LA GAZETTE
(à télécharger au format PDF)

NOUS TROUVER
(et où trouver la gazette)

NOS TARIFS :
TARIF NORMAL : 7€
CARNET D'ABONNEMENT : 50€ (10 places, non nominatives, non limitées dans le temps, et valables dans tous les Utopia)
Séance sur fond gris : 4,50€
Moins de 14 ans : 4,50€

RSS Cinéma
RSS Scolaires
RSS Blog

(Quid des flux RSS ?)

EN DIRECT D'U-BLOG

Le blog des profondeurs...
(de champ)

Quiz des "trente dernières secondes" du n°101 au n°117
Ici sont archivées les publications du quiz des “trente dernières secondes” du n°101 au n°117   Samedi 17 avril Hier, fin N° 101. Juliette Binoche, 30 ans plus tard, et magnifique, dans un autre de ses plus beaux rôles. La musique, c’est le célébrissime Canon en ré majeur de Johann Pa...

Quiz des "trente dernières secondes" du n°51 au n°100
Ici sont archivées les publications du quiz des “trente dernières secondes” du n°51 au N°100 //////////////////////////////////////// Vendredi 26 février  Hier, fin N° 51. Saisissante. Tout comme l’est la séquence d’ouverture du film, qui montre la jungle s’enflammer sous les bombes a...

Quiz des "trente dernière secondes" du n°1 au n°50
Ici sont archivées les publications du quiz des “trente dernières secondes” du n°1 au n°50  Quiz cinéma : les 30 dernières secondesPour célébrer la fin de l’année écoulée et vous présenter nos meilleurs vœux pour 2021, l’équipe d’Utopia Bordeaux (sur un colossal travail d’archiviste d...

Le monde du silence
LE MONDE DU SILENCE Mardi 15, Mercredi 16, Samedi 19 et Dimanche 20 décembre, le cinéma Utopia de Bordeaux assurera symboliquement les séances initialement prévues dans son programme de réouverture. Les projecteurs seront allumés, les salles seront dans le noir et les images défileront sur nos écran...

DES HOMMES

Écrit et réalisé par Lucas BELVAUX - France-Belgique 2020 1h41mn - avec Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Depardieu, Yoann Zimmer, Fleur Fitoussi, Ahmed Hamoud... D’après le roman de Laurent Mauvignier (Minuit).

Du 02/06/21 au 22/06/21

DES HOMMESLe moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a de la suite dans les idées, Lucas Belvaux. Son précédent film, Chez nous, était une plongée documentée, sans complaisance mais aussi sans œillères, au cœur de l’extrême droite, son parti, ses militants et la terrifiante banalisation de ses thèses dans les couches populaires de la société – sans jamais occulter l’humanité sincère, parfois, de celles et ceux qui viennent y chercher refuge politique. Quand on gratte sous la carapace, derrière le préjugé, on en trouve toujours, de l’humanité. Dans un mouvement comparable, complémentaire, Des hommes nous raconte l’histoire de Feu-de-bois, Bernard pour l’état civil. Sexagénaire antipathique, raciste et violent, nul doute que s’il votait – et rien n’est moins certain –, il serait un électeur de premier choix pour le parti nationaliste décrit dans Chez nous.

Taiseux, méchant comme une teigne, géant à l’alcool mauvais, Feu-de-bois vit reclus dans sa ferme, à l’écart du village. Il se méfie de tous et tous se méfient de lui. Il n’a à la bouche qu’amertume et reproches maugréés pour lui-même et, lorsque l’alcool fait sauter ses digues, éructe rageusement sa haine des « crouilles », des « bougnoules », qui viennent jusque dans son village le narguer, lui, sa vie fracassée et ses blessures. Le peu de tendresse qu’il garde au fond de lui, il le réserve à sa sœur, Solange, la seule qui, tout en condamnant ses dérives, lui conserve envers et contre tout un peu d’affection. Même après un énième esclandre d’une rare violence au cours de sa fête d’anniversaire à elle, où était réuni tout le village. Même après que, ivre mort, il a menacé puis agressé la famille maghrébine qui vit dans une maison voisine. Même lorsque les gendarmes viennent la trouver pour qu’elle les aide à arrêter le monstre. Pour elle, Bernard n’a pas toujours été Feu-de-bois. Pas un saint, c’est sûr, mais presque un brave gars, un peu brut de décoffrage, croyant fervent, curieux du monde. Rabut, son cousin, le sait aussi. Comme il sait, pour avoir partagé son destin, sur quoi se sont fracassés ses idéaux et sa vie de jeune homme.
Quatre décennies plus tôt, Feu-de-bois et Rabut ont vingt ans. Et comme tous les jeunes garçons qui ont vingt ans en 1960, la France leur a offert quelques mois de conscription en Algérie. Pas pour faire la guerre, leur a-t-on dit, pour pacifier.

Tout l’enjeu, pour Lucas Belvaux, est de raconter sans excuser, de décrire au plus près la manière dont on fabrique des « Feu-de-bois ». Quels chemins tortueux, quelles expériences traumatisantes transforment en monstre un jeune homme un peu exalté, émerveillé par les beautés d’un pays qu’il découvre et qu’il décrit quotidiennement dans ses lettres à sa petite sœur. Comment, insidieusement, la guerre qui ne dit pas son nom infuse dans l’âme et le comportement de ces jeunes gens – qui ont encore présent à l’esprit leurs souvenirs d’enfance de l’occupation allemande, de la libération de leur pays… Long et difficile est cependant le chemin qui permet à certains appelés, prenant un peu de hauteur, de regarder les horreurs auxquelles ils participent pour ce qu’elles sont – oser faire le parallèle, par exemple, entre les villages algériens décimés et le massacre d’Oradour-sur-Glane, perpétré par les SS 18 ans auparavant. « Si j’avais été d’ici, j’aurais été fellaga », pense le jeune homme rentré au pays.
Dans un va-et-vient orchestré entre passé et présent, les voix entrecroisées de Rabut, de Feu-de-bois, de Solange tissent une histoire cabossée faite de désillusions, de meurtrissures, d’amours et d’amitiés déçues. Les « Feu-de-bois » ne viennent pas de nulle part : on les fabrique, nous dit, sans angélisme, le très beau film de Lucas Belvaux. Rappelant en filigrane que l’étincelle d’humanité ne s’éteint jamais tout à fait – et que ce qu’une main (ou un drame) a fait, une autre peut, un jour, le défaire.