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Pendant ce temps-là, sur la planète cinéma...
ON NAGE EN PLEIN PSYCHODRAME. Le Miracle Tenet n’a pas eu lieu. En effet, s’il a enregistré de fort belles entrées pour un blockbuster intello et déroutant, le film n’a pas pu – ou pas su – sauver à lui tout seul un système au bord du gouffre. No time to die et surtout pas du Coronavirus.L...

Gazette post-covid no3
Donc on récapitule : à Avignon, à ce jour en zone rouge, on maintient toujours un fauteuil de libre de chaque côté d’une personne ou d’un groupe et le port du masque est obligatoire au cinéma même pendant les séances. À ce propos nous voudrions rassurer le monsieur de l’autre jour, récalcitrant...

« ciné-déconfiné » Ce qui a changé et ce qu’il faut respecter
• Il y a un décalage entre chaque séance pour que vous vous croisiez le moins possible.•.• Le port du masque est obligatoire dans tout le cinéma et également pendant la séance..• L’équipe est masquée (mais tout à fait reconnaissable).• L’heure c’est l’heure et VRAIMENT l’heure : aucun retard ne...

Utopia est dans le Canard Enchaîné ! Notre futur Utopia écolo retenu par Ulule et Lilo !
Après tant de rencontres animées dans nos salles sur l’écologie, on s’est dit qu’il était temps de passer à l’action et d’impulser une véri-table nouvelle génération de ciné-mas respectueux de l’environnement ! ... Lire Utopia est dans le Canard Enchaîné ! Notre futur Utopia écolo retenu par...

L’INFIRMIÈRE

Écrit et réalisé par Kôji FUKADA - Japon 2019 1h45 VOSTF - avec Mariko Tsutsui, Mikako Ichikawa, Sosuke Ikematsu, Hisako Ookata...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

L’INFIRMIÈREÉtrange infirmière, troublante, trouble, à l’image d’un film qui a tôt fait de nous entraîner dans ses secrets et ses méandres. Kôji Fukada prend plaisir à déconstruire la narration, à jouer avec le spectateur comme un chat avec une souris. C’est tricoté de petites choses faussement anodines… Il faut donc s’accrocher au fil du récit, ne pas le lâcher comme au grimper de corde… Mais pas d’inquiétude, au moment où l’on se sent un peu perdu, une main vous sera tendue.
Le titre original japonais, « Profil », fournissait une piste, car tout se construit ici comme s’il était possible de voir simultanément les deux profils d’une même personne, le côté pile nébuleux et le côté face limpide ; une face pure, une autre souillée, comme si les strates du temps n’existaient plus vraiment. Plus on avancera dans le récit, plus l’inaccessible protagoniste principale nous désarçonnera, toujours plus ambiguë avec ses airs de victime coupable, ses actes déstabilisants…



Ichiko est infirmière à domicile, un quotidien sans grande surprise, routinier, mais que visiblement elle aime. Enfin, ce qu’elle aime surtout, c’est le contact humain avec cette famille qui est sans doute devenue le centre de sa vie. Elle n’en dit rien, ça ne se fait pas. Que valent les mots dans un pays qui fait passer le devoir avant les sentiments ? Quand elle tente d’en prononcer, ils sortent si gauches qu’ils lui échappent et reflètent mal ce qu’elle ressent. Quand elle se hasardera à faire des confidences à l’adolescente de la maisonnée, elle se sentira décalée et bizarre et cela lui attirera une cascade d’ennuis inimaginables. Les comportements qui en découleront sembleront démesurés et quasi incompréhensibles pour notre œil occidental, mais ils refléteront complètement l’ambiance et le harcèlement subi par le personnel soignant japonais, que certains verraient bien être remplacé systématiquement par des robots aseptisés. Même si le film a été tourné largement avant la pandémie, on pourra en dire que la réalité a fini par rattraper la fiction.
En attendant, dans les gestes très professionnels d’Ichiko, toujours discrète et attentive, transparaît une infinie tendresse. La vieille grand-mère qu’elle soigne ne s’y trompe pas, même si ses traitements et/ou son vieil âge lui font perdre un peu la boule…

Mais tout cela, c’était avant… avant qu’une étrange disparition vienne briser ce semblant d’harmonie et de choses prédictibles qui orchestraient la vie de l’infirmière… Avant que les médias, le jugement d’autrui, ne plongent son avenir dans la plus grande incertitude…
À l’arrière-plan de L’Infirmière, se dessine en creux un portrait acéré de la société japonaise contemporaine. Tantôt glacée, souvent glaçante, assoiffée de pureté et de propreté, jusqu’à se déshumaniser. Tantôt un peu glauque, vampirisant une humanité qui ne parvient plus à exprimer la vérité de ses sentiments. L’Infirmière regarde son époque droit dans les yeux, sans commentaires. Le film ne rentre décidément pas dans la catégorie du cinéma social, ni dans aucune autre d’ailleurs, c’est là le pari réussi de Kôji Fukada (on se souvient de son Harmonium), qui se refuse à figer ses films dans un cadre préformaté, comme il le déclare si bien :
« Je suis intimement convaincu que l’histoire du cinéma est liée à la propagande, que les travaux en la matière des armées allemandes, japonaises ou américaines pendant les guerres du xxe siècle ont créé les principes dogmatiques du cinéma, là où je le conçois comme un art libre et non comme souvent, un média assez violent dans sa manière de diriger les réactions ou les sentiments du public. Il est du devoir des cinéastes de prendre leurs distances avec ça. »

Pour prolonger le film, on vous conseille de lire le dossier de presse, avec l’interview du réalisateur et un éclairage en tout point passionnant sur « être infirmière au Japon »(télécharger le dossier au format pdf).