femmes migrantes ou SDF sont in...



TERMINAL SUD

Écrit et réalisé par Rabah AMEUR-ZAÏMECHE - France 2019 1h37mn - avec Ramzy Bedia, Amel Brahim-Djelloul, Slimane Dazi, Salim Ameur-Zaïmeche... FIFIB 2019 : GRAND PRIX DE LA COMPÉTITION FRANÇAISE.

Du 18/12/19 au 07/01/20 à Toulouse (Borderouge) - Du 04/12/19 au 24/12/19 à Tournefeuille

TERMINAL  SUDTerminal Sud captive, dès les premières images. Justesse de ton, tendresse pudique, tension de chaque instant, humour qui fait mouche – on oubliera pas le duo Ramzy Bedia et Slimane Dazi en train de se bidonner sur un constat : « Ici, il y a toujours un bémol »… Mais où est cet « ici » ? Un pays sans nom qui marche sur la tête. Pour son sixième film, Rabah Ameur-Zaïmeche (dont on suit la filmographie depuis le début, avec passion : Wesh, Wesh, Bled Number One, Dernier maquis, Les Chants de Mandrin, Histoire de Judas) fait encore une fois un pas de côté et nous incite à faire de même. Il brouille subtilement les pistes, non pour nous déstabiliser, mais pour nous inciter à regarder au-delà de l’espace et du temps, derrière les apparences. Qu’importe l’histoire officielle, qu’importe le lieu. Est-on ici et maintenant ? Est-on avant et ailleurs ? À chaque fois qu’on croira saisir « la » vérité, elle nous échappera, comme pour nous signifier qu’elle n’est qu’une vérité parmi d’autres. Cette atemporalité volontaire, très calculée, ce voyage en terra incognita, pourtant si familière, nous mènent droit à l’essentiel. Impossible de se raccrocher à de rassurantes certitudes, il faut, comme le personnage joué par Ramzy (formidable), être en permanence aux aguets, ouvrir l'œil, ne laisser échapper aucun des détails qui nous permettent d'avancer dans le récit. La seule évidence, c'est que nous sommes au cœur de la Méditerranée, le berceau de peuples unis par les mêmes racines, par la même histoire… et que l'Histoire et la folie des hommes a désunis.

Terminal Sud nous tend un miroir où se déforment les raccourcis simplistes. Nous voilà apatrides, ou plutôt citoyens universels. Ce film profondément libertaire ne prend pas le spectateur au piège de la facilité, il ne joue pas une civilisation contre une autre, une classe sociale contre une autre, ni les colons contre les colonisés. Il se place du côté de ceux que les événements dépassent, et broient, de ceux qui subissent sans comprendre alors qu'ils essaient, pourtant… Mais qu’y a-t-il d’ailleurs à comprendre à la sauvagerie ? Que rien ne justifie, aussi bonne que soit la cause. Rabah Ameur-Zaïmeche ne nous en fait pas une savante démonstration, il nous donne à ressentir les affres de l’humaine condition, son impuissance face à ce qui rend certains hommes plus loups entre eux que les loups eux-mêmes.
Le protagoniste principal de l’histoire est médecin. Un docteur dont on ne saura jamais le prénom, ni le nom, comme si l’homme ne pouvait que s’effacer derrière un rôle social plus grand que lui-même. Son travail à l’hôpital le place en première ligne face à une détresse qui ne fait pas dans la dentelle et ne choisit pas son camp. Chacun ici, juste ou corrompu, bourreau ou victime, se retrouve seul face à la maladie, aux blessures, à la souffrance, seul face à ce médecin qui tente l’impossible, avec comme seules armes l’écoute, quelques remèdes, deux ou trois instruments et un peu de savoir-faire, pour repousser la camarde qui rôde. Elle non plus ne choisit pas son camp. Notre toubib, lui, ne veut pas choisir le sien, pas choisir entre les vainqueurs et les vaincus, entre son couple et son boulot… et c’est ce qui le précipitera dans une fuite en avant, à son corps défendant. En attendant, le soir venu, il n’est qu’un homme sans ressort face à sa propre solitude, ses propres peurs, sa fatigue, sa tentation de baisser les bras. Même la rasade de whisky qu’il boit ne lui procure plus l’ivresse nécessaire à l’évasion. Il faudrait fuir, comme le lui répète son épouse, devenue invisible à force de ne plus être regardée. Pas de place pour les sentiments et pourtant on les devine bouillonnants, contraints sous une chape de fausse acceptation. Et c’est peut-être dans les scènes les plus anodines et légères qu’ils osent s’exprimer, comme sur cette place de marché, au milieu de la valse des camions poubelles, quand fuse soudain un fou rire enfantin entre deux hommes. Alors les larmes semblent enfin pouvoir affleurer.

Terminal Sud, sans discours, par l'observation et la restitution de mille gestes quotidiens, parle de l’écroulement d’une société civile et de la fragilité de l’État de droit. On y verra tout aussi bien des références à l'Histoire plus ou moins récente qu’à notre époque actuelle, une ode à tous les opprimés de la terre, entre thriller philosophique et chronique de la guerre ordinaire. Un film prenant, d’une grande intelligence, d'une grande force et d’une grande beauté.