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Le blog des profondeurs...
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La vie reprend, plus ou moins, et pas partout…
Nous étions partis pour vous parler du Monde du cinéma, de la culture, de nos affres et de nos états d’âme, et puis les bombes et roquettes filant au-dessus du mur ont télescopé nos préoccupations (que nous trouvions sincèrement importantes), mais cela nous a aussi ramené à tous ces conflits oubliés...

MIGRANTS OU HABITANTS, ET POURQUOI PAS LES 2 ! 123 SOLEIL
Depuis plus de 3 ans maintenant, l’association 123 Soleil réuni tous ceux qui, à Avignon, veulent rencontrer les jeunes de Rosmerta et d’ailleurs, par la pratique cinématographique. Cette initiative permet à ces voyageurs qui ont pris tous les risques pour arriver jusqu’à nous, de faire des connaiss...

Des nouvelles de Rosmerta
L’association occupe depuis fin 2018 une ancienne école à Avignon pour héberger des jeunes réfugiés. En 2019, suite à une plainte du diocèse d’Avignon, propriétaire des lieux, un jugement a reconnu l’état de nécessité ayant conduit à la réquisition des bâtiments. L’association a obtenu un délai de t...

Pendant ce temps-là, sur la planète cinéma...
ON NAGE EN PLEIN PSYCHODRAME. Le Miracle Tenet n’a pas eu lieu. En effet, s’il a enregistré de fort belles entrées pour un blockbuster intello et déroutant, le film n’a pas pu – ou pas su – sauver à lui tout seul un système au bord du gouffre. No time to die et surtout pas du Coronavirus.L...

QUI CHANTE LÀ-BAS ?

(Ko to tamo peva) Slobodan ŠIJAN - Yougoslavie 1980 1h25 VOSTF - avec Pavle Vuisić, Dragan Nikolić, Danilo Stojković, Aleksandar Berček... Scénario de Dušan Kovačević. VERSION RESTAURÉE.

Du 02/06/21 au 22/06/21

QUI CHANTE LÀ-BAS ?Pour paraphraser Musset, les plus désespérées sont les comédies les plus belles.
De par leur histoire tumultueuse, foutraque, sanglante, à l’instar des peuples juif, palestinien, kurde et autres damnés de la terre, les habitants des Balkans ont depuis des lustres acquis en matière d’humour et de désespoir un savoir-faire qui confine au professionnalisme. Les moins jeunes d’entre nous se rappellent sans doute qu’il a fugacement existé au au xxe siècle, pas bien loin de chez nous, un pays appelé la Yougoslavie. Les plus attentifs en cours d’histoire/géo se souviennent sans doute de ces cartes de l’Europe hardiment bariolées, avec des hachures dans un sens, dans l’autre, des lignes pointillées frontalières plutôt mouvantes, des flèches pointant dans toutes les directions, racontant des mouvements de populations, des invasions, des annexions, des alliances, bref : la figuration scolaire et graphique d’un foutu bazar balkanique, fruit d’un gloubi-boulga géopolitique pas piqué des vers. Construit en 1918 sur les ruines fumantes de la Grande guerre, définitivement démantibulé en 2003, ce patchwork de populations slaves disparates aura duré en tout et pour tout 85 ans et connu successivement un régime monarchique, l’occupation allemande, une république socialiste emmenée par Tito, avant que les tensions nationalistes ne fassent tout voler en éclats – la guerre du Kosovo marquant l’ultime et macabre épisode de cette courte histoire.

Si je vous raconte tout ça, c’est que les flèches sur les cartes, les tâches de couleurs et les pointillés, ça a des répercussions très concrètes sur les individus qui s’efforcent de vivre, parfois de survivre, aussi simplement et paisiblement que possible, et qui se retrouvent plus souvent qu’à leur tour charriés comme des galets dans le torrent de l’Histoire. Ça forge le caractère, une philosophie de l’existence, et donc un humour mâtiné d’un sens du dérisoire peu commun.

Comédie yougoslave aussi drôle et inventive que minimaliste et mélancolique, Qui chante là-bas ? métaphorise le convoyage de populations bigarrées, roulant dans un autobus brinquebalant à travers le siècle sur des chemins à peine tracés, vers une destination improbable. À son bord, la liste des passagers tient de l’inventaire à la Prévert : un jeune couple fraîchement et vraisemblablement trop vite marié, un chanteur de charme gominé, un bourgeois réactionnaire mal embouché, un phtisique à l’agonie, un chasseur malchanceux, un vétéran décati et décoré (mais, grands dieux, de quelle guerre  ?), et deux tziganes musiciens – qui ponctuent le récit au chant, à l’accordéon et à la guimbarde comme le chœur antique de la farce tragique qu’ils accompagnent. La petite troupe hétéroclite est emmenée par un contrôleur matois et âpre au gain, et son fils un peu simplet (mais capable de conduire les yeux bandés !). L’action se passe en 1941, l’invasion allemande en cours est invisible, la Yougoslavie – les voyageurs ne le savent évidemment pas – ne sera bientôt plus une monarchie. Ce qui les unit, c’est Belgrade, qu’ils veulent tous pour diverses raisons rejoindre. Le véhicule, qu’on devine d’un rouge éclatant sous son épaisse carapace de poussière, cahote lentement mais sûrement vers son destin, promenant au long d’une campagne aride l’imposant panache de fumée noire que dégage la cheminée de son gazogène. Son odyssée incertaine lui fera emprunter des chemins de traverse et marquer des arrêts intempestifs qui seront autant d’occasions pour ses passagers de révéler leur vrai visage, en définitive rarement aimable – et d’assembler pièce à pièce le puzzle d’une société déboussolée.

Qui chante là-bas ? est réalisé en 1980, alors que le régime communiste est à un tournant. Tito vient de disparaître et les nationalismes reprennent du poil de la bête. Quarante ans plus tard, le film n’a rien perdu de son charme, ni la fable de son éclat. Au contraire, on découvre avec le recul avec quelle acuité il préfigure la faillite communiste et l’éclate- ment inéluctable d’une Yougoslavie fabriquée à la diable au tournant du siècle pour servir les intérêts de ses voisins.