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Le blog des profondeurs...
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LE PASSAGE DU VERGER URBAIN V : DE L’ABSURDE FAISONS TABLE RASE !
Jamais l’ambiance d’une assemblée générale du collectif n’a été aussi détendue. Détail important : les termes d’arbitraire, grotesque, ubuesque,….pour qualifier la décision de fermeture du passage ont cédé la place à des propos conciliants, bienveillants et un tantinet vigilants pour...

Le passage du Verger Urbain V : le dénouement ?
Rappel pour celles et ceux qui ont pris 9 mois de vacances.Le Verger Urbain V, passage principal pour accéder au quartier de la Manutention est, depuis juillet 2018,  géré par les services des jardins de la ville et se trouve fermé théoriquement à 20h00 (mais de fait plutôt vers 19h30) l’hiver ...

ZONE DE DISCUSSION, DONNEZ-NOUS VOTRE AVIS.
FERMETURE DU VERGER D’URBAIN VN’hésitez pas à donner votre avis et à nous aider à trouver des solutions en vous exprimant sur ce billet.  Voir les textes ci-dessous : Urbain V, le pape de la discorde, et si ce n’était pas le sujet ?Utopia, mon amour ! Verger Urbain V, écrin ou ca...

Où en est-on avec le passage du Verger Urbain V ?
Pour vous tout à l’air identique et le jardin ferme toujours à des horaires pour le moins incertains : 19h00, 19h30… pas du tout ! Pourtant les choses bougent, Madame le Maire, par un mail envoyé à un membre du Collectif 23h59, confirme la volonté de trouver une solution qui satisfasse tou...

Communiqué du Collectif 23h59 Janvier 2019
Rappelons-le, le Collectif 23h59 a pour objet la défense de la liberté de circulation.  Il entend, au regard de ce principe,  faire rétablir la possibilité d’emprunter le passage du verger Urbain V en soirée pour rejoindre la Manutention et le quartier – comme cela était établi depuis plus...

SYNONYMES

Nadav LAPID - France 2019 2h03 - avec Tom Mercier, Quentin Dolmaire, Louise Chevillotte, Christophe Paou, Léa Drucker... Scénario de Nadav et Haim Lapid. Ours d'or, Festival de Berlin 2019.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

SYNONYMESLe déplacement d’un cinéaste à l’étranger est souvent un événement passionnant, qui permet de mettre son regard à l’épreuve d’une réalité différente, comme d’offrir à son pays d’accueil cette occasion précieuse d’être enfin perçu de l’extérieur, selon une perspective qui d’ordinaire lui échappe. Synonymes s’empare précisément de cette question de l’exil et de l’accueil, pour parler non seulement d’Israël à travers le prisme de la France (et inversement), mais de toute la construction fantasmatique qui accompagne la notion de pays, se traduisant par un sentiment d’appartenance ou de rejet.



Ce rejet, c’est d’abord celui de Yoav (Tom Mercier), un jeune Israélien s’installant à Paris sans un sou en poche, dans l’idée de rompre définitivement avec son pays d’origine. Lors de sa première nuit dans un appartement inoccupé, il se fait dérober toutes ses affaires, demeurant nu comme un ver, complètement démuni et transi de froid. Au matin, les voisins du dessus, Caroline (Louise Chevillotte) et Emile (Quentin Dolmaire), un jeune couple bourgeois, le découvrent inanimé et lui portent assistance. Entre eux trois naît un attrait insondable, qui jalonne les débuts de Yoav dans la vie parisienne, entre mansarde décatie, petits boulots, rencontres inopinées, économies de bouts de chandelle et conquête de la nationalité française. Sa présence exaltée semble avoir pour effet de régénérer le couple parisien, fané par la lassitude de l’aisance matérielle.
De la rupture entre Yoav et Israël, on ne connaîtra pas les raisons, sinon qu’elle a suivi son retour du service militaire. On les devine autrement, à travers l’attitude furieuse et excentrique du personnage. Cette rupture est d’abord sémiologique : le jeune homme se refuse à prononcer le moindre mot d’hébreu, pratiquant à sa place un français littéraire et surprenant. Muni d’un dictionnaire de poche, Yoav égrène les synonymes en marchant rageusement dans les rues parisiennes, créant des suites libres de mots sous forme d’invectives poétiques. Il offre même à Émile, écrivain en panne d’inspiration, les histoires singulières de son passé israélien : ses aventures militaires, sa passion enfantine pour le Hector de l’Iliade… La langue se fait ainsi le lieu torrentueux d’une « dénaturalisation » forcenée.
Le refus de Yoav ne s’arrête pas là. On le retrouve à l’état brut dans la gestuelle du personnage, porté par l’intensité de son engagement physique – qui est celui aussi de son interprète débutant, Tom Mercier, véritable révélation du film. À l’apathie et à la désaffection du décor parisien, Yoav oppose une mobilité vigoureuse, une corporalité combative, qu’il soit amené à lutter nu contre le froid, à danser dans les bars ou à passer des castings pornos. Mobilité que la mise en scène de Nadav Lapid entraîne vers un registre chorégraphique tout en saccades, ruptures de ton et déviations inattendues, qui atteint par moments des pics figuratifs sidérants.

Mais on ne se défait pas si facilement d’un pays d’origine qui, tel un refoulé récalcitrant, semble resurgir partout sur le chemin de Yoav. Dans les seuls petits boulots qu’il puisse trouver (agent de sécurité à l’ambassade israélienne), parmi les clichés que les Français lui renvoient (l’uniforme militaire dont on l’affuble lors d’un tournage grotesque), Israël est sans cesse reconvoqué. Petit à petit, Yoav aperçoit avec déconvenue que cette France tant désirée, portant au fronton ses principes républicains et laïques, n’en est pas moins régie par les mêmes cadres arbitraires et creux – récits collectifs, mythologies, hymnes, devises – que l’était son pays d’origine. Passer d’un pays à l’autre ne reviendrait donc qu’à cela : échanger une fiction ou un cadre de croyance pour un autre, sans espoir d’échapper au règne écrasant et sans partage du symbolique. Mirage aveuglant et fantasme d’appartenance contre lequel Yoav, héros assoiffé de littéralité, persiste à foncer tête baissée.

(M. Macheret, Le Monde)