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UN CINÉMA UTOPIA À TROYES DES NOUVELLES DU PETIT NOUVEAU
Citoyens inconnus ou reconnus, journalistes indépendants, petites mains de l’ombre… que serait-on sans vous ?Pour ceux qui auraient loupé quelques épisodes entre deux festivals, deux confinements ou une déclaration de Poutine, rembobinons l’histoire…L’action débute en l’an 2019 après JC, toute l...

LA MÉNARDIÈRE Un habitat partagé à Bérat, entre Toulouse et l’Ariège
C’est un rêve, modeste et fou… Parvenus à l’âge où les clairons sonnent la retraite, une poignée de filles et de garçons se sont mis en tête d’inventer une alternative à ce que la société propose à ses vieux : ne pas vivre seuls, ne pas finir dans une de ces horribles institutions où il ne rest...

SOUTENIR LA CULTURE AU LIBAN
Les bibliothèques publiques de Beyrouth jouent un rôle important dans la diffusion gratuite de la culture et de l’Art auprès de tous les publics, sans aucune distinction de sexe, d’origine ou de croyance. Ce sont des lieux de laïcité, d’égalité et de tolérance. Leur place est primordiale dans l...

Cannes, c’est plus ce que c’était !
C’est tous les ans ou presque la même rengaine. Cannes, ma bonne dame, c’est plus ce que c’était : la sélection n’est vraiment pas terrible, le palmarès est complètement naze, tout ça c’est copinage et compagnie, bref le festival part à vau-l’eau… Sauf ces deux dernières années, pour des raison...

MISS MARX

Écrit et réalisé par Susanna Nicchiarelli - Italie/Belgique 2020 1h47 VOSTF - avec Romola Garai, Patrick Kennedy, John Gordon Sinclair, Felicity Montagu... Musique de Gatto Ciliegia contro il grande freddo et Downtown boys.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

MISS MARX« La vérité, qui n’est pas pleinement reconnue, même par ceux qui sont soucieux d’agir positivement en faveur de la femme, est que celle-ci, à l’instar de la classe ouvrière, est soumise à l’oppression, que sa condition, comme celle des ouvriers, se détériore inexorablement. Les femmes sont soumises à une tyrannie masculine organisée comme les ouvriers sont soumis à la tyrannie organisée des oisifs. […] Les couches opprimées, les femmes et ceux qui sont directement producteurs, doivent comprendre que leur émancipation sera le fait de leur action. Les femmes trouveront des alliés chez les hommes les plus conscients comme les travailleurs trouvent des alliés chez les philosophes, les artistes et les poètes ; mais les unes n’ont rien à attendre des hommes en général et les autres n’ont rien à attendre des couches moyennes en général. »

Fermez le ban ! La nécessité, l’urgence de raconter la vie et l’œuvre de mademoiselle Marx tient sans doute dans ces quelques lignes, qui trouvent de fortes résonnances avec l’expression moderne d’un militantisme féministe dont elle serait, avec d’autres, une puissante inspiratrice, sinon une précurseure.
Le prénom d’Eleanor « Tussy » Marx, fille cadette de Jenny et Karl, est évidemment moins connu que son – écrasant – patronyme. Petite dernière un rien chouchoutée de la fratrie – de la « sororie » pourrait-on dire, seules les héritières (légitimes) Marx ayant survécu à leurs augustes géniteurs –, Eleonor plus encore que ses sœurs s’est employée à faire vivre l’héritage intellectuel du paternel aux quatre coins du monde, en agrégeant aux théories développées par lui et l’ami Engels ses propres préoccupations sociales. Entre deux voyages, trois conférences, elle rédige notamment, à quatre mains avec son compagnon, le dramaturge Edward Aveling (ou plutôt à deux mains et demie), La Question des femmes – d’un point de vue socialiste, un pamphlet qui vaut profession de foi où sont exposées ses positions sur la question du mariage (et de l’amour libre), de la vie quotidienne et du divorce, ou encore de l’éducation sexuelle. En substance, elle y développe l’idée que, sous la domination de son mari, la femme est prolétaire dans son propre foyer, de la même manière que la classe ouvrière est opprimée par ses employeurs. Oppression, prolétariat, socialisme… qu’il est bon de temps à autres de revenir au sens originel, à la source des idées, fortes, généreuses, qui ont irrigué l’histoire politique au tournant du xixe siècle – et qui ne sont plus utilisées, dans leur acception contemporaine, que vidées de leur substance, pour effrayer le petit peuple possiblement réfractaire aux bienfaits du capitalisme (ripoliné en « libéralisme »).

Le film de Susanna Nicchiarelli vient à propos remettre les pendules idéologiques à leur place et les théoriciennes, théoriciens du socialisme à celles qui leur reviennent. Sans omettre de pointer la difficulté pour Eleanor d’affronter ses contradictions intimes. Fervente défenseuse de l’émancipation et de l’égalité des femmes, elle vit confusément sa propre situation amoureuse : vivant maritalement avec un homme marié, dépensier, peu fiable, sa raison et son positivisme se heurtent de plein fouet à la réalité de sa passion. La réalisatrice italienne, à qui l’on doit le déjà surprenant et passionnant Nico 1988, biopic de l’icône warholienne du Velvet Underground, ne se départit pas du classicisme impeccable qui met parfaitement en lumière « sa » Tussy. Que ce soit dans l’exploration de son intimité ou dans l’expression frontale, volontiers didactique, aussi percutante que pouvaient l’être ses écrits, des racines d’un engagement politique sans faille. Seuls les arrangements musicaux et le punk rock anachronique des Downtown Boys viennent perturber cette sobre mise en scène, et souligner le caractère frondeur, résolument moderne, du personnage. Dans cette reconstitution au cordeau, Romola Garai, formidable, campe sans ostentation une femme libre, affûtée, déterminée, qui tend de toutes ses forces mais parfois en vain à mettre en parfaite cohérence son idéal avec ses actes.