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CINÉMA UTOPIA BORDEROUGE : ouverture le mercredi 12 juin
Jouez hautbois, résonnez musettes ! L’autorisation d’ouverture tant attendue est enfin arrivée. On brique les projecteurs, l’association Domino donne un coup de râteau dans le jardin, le mûrier exulte… et nous donc ! Attention ! ne vous trompez pas, ce mois-ci except...

Borderouge : L'attente et le désir…
Borderougeoises, Borderougeois !… Habitants des quartiers et petites villes alentours, Tournefeuillus en vadrouille… pardonnez nous ! Nous nous couvrons la tête de cendres, nous nous flagellons, nous nous mortifions, nous revêtons le cilice, dépités d’avoir dû annuler projections et ...

Contre temps : le ciné Borderouge ouvrira plus tard que prévu !
Nous en sommes tout désappointés, mais la Commission de Sécurité qui s’est réunie le 4 avril a demandé des compléments de dossier concernant les quelques modifications apportées au permis de construire… Nos architectes et bureau d’étude transmettent les pièces demandées cette semaine, mais la no...

Osez Le Féminisme ! Appel à contribution
Pendant le mois de mars Utopia et l’association Osez Le Féminisme Toulouse s’associent pour organiser une collecte de produits d’hygiène intime pour les femmes en situation de précarité.Les violences économiques contre les femmes les fragilisent. Trop souvent, les femmes migrantes ou SDF sont in...



SWALLOW

Écrit et réalisé par Carlos MIRABELLA DAVIS - USA 2019 1h35mn VOSTF - avec Haley Bennett, Austin Stowell, Elisabeth Marvel, David Rasche, Denis O'Hare...

Du 12/02/20 au 03/03/20 à Toulouse (Borderouge)

SWALLOWRien de plus anodin qu'une petite bille de verre ; quoi de plus dérisoire qu'une punaise en métal ? Et quoi de plus troublant qu'une bouche entrouverte qui avale l'une et l'autre, dans un geste létal ?
Hunter Conrad a tout pour être heureuse : un riche et beau mari, le bien-nommé Richie, héritier de l'empire financier paternel, une grande maison de béton et de verre nichée entre un lac et une forêt profonde, une vie à l'abri des tracas matériels et du temps à ne savoir qu'en faire : l'American Dream tel qu'on le rêvait du temps des Trente Glorieuses, du président Eisenhower et des Cadillac roses ; mais comme dans les mélodrames flamboyants de Douglas Sirk, les banlieues les plus chics, comme les visages les plus lisses, cachent des fissures qu'un tremblement suffit à faire voler en éclats. Et ce tremblement, pour Hunter, va se manifester de la plus étrange des façons, le jour où elle apprend qu'elle est enceinte : un irrépressible appétit pour les objets, non plus au sens figuré sur un mode bêtement consumériste, mais littéral : Hunter engloutit une bille, puis une punaise, se blesse, saigne et recommence. Sa belle-famille, alarmée, décide alors de la soigner de force et de la surveiller étroitement pour éviter toute rechute, moins par souci de sa santé que pour garantir celle de l'enfant à naître. Mais si cette maladie qu'on lui diagnostique, dite de Pica, au lieu d'être la cause de son malheur, était au contraire le symptôme d'un malaise plus profond ?

Vous l'aurez deviné, Swallow est moins un documentaire sur le syndrôme de Pica, ou un thriller psychologique, que le portrait Cassavettien d'une « femme sous influence » entrant en rébellion contre elle-même et revendiquant son droit à exister, fut-ce au prix de sa santé mentale (et physique). Belle plante muette et docile, issue d'un milieu modeste que son mariage a extraite de sa condition, Hunter doit remplir dans la famille Conrad un rôle simple : sourire, servir son mari et engendrer sa descendance. Point. Personne ne l'écoute lorsqu'elle se risque à ouvrir la bouche, alors cette bouche elle va l'ouvrir pour autre chose. Si Hunter se met à avaler (to swallow) des objets, c'est peut-être et avant tout parce qu'elle est elle-même un objet aux yeux de ses proches.
Loin de se contenter de dépeindre la déréliction mentale d'une femme réduite à quia par la violence des rapports de domination exercée sur elle par un patriarcat qui ne dit plus son nom, Swallow explore au contraire la résilience d'une femme-enfant brisée par son passé mais qui cherche par tous les moyens à conquérir son indépendance. On la croit folle, quand ses actes mystérieux et apparemment auto-destructeurs ne sont peut-être que des efforts désespérés et inconscients pour se libérer de ses chaînes.
Toute l'habileté du récit tient dans la minutie avec laquelle Carlo Mirabella-Davis scrute ces signes de craquement, à la recherche du souffle de vie caché au fond de sa poupée de cire : un plissement des lèvres, un battement de cil, un imperceptible hochement de tête, autant de signes d'un malaise existentiel qui va déborder jusque dans la mise en scène : aux plans fixes et blafards, mortifères, de Hunter tournant en rond dans sa prison de verre, vont imperceptiblement succéder des mouvements d'appareils et l'apparition de teintes chaudes, quand elle cède à sa pulsion, puis quand elle prend conscience de ce que celle-ci signifie pour elle.

Brillamment mis en scène et interprété par des comédiens hors pair (mention spéciale à Haley Bennett qui s'offre là un rôle à la mesure de Mia Farrow dans Rosemary's baby), Swallow est une ode féministe à la liberté, au prix qu'il en coûte de la revendiquer, et aux dangers qu'on encourt à défier le statu quo et ses adorateurs, les brûleurs de sorcières de partout et d'ailleurs.