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Le blog des profondeurs...
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La vie reprend, plus ou moins, et pas partout…
Nous étions partis pour vous parler du Monde du cinéma, de la culture, de nos affres et de nos états d’âme, et puis les bombes et roquettes filant au-dessus du mur ont télescopé nos préoccupations (que nous trouvions sincèrement importantes), mais cela nous a aussi ramené à tous ces conflits oubliés...

MIGRANTS OU HABITANTS, ET POURQUOI PAS LES 2 ! 123 SOLEIL
Depuis plus de 3 ans maintenant, l’association 123 Soleil réuni tous ceux qui, à Avignon, veulent rencontrer les jeunes de Rosmerta et d’ailleurs, par la pratique cinématographique. Cette initiative permet à ces voyageurs qui ont pris tous les risques pour arriver jusqu’à nous, de faire des connaiss...

Des nouvelles de Rosmerta
L’association occupe depuis fin 2018 une ancienne école à Avignon pour héberger des jeunes réfugiés. En 2019, suite à une plainte du diocèse d’Avignon, propriétaire des lieux, un jugement a reconnu l’état de nécessité ayant conduit à la réquisition des bâtiments. L’association a obtenu un délai de t...

Pendant ce temps-là, sur la planète cinéma...
ON NAGE EN PLEIN PSYCHODRAME. Le Miracle Tenet n’a pas eu lieu. En effet, s’il a enregistré de fort belles entrées pour un blockbuster intello et déroutant, le film n’a pas pu – ou pas su – sauver à lui tout seul un système au bord du gouffre. No time to die et surtout pas du Coronavirus.L...

LES 2 ALFRED

Bruno PODALYDÈS - France 2020 1h32 - avec Denis Podalydès, Sandrine Kiberlain, Bruno Podalydès, Yann Frisch, Luana Bajrami, Leslie Menu... Scénario de Bruno Podalydès avec la collaboration de Denis Podalydès.

Du 16/06/21 au 29/06/21

LES 2 ALFREDChômeur quinquagénaire, interdit bancaire, père isolé de deux charmants bambins, Alexandre est un cumulard des temps modernes. Pas précisément de la race des winners, mais il est fermement décidé à se sortir d’affaire. C’est que l’enjeu est de taille. À la suite d’un malheureux coup de canif dans son contrat de mariage, Alexandre s’est vu imposer par Albane, sa femme, un ultimatum très simple : soit il fait la preuve, le temps d’une séparation temporaire, qu’il peut gagner sa vie, gérer ses enfants et tenir son ménage, soit ladite séparation devient ferme et définitive. Non négociable. Sitôt dit, la belle a bouclé son bagage, boutonné sa vareuse galonnée et coiffé sa casquette d’officier, et s’en est allée tête droite, en mission dans les grands fonds marins aux commandes d’un sous-marin nucléaire. Eh oui !



Voilà donc notre Alexandre bien obligé de sortir ses deux pieds de l’unique sabot dans lequel il les maintenait confortablement confinés. Alexandre qui jongle avec les réveils, les petits déjeuners, les horaires d’école et de crèche – sans oublier, bon sang ! les deux Alfred (deux singes en peluche, un seul doudou, indispensable au petit dernier). Alexandre qui enchaîne stoïquement les rendez-vous démoralisants, à la banque pour tenter en vain d’émouvoir un conseiller lunaire, à Pôle Emploi pour se mettre en quête d’un boulot. N’importe lequel au demeurant, il n’est pas regardant, juste un boulot rémunéré qui lui permettra de redorer son blason aux yeux d’Albane. Son premier entretien d’embauche dans une start-up « innovante » (innovante dans quoi ? Dans l’art de mener une réunion de travail autour d’une table de ping-pong ?) donne une idée de l’ampleur du gouffre qui sépare Alexandre du monde merveilleux de l’entreprise 3.0. Contre toute attente, le papa-poule old-school et déphasé est illico embauché par « The box », la boîte >friendly en total open-space où, comme le précise Aymeric, le gérant cool, on « dispatche en conf'call des opés mesurables par simple reacting process ». Embauché sur un mot, une intuition, parce qu’il a indiqué vouloir faire un « reset » sur sa vie professionnelle. Précisément, ce sera ça, son job : le reacting process. Ce qui complique singulièrement la situation, c’est que son petit tyranneau de patron-copain a été ferme, très ferme : à « The box », on est résolument « no child » – ou on s’en va. Pour conserver le boulot, notre aventurier des temps ultra-modernes va donc devoir déployer des trésors d’inventivité pour mener à bien, sous la houlette de Séverine (sa N+1 à la réputation de killeuse), une mission dont il n’a pas compris la moitié du quart du début de la signification, tout en cachant l’existence de ses bambins. Le hasard met sur sa route Arcimboldo – un ange-gardien espiègle et serviable qui use à merveille des paradoxes de l’ubérisation de la société, ses applis, ses bidouilles et ses failles, et qui va faire office de guide de haute montagne dans les méandres de la vie connectée…

Comme toujours chez Bruno Podalydès, la comédie douce-amère et un brin nostalgique est relevée d’une pointe de satire acérée du monde moderne. À l’instar de la novlangue glacée de la start-up que chacun emploie sans vraiment la comprendre, la technologie connectée y a des allures vaguement inquiétantes mais la poésie ne tarde jamais à affleurer derrière l’incongru et le ridicule des situations. Les écrans, omniprésents, isolent plus qu’ils ne les rapprochent des individus totalement dépassés par l’accumulation de montres connectées, voitures autonomes, galets-enregistreurs et autres bidules vocaux qui ont réponse à tout. L’autonomie qu’acquièrent insensiblement les objets, l’inertie têtue qu’ils opposent à leurs utilisateurs donnent à la fable son rythme décalé et poétique. Dans cet univers mécanique instable, Sandrine Kiberlain est irrésistible en wonder woman au bord de l’explosion, tandis que les deux frères Podalydès se délectent visiblement de jouer (au sens propre) ensemble, l’un son avatar de M. Hulot égaré au xxie siècle, l’autre de ses talents de magicien de kermesse.