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UN CINÉMA UTOPIA À TROYES DES NOUVELLES DU PETIT NOUVEAU
Citoyens inconnus ou reconnus, journalistes indépendants, petites mains de l’ombre… que serait-on sans vous ?Pour ceux qui auraient loupé quelques épisodes entre deux festivals, deux confinements ou une déclaration de Poutine, rembobinons l’histoire…L’action débute en l’an 2019 après JC, toute l...

LA MÉNARDIÈRE Un habitat partagé à Bérat, entre Toulouse et l’Ariège
C’est un rêve, modeste et fou… Parvenus à l’âge où les clairons sonnent la retraite, une poignée de filles et de garçons se sont mis en tête d’inventer une alternative à ce que la société propose à ses vieux : ne pas vivre seuls, ne pas finir dans une de ces horribles institutions où il ne rest...

Cannes, c’est plus ce que c’était !
C’est tous les ans ou presque la même rengaine. Cannes, ma bonne dame, c’est plus ce que c’était : la sélection n’est vraiment pas terrible, le palmarès est complètement naze, tout ça c’est copinage et compagnie, bref le festival part à vau-l’eau… Sauf ces deux dernières années, pour des raison...

ROSMERTA, une belle aventure humaine à Avignon, qui continue contre vents et marées.
Suite à une réquisition citoyenne en 2018, le lieu Rosmerta est né et depuis, il donne un toit à près d’une quarantaine de jeunes mineurs isolés et des familles avec enfants en bas âge. L’association qui le gère, composée exclusivement de bénévoles, aide près de 50 personnes sans aucun soutien des p...

ONODA, 10 000 nuits dans la jungle

Arthur HARARI - France / Japon 2021 2h45 VOSTF - avec Yuya Endo, Kanji Tsuda, Yuya Matsuura, Shinsuke Kato... Scénario d’Arthur Harari et Vincent Poymiro. Festival de Cannes 2021 - Film d’ouverture section Un Certain Regard.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

ONODA, 10 000 nuits dans la jungleC’est un projet hors du commun que cet ambitieux film japonais mené par le réalisateur français Arthur Harari, remarqué pour son premier long métrage (déjà très maitrisé) Diamant noir. Pour son deuxième film, sur le papier déjà, quelque chose intrigue : une dimension homérique, une prise de risque délibérée, peu courante dans le cinéma français. Raconter l’incroyable histoire vraie d’Hiroo Onoda, soldat japonais resté en poste dans la jungle d’une île des Philippines trente ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, refusant de croire à la reddition de son pays. L’idée excite immédiatement nos imaginaires remplis de récits d’aventures, notre fascination pour les étrangetés de l’Histoire, pour les expériences extrêmes où l’humain fait preuve de ressources inimaginables pour se surpasser.
Arthur Harari embrasse avidement tout ce que ce fait réel transporte de fictions pour réussir un film d’une grande richesse, fouillant les nombreuses facettes de cette histoire avec un vaste appétit cinématographique. D’abord placé sous le registre du film de guerre, le film s’étoffe progressivement, passant par le survival ou l’étude anthropologique, pour finalement se placer dans la lignée des œuvres illustres sur l’homme et la nature (on pense notamment à John Boorman), avec une passion assumée pour le cinéma japonais (Kurosawa en tête). En trente ans, les histoires d’Hiroo Onoda auront été multiples, mais toutes convergent vers le point de mire de son voyage intérieur : la recherche de l’intégrité absolue, fut-ce au service d’une mission complètement délirante.


Fin 1944, Hiroo Onoda est envoyé à Lubang, une petite île au nord des Philippines. Comme attendu, le débarquement des Américains est écrasant et force les troupes japonaises à s’éparpiller dans les montagnes au cœur de l’île pour survivre. Onoda choisit quelques hommes solides et part établir un campement au milieu de la jungle. Rapidement, ils ne seront plus que trois à l’accompagner : Kozuka, le plus dévoué, Shimada, le père de famille, et Akatsu, le plus jeune. Au bout de quelques temps, Onoda leur dévoile les véritables raisons de sa présence. Refusé comme pilote parce qu’il avait le vertige, Onoda n’a pas pu effectuer de mission-suicide contre l’ennemi. En échange, il a intégré une unité d’élite entraînée pour mener la « guerre secrète ». Dans un très beau chapitre, l’instruction d’Onoda par le major Tanaguchi nous est contée : figure paternelle fascinante, Tanaguchi leur a enseigné l’esprit de leur nouvelle mission. Si le Japon est battu, ces guérilleros agiront dans l’ombre pour freiner l’avancée de l’ennemi par tous les moyens et se renseigner autant que possible en vue d’informer stratégiquement les renforts lorsqu’ils arriveront. Pour cela, trois règles : ne jamais se rendre, ne jamais mourir et n’obéir qu’à eux-mêmes. Dès lors, coupés de tout en pleine jungle, Onoda et ses trois partenaires entrent dans une mission qui ne prendra fin que 30 ans plus tard.

Le film rend parfaitement compte de la manière dont la culture japonaise, son sens de l’honneur et du devoir, ont pu rendre possible une telle aventure. Mais plus encore, Arthur Harari filme le siège d’Onoda et ses camarades comme un parcours jonché d’épreuves (la faim, la solitude, l’hostilité du milieu, etc.), une véritable Odyssée qui dépasse le seul conditionnement culturel : la force d’une autodiscipline implacable, l’amitié réelle au sein d’un groupe à la cohésion mainte fois malmenée, et, plus que tout peut-être, la capacité humaine à s’inventer des histoires pour se donner un but. Les brefs contacts avec les habitants de l’île et les tentatives de récupération organisées par le Japon n’y feront rien. Arthur Harari fait le portrait saisissant d’un héros plongé dans une guerre sans combat, condamné à une grandeur sans gloire.