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Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 8)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 6/05 au lundi 11/05/2020  Mercredi 6 mai, jour 51 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 6 mai de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages de chèv...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 7)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 29/04 au mardi 5/05/2020  Mercredi 29 avril, jour 44 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 29 avril de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages d...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 6)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 22/04 au mardi 28/04/2020  Mercredi 22 avril, jour 37 de l’après La séquence du confiné #34 La séquence précédente était extraite de L’as de pique, premier long métrage de Miloš Forman. Réalisé en 1964, le film suit les a...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 5)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 15/04 au mardi 21/04/2020  Mercredi 15 avril, jour 31 de l’après Comme la semaine dernière, nous vous soumettons ce mercredi quelques suggestions de films à voir (voir colonne de gauche). La semaine dernière c’était la ré...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 4)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 8/04 au mardi 14/04/2020  Mercredi 8 avril, jour 24 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 8 avril de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages de ...

ET PUIS NOUS DANSERONS

Écrit et réalisé par Levan AKIN - Géorgie 2019 1h51mn VOSTF - avec Levan Gelbakhiani, Tamar Bunikhkashvili, Bachi Valishvili, Geoergi Alasashvili...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

ET PUIS NOUS DANSERONSConnaissez-vous la danse géorgienne, cette danse traditionnelle millénaire très codifiée ? À moins que vous ne soyez natifs du coin ou du moins des contreforts caucasiens de l'Europe, les Khanjlouri, les Kartuli, termes désignant différentes variantes chorégraphiques (danses avec couteaux ou danse de mariage) ne vous diront strictement rien. Eh bien tant mieux parce que la découverte sera d'autant plus savoureuse ! Dès la première séquence, où l'on découvre des jeunes aspirants au Ballet national géorgien s’entraîner sur le parquet de tous les espoirs, où ils se torturent les pointes et les orteils, on est immédiatement subjugué par la chorégraphie et la gestuelle si singulière, faite de virtuosité et de rigueur martiale, étrangement mariées pour le meilleur.

Car il sera bien question de cela : l'orthodoxie de cette danse, qui ne souffre pas l'originalité. C'est la leçon que rabâche sévèrement aux petits rats de Tbilissi leur professeur barbu et austère, au physique de colosse circassien : la danse géorgienne n'est pas la lambada, pas d’afféterie et de sensualité, ici les femmes sont pures et fragiles et les hommes d'une virilité quasi militaire.
C'est bien le problème pour le jeune Merab, visage d'angelot pasolinien : il danse merveilleusement depuis toujours, en duo avec son amour d'enfance, mais il lui manque cette virilité qui lui donnerait une chance d'intégrer le Ballet national. Et quand arrive d'une lointaine province le sculptural Irakli, il représente un double danger : pour sa carrière, le professeur portant aussitôt ses espoirs sur le nouveau venu au physique et à la gestuelle plus conforme à ses aspirations ; pour son équilibre mental, tant Irakli sème le trouble dans l'esprit de Merab, irrésistiblement attiré par ce brun ténébreux…

Levan Akin, cinéaste suédois d'origine géorgienne, dit avoir été inspiré par la tentative échouée d'une gay pride à Tbilissi en 2013, quand quelques dizaines de courageux gays et lesbiennes défilèrent brièvement sans aucune protection policière et furent rapidement agressés par une foule bien plus nombreuse d'homophobes excités par le clergé orthodoxe local, dans un pays où le sort des gays est à peine plus enviable que celui de leurs voisins tchétchènes.
En filigrane, le film montre intelligemment l'aspiration à la liberté et à la fête, mais aussi à la sexualité, d'une jeunesse entravée par les conditions économiques et sociales, étouffée par la précarité et le manque d'argent. Les jeunes Géorgiens sont obligés de vivre entassés avec plusieurs générations dans le même appartement, au sein d'immeubles où tout le monde épie tout le monde, mais surtout ils sont étouffés par le carcan social et religieux. Au-delà de la romance interdite entre Merab et Irakli, très joliment décrite, Levan Akin revient toujours à la danse : malgré les codes extrêmement stricts, c'est bien dans sa pratique que les protagonistes et tout spécialement Merab trouvent des espaces de liberté. On le ressentira tout particulièrement dans une scène finale superbe qui emballera tous les amateurs de danse au cinéma.

On notera l'interprétation remarquable du jeune Levan Gelbakhiani, qui sait remarquablement montrer le passage à l'âge adulte de Merab alors que l'envahissent le tourment de ses sentiments et les espoirs d'un avenir peut-être loin de son pays.