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Le blog des profondeurs...
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23H59, et après ?
23H59, et après ? Qui n’a pas ressenti cette angoisse profonde face à l’horloge affichant cette heure terrible chaque jour renouvelée ? Qui n’a pas été saisi à la fois par la peur de ce qui risque de se passer après et par la nostalgie d’un temps qui s’achève à ce moment précis et ne reviendra j...

Le cinéma du peuple
“La plus grande qualité accessible pour tous, sans clivage social et culturel… Ce sera notre combat”. (Jean Vilar)   Ainsi donc le cinéma indépendant, le cinéma d’auteur serait « élitiste »… c’est en tout cas ce que déclarait, semble-t-il, une sociologue devant un amphi de 300 élèves ...

COLLECTIF 23H59… Un an plus tard !
Les travaux de séparation du Verger Urbain V et du passage seraient terminés. Il manque encore un panneau annonçant clairement les heures d’ouverture du jardin et du fameux passage… Ainsi nous pouvons de nouveau transiter, le soir, jusqu’à minuit et souvent plus, vers le quartier de la Man...

CAFÉ ROMA (ancien restaurant La Manutention) va enfin ouvrir ses portes !
Les « menus » travaux, comme nous vous l’avions annoncé dans notre dernière gazette vont être terminés ! Menus ? Pas tant que ça finalement :la peinture refaite, le mobilier changé, la cuisine réagencée, les nouvelles machines installées, les nouveaux menus édités… et puis é...

LE PASSAGE DU VERGER URBAIN V : C’EST LE BON SENS !
Belle soirée festive organisée par le Collectif 23h59, le 12 septembre dernier, dans le jardin du Verger Urbain V. Une réussite au-delà de nos espérances, qui attestait du plaisir des participants de pouvoir à nouveau emprunter le passage le soir, librement. Le dialogue avait repris, le bon sens l’a...

UNE GRANDE FILLE

Kantemir BALAGOV - Russie 2019 2h17 VOSTF - avec Viktoria Miroshnichenko, Vasilisa Perelygina, Timofey Glazkov, Andrey Bykov... Scénario de Kantemir Balagov et Alexandr Terekhov. Festival de Cannes 2019 : Prix de la mise en scène, sélection Un certain regard – Prix de la critique internationale.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

UNE GRANDE FILLEKantemir Balagov : retenez bien le nom de ce surdoué de 27 ans… Si son premier film, Tesnota, une vie à l’étroit nous avait tapé dans l'œil, son second, Une grande fille, monte encore d’un cran. Un grand cinéaste est né.
Retenez également le nom des deux actrices principales qui font leurs débuts à l’écran : Vasilisa Perelygina et surtout Viktoria Miroshnichenko, dont la présence si particulière la rend inoubliable. Longiligne, exsangue, Iya est à l’image de sa ville, Léningrad, de sa Russie, encore secouée par les soubresauts du conflit qui vient de s’achever. Nous sommes en 1945. Encombrée d’un corps et d’un passé trop grands pour elle, l'infirmière Iya fait partie de ces voix inaudibles et timides perdues au milieu de celles des hommes qui gémissent, murmurent, draguent… sidérés par un relent de douleur poisseuse. La jeune femme les écoute, les panse, les comprend à demi-silence. Elle fut sur le front à leurs côtés, combattant à sa manière, comme tant d’autres oubliées des livres d’Histoire. La vaillance et les blessures féminines ont-elles moins de valeur que celles des hommes ?



Tout comme dans Tesnota, le réalisateur place sa caméra transgressive du côté du sexe faussement faible. Mais il ne va pas nous donner un pamphlet banal, convenu et convenable. Chaque scène s’avère d’une beauté lumineuse et glaçante, aussi douce que tranchante. S’il convoque le classicisme, il ne s’englue pas dans ses pièges – l'académisme, la reconstitution figée – et le bouscule d'une sorte de modernité anachronique. Plus les plans transcendent les acteurs en les saisissant dans des poses caravagesques, plus leurs personnages s’enhardissent à sortir des cadres formellement parfaits élaborés par la photographie somptueuse de Kseniya Sereda (à peine 25 ans !). Au fil des clairs-obscurs, des ambiances tantôt cliniques, tantôt chatoyantes, la mise en scène nous plonge dans les méandres de désirs inextinguibles : la soif de vivre, la poursuite maladroite du bonheur envers et contre tout, l’espérance d’une incertaine réparation, autant celle des corps que celle des âmes dont les plaies moins visibles n’en sont pas moins présentes.
Iya, qui soigne les blessés dans un hôpital d’après-guerre, soigne peut-être aussi quelque chose d’elle-même. D’étranges acouphènes la laissent parfois scotchée au bord de la réalité, comme absente au monde et à sa propre personne. Ses collègues attendent alors que la grande fille émerge de sa soudaine catalepsie, puis reprenne sans mot dire le cours de son existence tenace. Ici chacun a déjà tant à faire que nul ne vient remuer les parts de mystère. Le moindre geste les dévoile bien assez. C’est dans les recoins les plus communs de l’existence, une volute de fumée, une taquinerie, que transparaît une forme de reconnaissance. Même le médecin chef au regard compatissant se sait proche de cette grande gigue, elle et lui prisonniers / gardiens de la même cour des miracles.
Le soir venu, le rayon de soleil qui pétille dans la vie de Iya est un petit bonhomme à la drôle de figure, Pashka, qu’elle couve dans un cocon aussi chaleureux qu’étouffant. Tout le monde croit que c'est son fils mais on découvrira au retour de Masha, une ancienne camarade du front, qu’il n’en est rien. Ensemble ces deux âmes sœurs, antithèses l’une de l’autre, vont réapprendre à jouir de la vie, dans une ambiance mélodieusement dissonante. Relation réparatrice aussi bien que toxique, pour le moins intrigante.

Le film est assez long mais rien n’y est longueur. Les plans, souvent étirés à l’extrême, sont d’une intensité rare et balaient un spectre d’émotions contradictoires. Entre tendresse, empathie, malaise, colère, Une grande fille ne cessera de nous troubler… Que du bonheur, du vrai grand cinéma !