UTOPIA SAINTE BERNADETTE
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Loi « sécurité globale » : « un outil pour permettre aux forces de l’ordre de cacher leurs dérapages »
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AU NOM DU PEUPLE ITALIEN

(IN NOME DEL POPOLO ITALIANO) Dino RISI - Italie 1971 1h43mn VOSTF - avec Ugo Tognazzi, Vittorio Gasman, Yvonne Furneaux, Ely Galleani... Scénario de Age Incrocci et Furio Scarpelli.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

AU NOM DU PEUPLE ITALIENLe cinéma est une chose formidable : voilà que nous revient en pleine poire un film d’une actualité inouïe, d’une pertinence sidérante. C’est un vent de salubrité décoiffante qui traverse les années pour venir bousculer notre époque avec une opportunité qui laisse pantois. On ne peut pas ne pas penser aux dernières affaires en cours qui inondent depuis quelques temps nos médias… L’arrogance des riches, de ceux qui se croient au-dessus des lois pour cause de connivence avec le pouvoir, les petits repas arrangés avec coquines professionnelles pour mettre en condition les puissants hommes d’affaires étrangers, les comptes qui filent vers les paradis fiscaux, les profits qui ne suffisent jamais, la certitude de l’impunité… Tout est là, arrangé à la sauce italienne, pimenté, sans temps morts, drôle et cruel : on se frotte les yeux, on se pince ! Ce Risi, d’où il sort ? Comment peut-il décrire en 1971, avec tant de précision, de férocité et d’humour, les personnages qui font la une de nos gazettes quarante ans plus tard ? Et Berlusconi ! Il le connaissait déjà, Berlusconi, pour si bien raconter son monde ? Comment peut-il avec cette acidité hilarante décrire une société italienne en pleine déliquescence, bénie par un clergé en guerre contre le divorce, mais indifférent aux turpitudes des industriels et des hommes politiques corrompus qui affament le petit peuple, produisent des malfaçons tragiques, écrasent la morale et l’intérêt public… pendant que les médias applaudissent, serviles, dégoulinants de vulgarité ?

Le cinéma italien est là à son apogée (scénario et dialogue de Age et Scarpelli excusez du peu !) : plus jamais l’humour rageur de ce film ne sera égalé, l’arrogance et le cynisme d’un Gassman flamboyant n’auront plus jamais d’équivalent et Tognazzi en petit juge obstiné lui donne la réplique, implacable, austère et brillant, grand moraliste lucide porté par une intégrité à toute épreuve… malgré une entorse aux règles que je ne vous raconterai pas ici, qui n’est pas pour autant un manquement à une appréciation juste de la notion de justice.
Il faut voir l’immense Gassman, cueilli en costume de général romain, alors qu’il festoie parmi la bourgeoisie de Rome, par des flics chargés de l’amener jusqu’au juge pour interrogatoire sur une affaire de mœurs dans laquelle il soupçonne son implication… le dialogue qui s’ensuit avec ce juge à qui rien n’échappe de l’immoralité d’une époque où les riches profitent sans vergogne de privilèges indus, piétinant des valeurs qu’ils ne méconnaissent pourtant pas puisqu’ils les brandissent lorsque ça les arrange… est un chef d’œuvre du genre : jubilatoire.
Aucun des films italiens qui ont tenté récemment de raccrocher avec cette veine n’arrive à la cheville de Au nom du peuple italien, ni en férocité ni en brio, ni en lucidité : la lutte des classes n’est plus ce qu’elle était. Peut-être aussi que les producteurs savaient pouvoir compter sur un public pas encore « lobotomisé » par la télé de Berlusconi et les usines à blockbusters, et encourageaient une liberté de ton, une audace, une invention qui n’ont plus tellement cours…

Le juge Bonifazi enquête sur la mort, dans des conditions troubles, d’une jolie fille blonde… Au cours de ses investigations apparaît le nom de Santenocito, riche industriel qui, parti de rien, construit dans tous les coins, abuse de pots de vin, arrange des parties fines pour faciliter la conclusion de ses contrats, et roule dans une Maserati rouge dans le plus grand mépris du code de la route…
L’effondrement du palais de justice de Rome (qui venait, en effet juste d’avoir lieu et jetait le discrédit sur quelques chantiers publics de l’époque) arrive comme un formidable symbole de l’état d’une justice sans moyens dont les représentants eux-mêmes participent aux fêtes du flamboyant industriel… À l’exception de quelques uns dont fait partie ce petit juge. Santenocito pense n’en faire qu’une bouchée, commence par s’abstenir de se présenter aux premières convocations. Il a tort : le juge Bonifazi n’est pas de ceux qui s’écrasent devant le pouvoir de l’argent…