LA GAZETTE
(à télécharger au format PDF)

NOUS TROUVER
(et où trouver la gazette)

NOS TARIFS :
TARIF NORMAL : 7€
CARNET D'ABONNEMENT : 50€ (10 places, non nominatives, non limités dans le temps, et valables dans tous les Utopia)
Séance de midi : 4,50€
Moins de 14 ans : 4,50€

RSS Cinéma
RSS Scolaires
RSS Blog

(Quid des flux RSS ?)

EN DIRECT D'U-BLOG

Le blog des profondeurs...
(de champ)

UN CINÉMA UTOPIA À TROYES DES NOUVELLES DU PETIT NOUVEAU
Citoyens inconnus ou reconnus, journalistes indépendants, petites mains de l’ombre… que serait-on sans vous ?Pour ceux qui auraient loupé quelques épisodes entre deux festivals, deux confinements ou une déclaration de Poutine, rembobinons l’histoire…L’action débute en l’an 2019 après JC, toute l...

LA MÉNARDIÈRE Un habitat partagé à Bérat, entre Toulouse et l’Ariège
C’est un rêve, modeste et fou… Parvenus à l’âge où les clairons sonnent la retraite, une poignée de filles et de garçons se sont mis en tête d’inventer une alternative à ce que la société propose à ses vieux : ne pas vivre seuls, ne pas finir dans une de ces horribles institutions où il ne rest...

SOUTENIR LA CULTURE AU LIBAN
Les bibliothèques publiques de Beyrouth jouent un rôle important dans la diffusion gratuite de la culture et de l’Art auprès de tous les publics, sans aucune distinction de sexe, d’origine ou de croyance. Ce sont des lieux de laïcité, d’égalité et de tolérance. Leur place est primordiale dans l...

Cannes, c’est plus ce que c’était !
C’est tous les ans ou presque la même rengaine. Cannes, ma bonne dame, c’est plus ce que c’était : la sélection n’est vraiment pas terrible, le palmarès est complètement naze, tout ça c’est copinage et compagnie, bref le festival part à vau-l’eau… Sauf ces deux dernières années, pour des raison...

UTAMA, la terre oubliée

Écrit et réalisé par Alejandro LOAYZA GRISI - Bolivie 2021 1h28 VOSTF - avec José Calcina, Luisa Quisle, Santos Choque... Grand Prix du Festival de Sundance dans la section World Cinema.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

UTAMA, la terre oubliéeIl suffit de peu de choses pour que des films ou des existences prennent une dimension grandiose. Il suffit parfois de quelques montagnes lointaines se découpant sur de vastes étendues arides, ou d’une poignée d’humains refusant de baisser les bras en territoire hostile pour que nos cœurs soient renversés. Voici, dans des décors à couper le souffle, une magnifique histoire d’amour, pas de celles qui tournent au drame et qui passent à la postérité pour avoir été empêchées par des bandes ou des familles rivales, comme les Montaigu ou les Capulet. Nous ne sommes pas ici dans un de ces mélodrames qui cueillent en plein vol des jouvenceaux lisses et beaux. Sisa et Virginio ont bien vécu, leurs quatre-vingt ans burinés en témoignent. Toute une vie à apprivoiser sur la carte du tendre les nouveaux sentiers creusés par le temps, les rides qui sillonnent les corps et les visages, le sien propre comme celui de l’être aimé. Toute une vie à cheminer ensemble sans faillir, malgré la vieillesse qui fragilise les pas, le poids des ans qui fait ralentir toutes les courses, même les plus déterminées. Et chaque jour les rituels toujours recommencés. Sisa tressant sa longue chevelure désormais argentée, puis s’attelant à la tâche de remplir ses seaux d’eau, de biner la terre, de faire renaître le feu pour cuisiner… Virginio, pugnace, conduisant loin ses bêtes à la recherche d’un brin d’herbe invisible. Elle dans ses larges jupes trop courtes pour être dans le vent, lui dans ses pantalons hors d’âge. Leurs deux chapeaux éternellement rivés sur la tête, les voilà qui s’éloignent dans le levant. Petites silhouettes perdues comme deux points infimes dans une image immuable, un horizon sans fin si l’immense cordillère des Andes n’y mettait un point d’orgue, sonnant le glas de l’Altiplano, les hautes plaines peruvo-boliviennes.



Ici c’est le royaume du froid perpétuel, avec une température qui dépasse rarement 10° en journée, le gel qui terrasse les nuits, la sécheresse et la salinité qui craquèlent les sols, le vent qui continûment harcèle… Combien il est étonnant de voir une poignée d’humains refuser de quitter ce rude milieu et d’aller se réfugier dans l’apparente sécurité des villes ! Chose impossible à comprendre pour Clever, le petit-fils de nos octogénaires, qui fait partie d’une jeunesse biberonnée au confort moderne et aux sms. Quand il débarque, écouteurs sur les oreilles, les bras chargés de présents pour ses grands-parents, ces derniers l’accueillent de manière plutôt taiseuse et méfiante. Virginio surtout, qui se montrera même hostile, persuadé que cela est un nouveau stratagème de son propre fils pour l’extirper d’une vie traditionnelle qu’il a fui. Mais sous les silences, la tendresse couve, celle de Clever notamment. Et le voilà qui observe et comprend ce qu’on ne veut pas forcément lui dire. La difficulté de Sisa à devoir aller toujours plus loin pour trouver l’eau vitale qui se raréfie et aussi ce que Virginio s’entête à lui cacher…

C’est un cycle qui s’achève, sous le regard taquin des lamas aux oreilles enrubannées de rose, qui semblent observer leurs compagnons humains d’un air mi-étonné, mi-compatissant. De quoi s’alimentent-ils ? Cela restera quasiment un mystère. Et le mythique condor majestueux qui plane au-dessus de nos têtes avant de disparaître à jamais, semble nous crier : « Ô fous ! Qu’avez-vous fait de notre planète, vous qui tous nous assoiffez ! ».