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30237
Et voilà, Vidéo en Poche c’est fini, le compteur s’arrête à 30237 copies vendues sans DRM sur clés USB ! À bientôt dans le cyberespace indépendant et surtout IRL dans les salles de cinéma :)Le 30 novembre à minuit, Vidéo en Poche a tiré sa révérence et retourne dans sa bouteille de ...

Install-party samedi 18 juin à Tournefeuille
Vous voulez déconfiner durablement vos ordinateurs ? Envie de découvrir une informatique libre, éthique et accessible ? Vous vous sentez une affection naissante pour les gnous et les pinguins ? L’association Toulibre vous propose de venir découvrir les Logiciels Libres, et comme le premier pas v...

Sous l'aile des Anges, et le regard de Terrence Malick
Chers spectateurs, parfois je viens vous voir dans les salles afin de vous rencontrer en direct, d’échanger avec vous, de vous raconter les croustillantes anecdotes de l’exploitante du cinéma aguerrie et acharnée que je suis. C’est tellement profitable les séances collectives, c’est du cinéma. Telle...

L'œil et la Plume : retour critique de LITTLE PALESTINE / D.E.F.I. prod
Basée au Mirail, l’équipe de D.E.F.I PRODUCTION s’est donner pour nouvelle mission d’accompagner des groupes de jeunes à la découverte d’autres cinémas, d’autres films, dans d’autres salles… Plus ou moins régulièrement nous aurons des retours, écrits, filmés, radios, de ces découvertes.... Lire ...

LES PIRES

Lise AKOKA et Romane GUERET - France 2022 1h39mn - avec Mallory Wanecque, Timéo Mahaut, Johan Heldenbergh, Loïc Pech... Scénario de Lise Akoka, Romane Gueret et Eléonore Gurrey. Grand prix Un certain regard , Festival de Cannes 2022 • Grand Prix, Festival du film francophone d’Angoulême 2022.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

LES PIRESRyan, 10 ans aux prunes, est une teigne. Petit blondinet costaud, rempli de colère, buté, bagarreur, suivi en classe par une AVS, il vit chez sa grande sœur et ne croise guère sa mère que dans le bureau de l’assistante sociale. Lily est une lycéenne extravertie, trop vite grandie, trop tôt confrontée au malheur et au deuil après la mort de son petit frère, qui essaie maladroitement de continuer à vivre et de ne pas se murer dans sa tristesse et son désintérêt pour le monde des ados qui l’entourent. Graine de caïd mal dégrossie, fluet mais grande gueule, Jessie sort tout juste de prison et compense maladroitement sa timidité en roulant en permanence des mécaniques. Maylis, moins timide que pudique, est une jeune fille en recherche de genre et en quête de sens – elle est probablement, de la petite bande, la plus réellement endurcie, la plus affûtée, et la moins perdue. Ce sont des gosses de la cité Picasso, à Boulogne-sur-Mer. Une de ces cités péri-urbaines déshéritées, affublées de noms sensément chatoyants pour faire oublier la détresse sociale. Quatre gamins durement marqués par la vie, de mauvaise réputation dans un quartier mal aimé – les pires du titre, c’est eux. Eux qu’un réalisateur flamand un peu lunaire a pourtant sélectionnés pour tourner, dans la cité-même, un film improbable, entre souvenirs d’enfance, onirisme et réalisme social, au grand dam du voisinage et des travailleurs sociaux. Les uns ne comprenant pas qu’on leur complique la vie quotidienne et qu’on se donne tant de mal à « faire du cinéma » à Picasso, dont la représentation ne fera que valider en définitive l’image de quartier pourri, miséreux. Les autres, nettement plus remontés, considérant que le cinéma qui fait son miel de la misère réduit à néant des décennies d’efforts pour rendre aux habitants un minimum de fierté et les tirer vers le haut. Bien sûr, rien n’est si simple…

Entre les scènes qu’ils tournent en entrant plus ou moins facilement dans la peau de leurs personnages cabossés, et leurs vies réelles, bien moins sommaires qu’un scénario, on s’attache aux pas de Ryan, Maylis, Lily (ces trois-là crèvent littéralement l’écran) et Jessie – et de leurs familles, leurs amis, dont les vies sont momentanément troublées par le tournage. Devant la caméra, même si l’expérience peut donner naissance à des vocations, personne n’est vraiment dupe du miroir aux alouettes que constitue l’intrusion du cinéma dans leur quotidien. Il en va de même pour l’attitude de l’équipe de tournage vis-à-vis des gamins : ni méprisants, ni condescendants, les techniciens ne se départissent pas de leur professionnalisme bienveillant, qui matérialise la frontière entre la fiction et le réel.
Aux antipodes du voyeurisme misérabiliste, qui est le procès régulièrement intenté aux réalisateurs de films ancrés dans les réalités sociales les plus rudes, Les Pires décrit le bonheur qu’il peut y avoir à se confronter à la misère qu’on dissimule habituellement sous le tapis. Ce qu’il y a de beau et de généreux à permettre à des gosses, plus souvent qu’à leur tour abandonnés à eux-mêmes, de se raconter, fût-ce au travers de personnages de fiction. Les réalisatrices Lise Akoka et Romane Gueret signent là un vibrant plaidoyer en faveur de leur cinéma – elles qui, avant de réaliser, ont justement fait ce boulot de casting un peu spécial de dénicher puis d’accompagner des enfants sur des tournages. Elles nous transmettent leur expérience avec une intense jubilation. Sur un rythme soutenu, leurs jeunes comédiens transmettent au film une énergie dingue, faite de drôlerie et d’émotion. Et la découverte, au détour d’un plan, du sourire franc, lumineux, adressé à la caméra, d’un gamin qui pour une prise a « réussi », a tordu le cou à ses peurs et ses démons, est une pépite inestimable.