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POLLUTING PARADISE

Fatih AKIN - documentaire Allemagne/Turquie 2012 1h38mn VOSTF -

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

POLLUTING PARADISEEn quelques films, Fatih Akin s'est imposé comme un des cinéastes allemands les plus passionnants du moment. Mais l'habitant de Hambourg qu'il est devenu n'a jamais oublié la terre qui a vu naître ses parents, ce petit village de Camburnu, dans la province orientale de Trabzon, entre rivages méridionaux de la Mer Noire et contreforts montagneux, village dans lequel se situait la dernière séquence de son plus beau film, De l'autre côté. Un vrai village de carte postale dominé par les plantations de thé, trésor agricole de la région, une sorte d'image de la Turquie éternelle et paisible, bien loin de la bouillonnante Istanbul ou de l'austère et administrative Ankara.

Une image qui aurait pu rester intacte si, en 2005, l'administration provinciale n'avait pas décidé arbitrairement, sans concertation ni avec les habitants ni avec le maire pourtant membre du parti AKP au pouvoir, d'y installer une gigantesque décharge destinée à collecter les déchets de Trabzon (l'antique Trébizonde, qui a bien grandi depuis sa fondation au 8ème siècle par des colons de Milet). Dès cette année-là, Fatih Akin est allé sur place avec sa caméra, espérant peut-être secrètement que ses images et sa notoriété allaient contribuer à stopper le projet. Mais c'était compter sans l'inflexibilité du pouvoir régional. Comme le réalisateur ne pouvait pas rester mois après mois, année après année, loin de l'Allemagne, il a formé le photographe et chroniqueur local, celui qui couvrait mariages, décès et autres événements du cru, à manier la caméra, précieux allié pour continuer à rendre compte de la construction et de la lutte. Les images montrent la duplicité des technocrates qui mentent éhontément et s'empêtrent dans le merdier (au sens propre) qu'ils ont créé, prétendant que des systèmes d'évacuation préserveront les nappes phréatiques et l'air ambiant. Et la décharge construite est à la mesure des craintes qu'elle inspirait : son impact sur l'environnement est terrifiant. La décharge dégueule des eaux noires, la nappe phréatique est définitivement contaminée, l'air est irrespirable sur plusieurs kilomètres à la ronde. On voit l'énergie du désespoir du vieil Ismet, qui s'obstine à jardiner alors que sa maison est à 50 mètres de la décharge, le malheureux ramassant sans relâche les sacs plastique qui échouent dans ses arbres fruitiers. Il y a ses jeunes cousins, habitant désormais à la ville, qui racontent nostalgiques les baies délicieuses qu'il ramassaient enfants et qui sont désormais immangeables.

Le film est remarquable en ce qu'il réussit à capter une conscience citoyenne qui s'éveille, une résistance qui se construit chez des habitants peu familiers avec le combat politique. Parmi les figures marquantes, il y a bien sûr le maire, exemple d'intégrité démocratique, mais aussi la formidable et regrettée (elle est morte en 2011, avant la fin du tournage) Nezihan Haslaman, cultivatrice de thé qui a fait de la lutte son objectif de vie. Et même si la cause semble désespérée, leur combat et l'énergie qu'ils y mettent font chaud au cœur.