LA GAZETTE
(à télécharger au format PDF)

NOUS TROUVER
(et où trouver la gazette)

NOS TARIFS :
TARIF NORMAL : 7€
CARNET D'ABONNEMENT : 50€ (10 places, non nominatives, non limités dans le temps, et valables dans tous les Utopia)
Séance de midi : 4,50€
Moins de 14 ans : 4,50€

RSS Cinéma
RSS Scolaires
RSS Blog

(Quid des flux RSS ?)

EN DIRECT D'U-BLOG

Le blog des profondeurs...
(de champ)

TOUT VA BIEN, TOUT VA MAL
Prix des places de cinéma : les salles abusent-elles sur les tarifs ?  Ainsi s’interrogent ces temps-ci la presse et les émissions spécialisées sur la culture, le cinéma, le panier des ménages… ce dernier serait lourdement touché par les politiques tarifaires extravagantes pratiquées ...

LEO (Liaison Est Ouest) : la lutte paie
Au cœur de l’été, l’état a fait paraître un arrêté retirant le projet de la LEO dans les conditions proposées, suite au recours contentieux déposé par ses opposants l’été précédent. Il reconnaît sans le dire les errements et aberrations d’un projet obsolète, vieux de 30 ans mais néanmoins bâclé, et ...

UN CINÉMA UTOPIA À TROYES DES NOUVELLES DU PETIT NOUVEAU
Citoyens inconnus ou reconnus, journalistes indépendants, petites mains de l’ombre… que serait-on sans vous ?Pour ceux qui auraient loupé quelques épisodes entre deux festivals, deux confinements ou une déclaration de Poutine, rembobinons l’histoire…L’action débute en l’an 2019 après JC, toute l...

LA MÉNARDIÈRE Un habitat partagé à Bérat, entre Toulouse et l’Ariège
C’est un rêve, modeste et fou… Parvenus à l’âge où les clairons sonnent la retraite, une poignée de filles et de garçons se sont mis en tête d’inventer une alternative à ce que la société propose à ses vieux : ne pas vivre seuls, ne pas finir dans une de ces horribles institutions où il ne rest...

IL N’Y AURA PLUS DE NUIT

Éléonore WEBER - documentaire France 2020 1h15 - avec la voix de Nathalie Richard...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

IL N’Y AURA PLUS DE NUITOn savait que la photographie partageait son vocabulaire avec celui de la chasse : charger, viser, shooter, tirer. Il n’y aura plus de nuit rend compte d’un pas supplémentaire franchi : dans nos armées occidentales contemporaines, regarder c’est déjà viser. Désormais certains pilotes d’hélicoptères sont munis en permanence d’une caméra, elle-même reliée directement à leur arme, si bien que tout ce qu’ils regardent est vu par le prisme du viseur de la caméra, confondu avec celui de l’arme, et est enregistré. Nous arrivons donc à l’équation paroxystique suivante : regarder = viser = filmer = (potentiellement) tuer.
Doté d’une puissance de zoom sans précédent, le pilote dans les airs peut ainsi voir ce qu’il se passe sur terre à des kilomètres de lui, jusqu’à la couleur et la texture d’un pull over. Plus encore, les caméras thermiques défient tous les obstacles, plus rien ne leur résiste, ni les branchages, ni le brouillard, pas même la nuit.



Nous sommes en Afghanistan, en Syrie, en Irak. Du ciel, l’ennemi n’est qu’une silhouette, blanche et luminescente la nuit. Ici le rapport de force est asymétrique, outrageusement déséquilibré. La seule chose que les pilotes craignent, c’est la bavure, l’erreur d’appréciation qui conduirait au tribunal militaire. Grégoire Chamayou l’exprime clairement dans son ouvrage Théorie du drone : « [cette technologie] est l’instrument d’une violence à distance où l’on peut voir sans être vu, toucher sans être touché, ôter des vies sans jamais risquer la sienne ». Quand on pense que jusqu’à la fin du 19e siècle, les armées européennes habillaient leurs soldats d’un rouge fier et flamboyant !
Ces frappes donc, si élégamment nommées « chirurgicales », souvent réalisées dans le cadre de missions préventives, conduisent inéluctablement à des erreurs et révèlent le paradoxe suivant : plus les pilotes voient, plus ils risquent de se tromper. À cet égard, on se souvient de ces deux journalistes tués par erreur par l’armée américaine parce que les soldats avaient confondu leur pied de caméra avec un AK47 ou assimilé. L’erreur fut sans appel.

Cependant la question géopolitique est maintenue hors-champ. Ce qu’interroge véritablement Il n’y aura plus de nuit est la question du regard et du voir. Le dispositif est aussi simple qu’efficace : sur des images provenant uniquement d’enregistrements effectués lors de missions (glanées sur des sites grand public tel que YouTube), est apposée une voix off sobre et distanciée qui questionne la nature même de ces images. Si l’écueil de la voix off est souvent de prendre trop de place et d’être trop directive, il n’en est rien ici. Bien au contraire et fort heureusement, Nathalie Richard nous tient la main, sans ça nous resterions sans doute collés au stade de la sidération.
Ces images, pour mieux les comprendre, la réalisatrice les a également soumises à un pilote de l’armée française dont elle restitue fidèlement les mots. Ainsi est mis en lumière le fossé qui sépare l’œil militaire de l’œil profane. Le regard est une construction idéologique, culturelle, professionnelle et devant une même image, soldat et cinéaste ne voient pas du tout la même chose !

À ces deux regards, il faut bien sûr en ajouter un troisième, le nôtre, celui du spectateur. Si le film témoigne de l’insatiabilité de l’œil du pilote qui semble n’en voir jamais assez, le spectateur est lui aussi renvoyé à sa pulsion scopique et au pouvoir de fascination qu’exercent ces images. Ce fantasme de tout voir, que rien ne nous échappe au nom de la vérité, au nom de la justice ou de la sécurité, est évidemment un leurre. Le plus important est toujours : qui regarde ? Qui peut voir ? Et lorsque qu’aucun contre-champ n’existe, on peut être à peu près sûr que le danger n’est pas loin (Loi sécurité globale ?).
De la même manière que les flammes de l’enfer brûlent sans éclairer, ces caméras suppriment la nuit sans nous permettre d’y voir clair.