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Ici sont archivées les publications du quiz des “trente dernières secondes” du n°101 au n°117   Samedi 17 avril Hier, fin N° 101. Juliette Binoche, 30 ans plus tard, et magnifique, dans un autre de ses plus beaux rôles. La musique, c’est le célébrissime Canon en ré majeur de Johann Pa...

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Le monde du silence
LE MONDE DU SILENCE Mardi 15, Mercredi 16, Samedi 19 et Dimanche 20 décembre, le cinéma Utopia de Bordeaux assurera symboliquement les séances initialement prévues dans son programme de réouverture. Les projecteurs seront allumés, les salles seront dans le noir et les images défileront sur nos écran...

LES CHATOUILLES

Écrit et réalisé par Andréa BESCOND et Eric MÉTAYER - France 2018 1h43mn - avec Andréa Bescond, Karin Viard, Clovis Cornillac, Pierre Deladonchamps, Gringe, Carole Franck, Gregory Montel, Ariane Ascaride...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

LES CHATOUILLESSolaire, lunaire, libre… Les Chatouilles, c’est comme une boule d’énergie chaleureuse, lumineuse prête à exploser de tous ses feux pour venir éclairer les recoins cachés de l’enfance. Le film nous ramène à la nôtre, à nos pudeurs, à nos joies et frayeurs. On y passe par tous les états d’esprit, d’âme, chamboulés par tant de douceur, d’espièglerie, de regards justes sur l’innocence, la culpabilité, l’impuissance. On y sourit, on y rit beaucoup et chaque malheur se transforme en tremplin vers la résilience et le bonheur. En transcendant son histoire personnelle, Andréa Bescond en a fait un antidote universel contre le silence. Courageusement elle va débusquer la crasse que d’autres auraient volontiers laissée planquée sous le lourd tapis des apparences. Elle affronte la noirceur sans s’y engluer, en sautillant de son pas léger de danseuse révoltée, brillante. C’est infiniment libérateur, réjouissant, en un mot salutaire.

Tout débute donc dans une enfance qui sans être dorée n’en n’est pas moins bienheureuse, entourée d’adultes attentifs et s’efforçant d’être de bons parents. Des gens d’une classe ni trop modeste, ni trop friquée, éternels bosseurs désireux d’offrir à leur progéniture une sécurité matérielle douillette. Quand la petite Odette dit aimer la danse, ils la soutiennent à leur mesure, la poussent sans rechigner vers un milieu qui n’est pas le leur, vers cette évidence passionnelle qui deviendra sa planche pour surfer sur les tempêtes de la vie. Mais cela, nul ne le sait encore, tout comme nul n’imagine que le diable est déjà dans la place sous les allures angéliques d’un séduisant garçon. Gilbert est le meilleur ami de la famille, un compagnon fidèle, présent, toujours prêt à rendre service. Son aisance naturelle, sa culture, son élégante épouse, ses marmots élevés au cordeau, tout en lui justifie la confiance que les parents d’Odette lui portent. Et personne n’imagine le mal quand on lui confie la petite pour les vacances. Un personnage d’autant plus troublant qu’il est très finement interprété par le magistral Pierre Deladonchamps, la classe personnifiée, qui accepte de se fondre dans la peau d’une créature glaçante.
Les chatouilles, ce sont ces jeux de mains ingénus qui tissent une relation complice entre les êtres, d’adulte à adulte, d’enfant à enfant, d’enfant à adulte, d’adulte à enfant… Taquineries inégales entre le mieux aguerri et le plus chatouilleux, entre le plus fort et le plus faible, celui qui maîtrise, celui qui ne peut que subir. Bien dosées, elles font mourir de rire ou de tendresse lâchée. Trop poussées, elles font parfois pleurer, intenables, insupportables. Des « chatouilles », c’est ainsi que Gilbert qualifiera ses gestes soudain moins chastes qui entraîneront Odette, alors âgée de 8 ans, loin de son corps, comme flottant au dessus, anesthésiée pour ne plus sentir la peur et la honte qui monte, montera encore en camouflant les serviettes éponges souillées. Seule dans sa bulle fantasmée, elle se raccrochera à ses rêves comme d’autres se raccrochent à une bouée. Elle virevoltera, danseuse étoile dans les pas de Noureev, se dépassant, propulsée loin du sol par sa rage de vivre. Entraînant sa vie dans un tourbillon exalté et sans limites, jusqu’au moment où, à bout de souffle, elle pourra enfin affronter le regard des autres et surtout les obliger à regarder.

Beau, poignant, le film vient nous cueillir de manière irrésistible, bousculer nos manières de voir et dire les choses irrémédiablement. Karin Viard, dans le rôle de la mère qui a enseveli ses propres failles sous une carapace d’une dureté effrayante, est d’une justesse absolue. Clovis Cornillac, dans celui du père inoffensif confronté à l’impensable, est bouleversant. Carole Franck, en psy dépassée par le témoignage de sa patiente, est inénarrable et touchante. Quant à la jeune Cyrille Mairesse, qui incarne Odette petite, elle est à la fois bouleversante et radieuse. Sans oublier tous les autres acteurs et toute l'équipe technique que l’on sent entièrement investis auprès des réalisateurs pour aboutir à un film aussi brillant que nécessaire.