TOULOUSE Borderouge et TOURNEFEUILLE

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Install-party samedi 18 juin à Tournefeuille
Vous voulez déconfiner durablement vos ordinateurs ? Envie de découvrir une informatique libre, éthique et accessible ? Vous vous sentez une affection naissante pour les gnous et les pinguins ? L’association Toulibre vous propose de venir découvrir les Logiciels Libres, et comme le premier pas v...

Sous l'aile des Anges, et le regard de Terrence Malick
Chers spectateurs, parfois je viens vous voir dans les salles afin de vous rencontrer en direct, d’échanger avec vous, de vous raconter les croustillantes anecdotes de l’exploitante du cinéma aguerrie et acharnée que je suis. C’est tellement profitable les séances collectives, c’est du cinéma. Telle...

L'œil et la Plume : retour critique de LITTLE PALESTINE / D.E.F.I. prod
Basée au Mirail, l’équipe de D.E.F.I PRODUCTION s’est donner pour nouvelle mission d’accompagner des groupes de jeunes à la découverte d’autres cinémas, d’autres films, dans d’autres salles… Plus ou moins régulièrement nous aurons des retours, écrits, filmés, radios, de ces découvertes.... Lire ...

LE DOMOVOÏ - bistrot d'Utopia Borderouge - est (enfin !) ouvert !
« Génie familier de la maison, Domovoï est originellement celui du feu du foyer. Il se fonde sur l’usage de déposer dans la nouvelle maison un feu pris dans la précédente et sur celui d’offrir au domovój, chaque 28 janvier, un pot de gruau recouvert de braises. » Merci Wikipédia, on en sait à pr...

SOUS LES FIGUES

Erige SEHIRI - Tunisie 2022 1h30mn VOSTF - avec Ameni Fdhili, Fide Fdhili, Feten Fdhili, Samar Sifi, Leïla Ohebi... Scénario d’Erige Sehiri, Ghayla Lacroix et Peggy Hammam. Quinzaine des Réalisateurs, Festival de Cannes 2022.

Du 13/07/22 au 23/08/22 à Toulouse (Borderouge) - Du 13/07/22 au 23/08/22 à Tournefeuille

SOUS LES FIGUES On vous glisse ça comme ça : arbre de la connaissance du jardin d’Eden dont Eve et Adam ont osé croquer le fruit, c’est également avec les feuilles du figuier qu’ils ont, au commencement, couvert leur nudité pour tenter d’échapper à la colère divine. C’est un arbre noueux aux branches flexibles et cassantes, ses fruits sont gorgés de sucres et de soleil, ses larges feuilles sont à la fois dures et duveteuses…
Si le très beau film de la jeune réalisatrice tunisienne Erige Sehiri n’a rien de biblique, on éprouve en s’y plongeant les douces sensations qu’il y aurait à se faufiler d’arbre en arbre, dans l’ombre de la canopée, aux côtés de la petite cohorte qui s’active pour récolter les figues.
Pour sa première fiction, la réalisatrice venue du documentaire (on lui doit le remarquable La Voie normale, hélas sorti en catimini en temps de covid), conduit un récit d’une simplicité, pour le coup, biblique, en s’appropriant les codes du théâtre classique et ses sacro-saintes trois unités : de lieu (le verger), de temps (une journée de travail) et d’action (ma foi, justement, la cueillette des fruits). Sobre, efficace, cet espace de travail et de jeu laisse toute latitude à son écriture et à ses comédiennes pour y tresser moult historiettes, relations, situations, qui décrivent avec chaleur un microcosme social, une petite communauté qui a évidemment valeur d’instantané de la société tunisienne et, au-delà, des rapports de classe et de genre.

Le film commence au petit matin, quand un jeune patron vient récupérer les ouvrières et ouvriers du jour qui s’entassent à l’arrière de son pick up. Il y a beaucoup de jeunes filles parfois à peine sorties de l’adolescence, mais aussi quelques femmes d’âge mûr et enfin quelques rares hommes (qui, selon le petit employeur, « ne travaillent pas aussi sérieusement »). Tous se retrouvent sous les figuiers pour un ramassage dont le rituel et les techniques semblent immuables : il s’agit surtout de ramasser les fruits suffisamment mûrs, en évitant soigneusement de casser les branches. Tandis que les heures de la journée s’égrènent, la récolte est l’occasion de discussion entre filles, de retrouvailles, de flirts… Voilées ou non, elles se confient, se racontent et l’on découvre peu à peu les histoires d’amours plus ou moins contrariées des unes et des autres. Et à travers elles les blocages encore bien présents dans la société tunisienne. Les amours secrets se nouent en cachette et parfois les rencontres s’organisent aux rayons des supermarchés. Mais au-delà des interdits, c’est surtout dans la tête de certaines que les réticences persistent. La très traditionnelle Sana, très amoureuse de Firas, voudrait que son élu soit bien plus conventionnel dans son rapport aux femmes et à la société. Pour une autre, c’est le retour d’un ancien amoureux platonique, brutalement disparu quelques années auparavant, qui est source de questionnements. Enfin pour une dernière, c’est une idylle avec le jeune patron, pas du tout bien vue par le reste du groupe, qui est l’objet des ragots… Tout cela sous le regard des plus anciennes, dévolues au tri des fruits, qui commentent avec humour ou amertume l’évolution de leur société. A travers une galerie de portraits aux petits oignons servie par des comédiennes non professionnelles adorablement bluffantes, et une mise en scène dynamique qui circule de manière quasi chorégraphique entre les arbres et les groupes, Erige Sehiri décrit magnifiquement la complexité des rapports hommes-femmes, et le poids encore lourd du patriarcat – ses abus, les violences faites aux femmes. Mais aussi le rapport de classe, omniprésent. Tout cela dans cet espace unique qui ouvre vers le ciel mais qui enferme tout autant sous ses branches la communauté des travailleuses et des travailleurs.

Brodé tout en délicatesse, avec ce qu’il faut d’humour et à peine de cruauté, Sous les figues émeut, passionne, amuse – bref : c’est littéralement un film touché par la grâce. On ne peut que vous souhaiter de vous laisser prendre par la main pour vous glisser, à la suite de ses héroïnes, entre les branches des figuiers.