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Mercredi 6 JUILLET 2016 à 20h30

SOIRÉE AUTOUR DU FILM


Dans le cadre du SÉNÉFESTI 2016 (Festival sénégalais d'Aquitaine
Samedi 9 Juillet à Cenon Palmer)
Proposée par l'Union des Travailleurs Sénégalais en France – Action Revendicative. Projection suivie d'un débat avec Thierno I. Dia, enseignant et critique de cinéma (Université Bordeaux Montaigne / Africiné Magazine), et Clarisse Gomis, membre de l'UTSF-AR.
Achetez vos places à l'avance, à partir du Dimanche 26 Juin.

AUJOURD'HUI

Écrit et réalisé par Alain Gomis - France / Sénégal 2012 1h28mn - avec Saul Williams, Djolof Mbengue, Aïssa Maïga, Anisia Uzeyman...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

AUJOURD'HUIRévélé en 2001 à pas encore 30 ans, Alain Gomis poursuit depuis lors le fil d’une œuvre à la fois patiente (seulement trois longs métrages en une douzaine d’années) et solitaire à l’intérieur du cinéma d’auteur français (c’est le prix de son orgueilleuse singularité). Une œuvre obstinée, dans son harmonieuse obsession à interroger, à chaque fois par la forme de la rêverie vagabonde et du voyage immobile, ce qu’est, ce que peut bien être, l’identité d’un individu. Du frondeur et saisissant coup d’essai l’Afrance, le jeune cinéaste franco-sénégalais avait débordé les promesses dès son second film, Andalucía, sorti il y a trois ans. Et voilà que sort le non moins beau Aujourd’hui, qui transplante son cinéma en son pays natal, en même temps qu’il en réaffirme le tempérament free et la sereine élégance. L’« aujourd’hui » qu’énonce le titre s’y révèle l’ultime journée qu’il reste à vivre à un homme à qui la mort, comme le veut une ancienne croyance au Sénégal, vient s’annoncer à la veille de son trépas. Autour de lui, tous le savent, se lamentent et s’y résignent, Satché mourra inéluctablement à la tombée du soir. Débute alors une dérive en sensuelle apesanteur, enfilade déliée de saynètes pleine d’un souffle à la tonalité indécidable, qui le voient faire successivement ses adieux à tout ce qu’il a connu du monde et à tous ceux qu’il y a côtoyé, amis, famille ou ex-amante affrontée comme se draguent les fauves.

Au gré d’innombrables rencontres, les lambeaux d’expériences dont s’enchevêtre une existence se trouvent ainsi dépliés et déployés par les vingt-quatre heures d’une journée qui semble ramasser toutes celles qui l’ont précédée. Entre hébétude taiseuse et larmes placides, Satché chemine à travers les décors de sa vie et les rues bourdonnantes de sa ville. Un Dakar moins crépusculaire que caniculaire, dont la fièvre s’engouffre dans chaque plan, ruche effervescente arpentée à une allure dolente de condamné magnifique, touriste en sa propre existence que tous ceux qu’il croise semblent reconnaître, mort vivant déjà étranger au monde, comme l’est au personnage celui qui l’incarne.

Belle idée de casting, cette présence et cette démarche sculptées qui peu à peu vacillent avec une grâce infinie appartiennent en effet au corps étranger Saul Williams, intensément touriste lui aussi puisque musicien qui se fait ici acteur, Américain aux sens aussi écarquillés sur la réalité sénégalaise que l’est sans cesse la douce attention de la caméra aux rites, aux visages, aux gestes.
On peut confusément songer au récent Oslo 31 août, de Joachim Trier, autre chant d’amour urbain et fiction du dernier jour à vivre. Si, à la différence de l’élégie norvégienne, tout dans Aujourd’hui résiste à la tentation spleenétique, les deux films ont en partage cette manière de faire résonner le plus infime tremblement de la ville dans leur personnage, figures d’hommes creux en corps à corps avec le vivant, que chaque silhouette croisée, chaque paysage arpenté, semblent éclairer d’une autre lueur et venir remplir de leur irradiant écho.

(Julien Gester, Libération)