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Les séances “bébé” sont des séances où les parents peuvent venir avec leur nouveaux nés. Et déguster un film pendant qu’ils roupillent dans leurs bras. Les séances sont évidemment ouvertes à tous les spectateurs, il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son pouc...

À LA VIE À LA MORT
Quelle joie de se retrouver sous les étoiles hier à Berat, en Haute-Garonne!Expo, rencontre et ciné avec Nevada. Quel bonheur.Déjà 200 personnes pour les prémisses d’un nouveau lieu vivant et pluridisciplinaire co animé par les habitants. Ce sont les premières festivités de l’été d’Utopia et du ...

Loi « sécurité globale » : « un outil pour permettre aux forces de l’ordre de cacher leurs dérapages »
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BIRDS OF AMERICA

Jacques LOEUILLE - documentaire France/USA 2021 1h24mn Commentaire en français

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

BIRDS OF AMERICAIl est doux de se laisser cueillir par un film, comme par inadvertance, et de se retrouver presque malgré soi embarqué dans un voyage dont on peine à vouloir revenir. Birds of America est de ces films-là. Il vous attrape par la main et ne vous lâche plus tout au long de ses 85 minutes, décidément bien trop courtes. Or, si on vous propose de but en blanc un documentaire suivant les pas d’un peintre animalier du début du xixe siècle, lequel a obsessionnellement croqué dans ses carnets à dessins toutes les espèces d’oiseaux le long du Mississippi, à moins que vous ne nourrissiez déjà une solide passion ornithologique, on gage que vous ne serez guère plus enthousiaste qu’un électeur de Philippe Poutou pénétrant dans l’isoloir pour le deuxième tour des Présidentielles. Et pourtant ! Birds of America est un film épastrouillant, à la fois beau, passionnant et entêtant.



Étonnant personnage que ce Jean-Jacques Audubon (devenu John-James) dont il est ici question. Fils illégitime né aux Caraïbes d’un capitaine au long cours breton, il s’enfuit en 1809 aux États-Unis pour échapper à la conscription napoléonienne. Très vite remarqué pour ses talents de peintre, passionné d’observation zoologique, il prend sa valise de couleurs, une carabine, et entreprend de descendre le Mississippi pour recenser et peindre les innombrables espèces d’oiseaux qui vivent le long du fleuve. Il entame alors ce qui sera l’œuvre de sa vie : Birds of America, quatre énormes volumes dotés de planches sublimes. Mais contrairement à ses homologues, il saisit en action les oiseaux qu’il croque, donnant libre cours à une science du mouvement hors du commun. Il va sans dire que les rares exemplaires encore intacts desdits ouvrages valent des millions de dollars. Mais là n’est pas le propos du réalisateur.
Étonnant personnage que ce Jacques Loeuille, plasticien et historien d’art qui s’est fait une spécialité d’intégrer des personnalités du monde artistique à une histoire plus globale. Il a ainsi décrit l’Europe du xviie siècle à travers la peinture de Rubens, celle du xixe à travers Hugo… Il décide de refaire à l’identique le parcours d’Audubon, et d’observer à cette occasion la transformation écologique et humaine opérée en deux siècles sur un territoire qui a vu et subi la Conquête de l’Ouest, la révolution industrielle, le génocide indien, l’esclavage, la Guerre de Sécession, la désindustrialisation… Le résultat est édifiant. Ainsi la colombe voyageuse, dont on estime l’effectif en milliards à l’époque d’Audubon, a totalement disparu en quelques décennies, du fait de chasses massives. Tout au long du voyage le long du Mississippi, cher à Mark Twain, et le plus important couloir migratoire du continent, ce sont aussi les peuples indigènes qui témoignent de leur histoire faite de déportations, de massacres et, dans une époque plus contemporaine, de spoliations de leurs terres ancestrales au profit de l’industrie et de l’agriculture productiviste.

La descente du fleuve est jalonnée d’étapes qui permettent de consulter des exemplaires de l’œuvre d’Audubon, à Cincinnati, à Henderson, à Saint-Louis, à La Nouvelle-Orléans… Moments forts et émouvantes respirations. Le voyage s’achève en Louisiane, où l’industrie pétrolifère détruit tous les écosystèmes, empêchant le maintien de la faune, transformant les riches biotopes lacustres en désert biologique. Et alors qu’Audubon est célébré à la Nouvelle-Orléans comme une icône, son nom est accolé à de clinquants zoos ou de tristes parcs aquatiques, cyniques opérations de greenwashing. En quelques séquences et tout en suivant un peintre du xixe siècle, Loeuille parvient à faire ressentir de façon limpide la catastrophe écologique et humaine en cours aux États Unis.
Nous reste l’œuvre de Jean-Jacques Audubon, longtemps considérée comme une référence scientifique, aujourd’hui reléguée au rang d’objet esthétique : le film fait revivre ce fabuleux trésor documentaire, témoignage unique d’un monde disparu.