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Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 8)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 6/05 au lundi 11/05/2020  Mercredi 6 mai, jour 51 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 6 mai de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages de chèv...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 7)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 29/04 au mardi 5/05/2020  Mercredi 29 avril, jour 44 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 29 avril de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages d...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 6)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 22/04 au mardi 28/04/2020  Mercredi 22 avril, jour 37 de l’après La séquence du confiné #34 La séquence précédente était extraite de L’as de pique, premier long métrage de Miloš Forman. Réalisé en 1964, le film suit les a...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 5)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 15/04 au mardi 21/04/2020  Mercredi 15 avril, jour 31 de l’après Comme la semaine dernière, nous vous soumettons ce mercredi quelques suggestions de films à voir (voir colonne de gauche). La semaine dernière c’était la ré...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 4)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 8/04 au mardi 14/04/2020  Mercredi 8 avril, jour 24 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 8 avril de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages de ...

LES ÉTERNELS

Écrit et réalisé par JIA Zhang-Ke - Chine 2018 2h15mn VOSTF - avec Zhao Tao, Liao Fan, Xu Zheng, Casper Liang...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

LES ÉTERNELSNul doute, Jia Zhang-ke est décidément un des cinéastes majeurs de notre temps. Les Éternels, son huitième long métrage de fiction, en est une preuve – éclatante – supplémentaire. Œuvre subtile, riche par son propos, elle foisonne de références cinématographiques, sociales, dont certaines échapperont à notre culture occidentale, mais qu’importe ! Cette véritable épopée romantique d’un couple de gangsters a tout pour être mythique. Chaque niveau de lecture est aussi excitant que passionnant. Ce n’est qu’un régal supplémentaire d’interpréter les pistes moins évidentes qui échappent à nos oreilles latines, telle la diversité des dialectes employés dans le film. Ils reflètent les multiples visages d’une Chine loin d’être uniforme, ainsi que la distance initiatique parcourue par les protagonistes tout au long de l’intrigue, qui démarre dans le Nord froid et aride, se poursuit dans le Sud-Ouest chaud et humide, pour s’achever dans le lointain Xinjiang (au Nord Ouest). Ce sont ainsi plus de 7700 kilomètres qui défilent sous nos yeux. Les paysages, personnages à part entière, viennent en contrepoint du récit qui procède par étapes entre chaleur humaine et douches froides, grandeur et décadence, humour inénarrable et cynisme décapant.

Mais une des clefs de décryptage réside dans le titre chinois : « Ernü » (fils et filles) de « Jianghu », littéralement « rivières et lacs », n’évoque pas grand chose pour nous, mais fait référence pour les sinologues à un véritable concept séculaire. Le Jianghu désigne, dans la littérature, une société hétéroclite parallèle à celle traditionnelle de la Chine impériale. Il englobait autant les combattants, les chevaliers et moines errants, les artistes… que les bandits, les prostituées et j’en passe… Par extension, tous ceux qui vivent en marge, défient l’ordre dominant, qu’ils soient mal vus ou admirés, dans la plus généreuse des ambivalences. Car, dans le fond, tout est question de point de vue : Robin des bois, les résistants, les mutins… étaient tout autant des criminels, des parias aux yeux des rois, qu’ils étaient des héros aux yeux des miséreux auxquels ils redistribuaient une part de butin, tout comme le font certaines mafias…
Quand Qiao rencontre Bin, elle est une jeune fille sans vague, au regard pétillant et grave. Issue de la classe ouvrière du Xinjiang, elle porte à bout de bras son père mineur pas si vieux mais déjà usé. Bin n’est qu’un petit caïd de la pègre locale, pur fruit de l’incontournable Jianghu. Deux mondes si lointains, si proches. Alliance fulgurante entre la glace et le feu, les eaux dormantes et celles des rivières déchainées. Seule femme au milieu de tous ces hommes, Qiao sait déjà s’en faire respecter tout en vivant poliment dans l’ombre du sien. C’est un univers rude, aux principes moraux exigeants mais paradoxaux, dans lequel bonté et vengeance, douceur et violence s’entremêlent, inextricables.
D’emblée tout nous fascine. D’emblée on pressent que la vie du jeune couple ne sera pas un long fleuve tranquille. Les éternels, c’est peut-être justement ce qu’ils ne sont pas. Mais ils en sont à cette étape d’une vie où on se tellement vivant et fort qu’on se croirait presque invincible, même face à la mort.

Le temps attends son heure pour nous prouver l’inverse. Qiao et Bin n’auront jamais d’enfants. Ils vivront heureux, un temps, jusqu’à la fusillade. Ce jour-là, Qiao n’écoute que son cœur pour défendre son amoureux, arme au point. Elle le protégera jusque devant le tribunal, jurant son innocence. Cinq ans de taule… Cinq ans à attendre un geste en retour de sa loyauté… À sa sortie, plus rien ne sera pareil, mais rien ne sera comme on le croit. De retournements de situation en coups du sort, il est impossible d’anticiper le scénario, qui compose en filigrane la fresque d’une Chine en plein bouleversement économique et idéologique au début du xxie siècle.
Entre l’intensité de jeu de Zhao Tao (Qiao), actrice fétiche et épouse du réalisateur, celle impeccable de son partenaire Liao Fan, les images somptueuses concoctée par l’impressionnant Éric Gautier (directeur de la photographie), on ressort des Éternels formidablement bousculés et émus. Si seulement nos vies pouvaient être (allusion au titre « international » du film : Ash is purest white) aussi pures que la blancheur des cendres des volcans…