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Ce court-métrage précèdera le film RETOUR À REIMS (fragments)

JE NE LÂCHERAI PAS TA MAIN

Dominique CABRERA France 2022 9mn - avec l'aide de Manuel Frésil, Emanuelle Bidou, Victor Sicard, Charlotte Pouch, Allan Mauduit, Nathalier Raoul, Edmée Doroszlaï, Jean-Pierre Méchin, Michalel Hädener, Sara Olaciregui, Galatée Politis, Philippe Martins, Nicolas Cantin, June Cantin, Marc Daquin, Corentin Loterie, Mustafa Saglam, Sunay Cagabey.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)



« Si par extraordinaire les migrants kurdes noyés dans la Manche avaient été filmés avant le naufrage, ils seraient toujours là à nous regarder ne pas leur porter secours. Après cent trente ans de cinéma, notre monde est peuplé de fantômes filmés que les écrans réveillent tour à tour. » Jean-Louis Comolli

"J’ai été comme beaucoup très touchée par le naufrage dans la Manche le 24 novembre des exilés en route pour l’Angleterre où 27 personnes au moins sont mortes noyées. J’ai lu des extraits du témoignage d’un des survivants dans les journaux. L' entretien en un seul plan au média Kurde Rudaw, diffusé sur internet m’a frappée au point de me donner l’élan de mettre en branle un projet de film.
Un jeune homme de vingt ans racontait très simplement ce qui s'était passé. Son récit nous faisait vivre concrètement la nuit ou l’eau est entrée dans le canot, où les appels au secours n’ont pas été entendus et où ses compagnons se sont laissés couler.

Je voyais ce texte lu par monsieur et madame tout-le-monde comme si les visages des lecteurs et ceux des noyés se superposaient, les voix des uns et des autres se relayaient dessinant par le cinéma une commune humanité. Manière d'être concrètement témoins. .

J’ai fait traduire l’entretien du kurde et j’ai demandé de l’aide autour de moi. Nous avons formé un petit groupe, un collectif éphémère pour concrétiser ce projet. A Manuela Frésil, Emmanuelle Bidou, Galatée Politis et moi, sont venus se joindre Jean-Pierre Méchin, Michael Hadener, Sara Olacirégui,Nicolas Cantin, Victor Sicard, Caroline Glorion, Nathalie Raoul, Edmée Doroszlai et d’autres engagés à des degrés divers.
Les uns et les autres ont cherché des lecteurs, se sont fait prêter du matériel, ont assuré la logistique.

Le cinéma Méliès dont l’ambiance me faisait penser à un hall d’aéroport a accepté d’accueillir notre tournage le lundi 3 janvier.

Je ne voulais pas faire de « casting » et je souhaitais ne surtout refuser personne. Nous avons envoyé des invitations ici et là en privilégiant les liens existants comme par exemple un atelier que Manuela menait avec des femmes de La Boissière, la Fédération des parents d’élèves, des voisines, RESF ou des usagers du Labec que connaissaient Victor et Sara.

Nous avons donné rendez-vous aux volontaires le jour du tournage. Nous espérions 33 personnes, c’était le nombre de passagers de l’embarcation naufragée. 65 personnes sont arrivées. Comme tout le monde voulait lire, nous avons partagé le texte en 65 et tourné en plan séquence. Cela a été un grand moment d’émotion.

L’association Périphérie nous a acueilli pour le montage. La fémis pour le mixage. La chercheure Alexandra Galitzine nous aidés. Elle nous a mis en contact avec les associations de Calais. Nous avons cherché si et comment il était possible d’inscrire les noms des victimes. Nous voulions aussi inscrire le chiffre des noyés dans l’espace maritime européen. Ce funeste calcul n’est pas possible et c’est le chiffre des disparus aux frontières de l’Europe qui est inscrit à la fin du film.

Le film dure 8 minutes. Il a été fait bénévolement. Il est destiné à être fourni gratuitement aux cinémas et aux associations qui en feront la demande."
Dominique Cabrera