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LA TRAVERSÉE

Florence MIAILHE - France 2020 1h24mn - Scénario de Marie Desplechin et Florence Miailhe. Pour les enfants à partir de 12 ans. Splendide film d’animation plutôt pour adultes mais visible en famille.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

LA TRAVERSÉEC’est un de ces films ou plus largement une de ces œuvres dont l’universalité et la beauté vous saisissent. Beauté de son animation, puisque La Traversée est un film animé, entièrement peint à la main sur plaque de verre, technique rare et totalement artisanale pratiquée avec une maîtrise confondante par Florence Miailhe, qui mène ce type de travail, inlassablement, depuis 30 ans. Universalité parce que, même si le récit est en partie inspiré par l’histoire familiale de la réalisatrice, il évoque le destin malheureusement répété de toutes celles et ceux, femmes, hommes et enfants, qui ont été jetés sur les routes de l’exil par les persécutions. Un sujet au cœur de l’actualité depuis plus de deux décennies, devenu plus brûlant encore avec le désastre afghan.
La Traversée, du fait de son ambition et de sa technique de fabrication exigeante et chronophage, a mis plus de 10 ans à se monter, puis trois ans à être réalisé. C’est le premier long métrage de sa jeune réalisatrice sexagénaire, admirée dès le début des années 90 pour ses courts métrages sublimes.

Au cœur du récit – co-écrit avec l’écrivaine Marie Desplechin, complice de toujours –, on trouve deux adolescents : Kyona, une jeune fille rêveuse de 13 ans volontaire et combattive, dessinatrice à ses heures perdues, et son frère Adriel, 12 ans, hyper sensible mais capable d’actes de bravoure irréfléchis, qui vont être arrachés à leur village avec leurs parents car ils appartiennent à une minorité persécutée. Peu importe où l’on est, on peut penser bien sûr à des pays du Moyen Orient ou d’Asie Centrale où des conflits inter-ethniques endeuillent des populations entières et provoquent des migrations précipitées, mais Florence Miailhe et Marie Desplechin ont l’intelligence de situer l’action dans un espace géographique et un temps historique indéfinis puisque ces histoires d’exil s’accompagnent toujours des mêmes maux : séparation des familles, enfants abandonnés à eux mêmes, arbitraire et violence des hommes en uniforme, sans oublier les passeurs sans vergogne, les mafias locales et les puissants de tout acabit prêts à exploiter la misère des malheureux… Mais brillent aussi les mêmes espoirs : la solidarité entre les enfants de la rue quelques soient leurs origines, la fraternité de figures bienveillantes et maternelles…

La magie de La Traversée, c’est de mêler ces réalités bien tangibles à l’univers du conte : les hommes qui viennent incendier le village sont comme des loups mystérieux, les enfants obligés de voler dans leurs capes noires sont des petits corbeaux, les bourgeois crapuleux qui les adoptent pour en faire des poupées soumises à leurs caprices sont décrits comme des ogres, alors que la vieille dame qui leur donne refuge dans la forêt est vue comme une sorcière bienveillante.
Tout cela est rendu par la peinture extraordinairement expressive de Florence Miailhe dont les couleurs et les ombres reflètent les humeurs et les éléments qu’affrontent les personnages : les vagues qui s’abattent dans un maelstrom pictural sur les personnages, le ciel noir qui figure les tourments endurés, et à l’opposé le déluge de teintes vives et de mouvements représentant le cirque qui accueille de temps en temps le frère et la sœur.
Courez donc voir La Traversée, seul ou en famille, le film est une de ces rares merveilles qui peuvent séduire autant les adolescents que leurs parents.