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Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 8)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 6/05 au lundi 11/05/2020  Mercredi 6 mai, jour 51 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 6 mai de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages de chèv...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 7)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 29/04 au mardi 5/05/2020  Mercredi 29 avril, jour 44 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 29 avril de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages d...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 6)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 22/04 au mardi 28/04/2020  Mercredi 22 avril, jour 37 de l’après La séquence du confiné #34 La séquence précédente était extraite de L’as de pique, premier long métrage de Miloš Forman. Réalisé en 1964, le film suit les a...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 5)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 15/04 au mardi 21/04/2020  Mercredi 15 avril, jour 31 de l’après Comme la semaine dernière, nous vous soumettons ce mercredi quelques suggestions de films à voir (voir colonne de gauche). La semaine dernière c’était la ré...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 4)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 8/04 au mardi 14/04/2020  Mercredi 8 avril, jour 24 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 8 avril de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages de ...

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU

Écrit et réalisé par Céline SCIAMMA - France 2019 2h - avec Noémie Merlant, Adèle Haenel, Luana Bajrami, Valeria Golino... Festival de Cannes 2019 : Prix du Scénario.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEUÉtonnante Céline Sciamma, toujours là où on ne l’attend pas. Non par plaisir d’étonner la galerie, mais pour le bonheur de renouveler son style, de relever de nouveaux défis tout en creusant un peu plus ses sujets de prédilection. Rendre visibles les invisibles, celles en marge de la société et ici de l’histoire. La réalisatrice s’empare avec brio de la forme classique et la dépoussière, innove, lui rend sa spontanéité. Ce Portrait de la jeune fille en feu (quel titre !) éclaire différemment toute l’œuvre polymorphe de la réalisatrice. Il agit comme une épure. Une fois le côté effervescent, représentatif de notre période contemporaine gommé, ses musiques agitées éteintes, que reste-t-il du cinéma de Sciamma ? Ce nouvel opus, en costumes d’époque, qui s’impose sans strass ni paillettes, met en valeur la trame limpide qui le charpente. Mécanique implacable, puissante, méticuleusement travaillée. Rien n’est laissé au hasard, même le dossier de presse, qu’on vous encourage à télécharger sur le site du distributeur Pyramide, est passionnant. Tout témoigne d’un travail sans relâche, d’orfèvre, pour produire une œuvre merveilleusement ciselée. Tant est si bien que le Prix cannois du scénario est un brin réducteur. Et que dire de ses deux comédiennes, irradiantes, qui auraient largement mérité de partager un prix d'interprétation !

Nous sommes donc en 1770… Non loin des falaises, battues par les vents, qui surplombent l’océan, se dresse une imposante et austère demeure. Ce que l’on appelle traditionnellement une maison de maître, quand bien même la propriétaire en serait une maîtresse. Ici les distractions sont aussi rabougries que les plantes malmenées par les embruns marins. L'expression artistique, les fêtes y sont tout aussi clairsemées. Les rares instants de musique sont tant attendus qu’on en déguste la moindre note jusqu’à la lie quand elle passe à portée. On a le temps de guetter le temps qui passe, de regarder tomber chaque goutte de pluie.
Pourquoi venir se perdre dans cette contrée perdue, si ce n’est pour des raisons alimentaires ? Tel est le lot de Marianne (Noémie Merlant) qui vient de décrocher un travail de commande : faire le portrait d'Héloïse (Adèle Haenel), l’héritière de la famille, dans le but de la marier. Il faut resituer le contexte de l’époque : pas de réseaux sociaux, de skype, ni de photomaton… Il fallait bien avoir quelque chose à mettre sous l'œil du futur époux pour lui vanter les mérites et lui vendre la jeune donzelle qu’on lui proposait de prendre sous son aile ! Marianne, en tant que peintre à son compte, est aguerrie dans ce domaine. Elle n’est pas effarouchée de débarquer seule dans ce recoin oublié du monde. Et c’est-là une première originalité à l’écran : y voir une de ces femmes qui ont bel et bien existé dans un contexte où la quasi totalité de leurs contemporaines n’avaient pas le choix de leur destinée. Marianne, sans mari, ni maître, est une femme socialement libérée et ses rapports avec les autres le sont tout autant. Si elle est de rang inférieur à la comtesse qui lui commandite le portrait de sa fille, son statut indépendant lui octroie une véritable liberté de ton, et lui permet de l’aborder de femme à femme. Entre les deux, un marché secret est conclu : Marianne peindra en cachette le tableau, à l’insu d'Héloïse qui essaie avec ses maigres moyens d’échapper à son destin programmé et refuse de poser. Héloïse n’agit pas par caprice, mais par conviction profonde. C'est ce qui va rapprocher progressivement l’artiste et son modèle…

Quand Céline Sciamma s’empare d’un tel sujet, chaque plan devient comme un véritable tableau, la peinture devient l’ADN du film. Dans cet univers féminin, aucune protagoniste n’est laissée à l’abandon. Chaque personnalité est complexe, interagit avec les autres indépendamment des rapports de classe censés les corseter. La liberté a un prix, qu’il faut être prête à payer. L’enjeu impose alors de sortir de ses propres entraves. Au-delà du genre, ce film parlera à tous ceux, à toutes celles qui sont, ont été, seront amoureuses, amoureux, profondément…