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Le blog des profondeurs...
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La vie reprend, plus ou moins, et pas partout…
Nous étions partis pour vous parler du Monde du cinéma, de la culture, de nos affres et de nos états d’âme, et puis les bombes et roquettes filant au-dessus du mur ont télescopé nos préoccupations (que nous trouvions sincèrement importantes), mais cela nous a aussi ramené à tous ces conflits oubliés...

MIGRANTS OU HABITANTS, ET POURQUOI PAS LES 2 ! 123 SOLEIL
Depuis plus de 3 ans maintenant, l’association 123 Soleil réuni tous ceux qui, à Avignon, veulent rencontrer les jeunes de Rosmerta et d’ailleurs, par la pratique cinématographique. Cette initiative permet à ces voyageurs qui ont pris tous les risques pour arriver jusqu’à nous, de faire des connaiss...

Des nouvelles de Rosmerta
L’association occupe depuis fin 2018 une ancienne école à Avignon pour héberger des jeunes réfugiés. En 2019, suite à une plainte du diocèse d’Avignon, propriétaire des lieux, un jugement a reconnu l’état de nécessité ayant conduit à la réquisition des bâtiments. L’association a obtenu un délai de t...

Pendant ce temps-là, sur la planète cinéma...
ON NAGE EN PLEIN PSYCHODRAME. Le Miracle Tenet n’a pas eu lieu. En effet, s’il a enregistré de fort belles entrées pour un blockbuster intello et déroutant, le film n’a pas pu – ou pas su – sauver à lui tout seul un système au bord du gouffre. No time to die et surtout pas du Coronavirus.L...

DES HOMMES

Écrit et réalisé par Lucas BELVAUX - France-Belgique 2020 1h41 - avec Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Depardieu, Yoann Zimmer, Fleur Fitoussi, Ahmed Hamoud... D’après le roman de Laurent Mauvignier (Minuit).

Du 02/06/21 au 29/06/21

DES HOMMESLe moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a de la suite dans les idées, Lucas Belvaux. Son précédent film, Chez nous, était une plongée documentée, sans complaisance mais aussi sans œillères, au cœur de l’extrême droite, son parti, ses militants et la terrifiante banalisation de ses thèses dans les couches populaires de la société – sans jamais occulter l’humanité sincère, parfois, de celles et ceux qui viennent y chercher refuge politique. Quand on gratte sous la carapace, derrière le préjugé, on en trouve toujours, de l’humanité. Dans un mouvement comparable, complémentaire, Des hommes nous raconte l’histoire de Feu-de-bois, Bernard pour l’état civil. Sexagénaire antipathique, raciste et violent, nul doute que s’il votait – et rien n’est moins certain –, il serait un électeur de premier choix pour le parti nationaliste décrit dans Chez nous.



Taiseux, méchant comme une teigne, géant à l’alcool mauvais, Feu-de-bois vit reclus dans sa ferme, à l’écart du village. Il se méfie de tous et tous se méfient de lui. Il n’a à la bouche qu’amertume et reproches maugréés pour lui-même et, lorsque l’alcool fait sauter ses digues, éructe rageusement sa haine des « crouilles », des « bougnoules », qui viennent jusque dans son village le narguer, lui, sa vie fracassée et ses blessures. Le peu de tendresse qu’il garde au fond de lui, il le réserve à sa sœur, Solange, la seule qui, tout en condamnant ses dérives, lui conserve envers et contre tout un peu d’affection. Même après un énième esclandre d’une rare violence au cours de sa fête d’anniversaire à elle, où était réuni tout le village. Même après que, ivre mort, il a menacé puis agressé la famille maghrébine qui vit dans une maison voisine. Même lorsque les gendarmes viennent la trouver pour qu’elle les aide à arrêter le monstre. Pour elle, Bernard n’a pas toujours été Feu-de-bois. Pas un saint, c’est sûr, mais presque un brave gars, un peu brut de décoffrage, croyant fervent, curieux du monde. Rabut, son cousin, le sait aussi. Comme il sait, pour avoir partagé son destin, sur quoi se sont fracassés ses idéaux et sa vie de jeune homme.
Quatre décennies plus tôt, Feu-de-bois et Rabut ont vingt ans. Et comme tous les jeunes garçons qui ont vingt ans en 1960, la France leur a offert quelques mois de conscription en Algérie. Pas pour faire la guerre, leur a-t-on dit, pour pacifier.

Tout l’enjeu, pour Lucas Belvaux, est de raconter sans excuser, de décrire au plus près la manière dont on fabrique des « Feu-de-bois ». Quels chemins tortueux, quelles expériences traumatisantes transforment en monstre un jeune homme un peu exalté, émerveillé par les beautés d’un pays qu’il découvre et qu’il décrit quotidiennement dans ses lettres à sa petite sœur. Comment, insidieusement, la guerre qui ne dit pas son nom infuse dans l’âme et le comportement de ces jeunes gens – qui ont encore présent à l’esprit leurs souvenirs d’enfance de l’occupation allemande, de la libération de leur pays… Long et difficile est cependant le chemin qui permet à certains appelés, prenant un peu de hauteur, de regarder les horreurs auxquelles ils participent pour ce qu’elles sont – oser faire le parallèle, par exemple, entre les villages algériens décimés et le massacre d’Oradour-sur-Glane, perpétré par les SS 18 ans auparavant. « Si j’avais été d’ici, j’aurais été fellaga », pense le jeune homme rentré au pays.
Dans un va-et-vient orchestré entre passé et présent, les voix entrecroisées de Rabut, de Feu-de-bois, de Solange tissent une histoire cabossée faite de désillusions, de meurtrissures, d’amours et d’amitiés déçues. Les « Feu-de-bois » ne viennent pas de nulle part : on les fabrique, nous dit, sans angélisme, le très beau film de Lucas Belvaux. Rappelant en filigrane que l’étincelle d’humanité ne s’éteint jamais tout à fait – et que ce qu’une main (ou un drame) a fait, une autre peut, un jour, le défaire.