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Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 8)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 6/05 au lundi 11/05/2020  Mercredi 6 mai, jour 51 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
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Aujourd’hui, mercredi 29 avril de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages d...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 6)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 22/04 au mardi 28/04/2020  Mercredi 22 avril, jour 37 de l’après La séquence du confiné #34 La séquence précédente était extraite de L’as de pique, premier long métrage de Miloš Forman. Réalisé en 1964, le film suit les a...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 5)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 15/04 au mardi 21/04/2020  Mercredi 15 avril, jour 31 de l’après Comme la semaine dernière, nous vous soumettons ce mercredi quelques suggestions de films à voir (voir colonne de gauche). La semaine dernière c’était la ré...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 4)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 8/04 au mardi 14/04/2020  Mercredi 8 avril, jour 24 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 8 avril de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages de ...

DANS UN JARDIN QU'ON DIRAIT ÉTERNEL

Écrit et réalisé par Tatsushi OMORI - Japon 2018 1h40mn VOSTF - avec Haru Kuroki, Mikako Tabe, Kirin Kiki, Mayu Harada... D'après le roman de Noriko Morishita.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

DANS UN JARDIN  QU'ON DIRAIT ÉTERNELAh, si la grande actrice Kirin Kiki, disparue en septembre 2018, avait pu être aussi éternelle que ce jardin ! On ne se lasse pas de son jeu subtil, habité. Si les rôles qu’elle a interprétés ne sont pas tous parvenus jusqu’à nous, on se souvient du moins de ses fabuleuses apparitions dans Une affaire de famille (Kore-Eda) et dans Les Délices de Tokyo (Naomi Kawase). Ici, dans ce qui restera comme son dernier film, elle incarne une incroyable vieille dame qui continue à enseigner, malgré les temps qui changent et exigent de plus en plus de compétitivité et d’efficacité, une cérémonie hors du temps, que beaucoup trouveraient barbante et inutile, et pourtant !

Il ne serait jamais venu à Noriko, du haut de ses vingt ans, l’idée d’aller s’inscrire à un cour aussi désuet sans l’impulsion de ses parents qui lui vantent combien les jeunes filles qui maitrisent l’art du thé ont la réputation d’être de bons partis. Nous sommes en 1993. On se soute d’emblée combien la jeunesse nippone, fan de Michael Jackson et Madonna… est bien loin de tout ça. Comme argument de drague, on repassera ! Mais la contemplative et perpétuellement indécise Noriko va se plier au jeu, sans qu’on sache vraiment si cela l’intéresse vraiment ou si elle obtempère par désœuvrement ou docilité. Peut-être la clef est-elle dans les premières minutes du film, quand elle décrit son rapport au monde, à l’apprentissage, à la découverte d’un certain cinéma. Il est des choses qui ne peuvent s’éclairer qu’avec le temps, au gré de gestes répétitifs, qui progressivement s’investissent d’un sens qu’on imaginait pas.
Sa nouvelle professeure, Madame Takeda (Kirin Kiki donc), est de celles qui ré-enchantent le monde, et elle sait écouter aussi bien les murmures du thé qui frémit que ceux du cœur des femmes. Son enseignement de l’art du thé lui a déjà beaucoup dit des soifs intérieures et de la manière de s’emplir, sans débordements, de cette matière chaude et savoureuse qu’on nomme aussi la vie. La fluidité des gestes de Madame Takeda, du simple pliage d’une serviette à la cuisson savante de ses pâtisseries, n’a pas d’équivalent. Sans parler de la fascination qu’exerce forcément la découverte d’un rituel riche et passionnant, dont la vieille dame fait don avec sagesse. Chaque détail est essentiel, de la qualité de l’eau à la manière de la puiser, tout pousse à une perfection impossible à atteindre.
La cérémonie du thé n’est qu’un prétexte ou presque, lorsque le film rejoint la quête de la jeune Noriko pour chercher à comprendre le sens profond de sa vie. Elle est si différente de sa cousine Michiko, qui fonce joyeusement dans l’existence, qui rêve de voyages, d’amour, d’une famille à fonder, elle est le Japon d’aujourd’hui… Noriko admire cette témérité insolente que sa timidité naturelle l’empêche d’adopter. Sans idée du futur, elle se rend chaque samedi chez Madame Takeda pour apprendre le temps qui passe. Les saisons. S’inscrivant dans une tradition toute japonaise, elle apprivoise peu à peu le sentiment d’éternité, où s'épanouit le respect de soi et des autres. 24 ans plus tard, à l’heure du bilan, sa cousine Michiko, par son désir de modernité, n’a-t-elle pas reproduit un schéma autrement ancestral ? Noriko, elle, s’est vue capable de faire les mêmes choses, chaque année, de la même manière, petit à petit détachée de l’angoisse du quotidien. Est-ce maintenant que tout commence ?

Plus qu’un récit initiatique de transmission entre générations, ce film apprend à mettre des suppléments d’âme dans nos actes, pour atteindre à une plus grande liberté. Sa force est de rester aussi humble que l’enseignement de Madame Takeda.