UTOPIA SAINTE BERNADETTE
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SÉANCES BÉBÉS
Les séances “bébé” sont des séances où les parents peuvent venir avec leur nouveaux nés. Et déguster un film pendant qu’ils roupillent dans leurs bras. Les séances sont évidemment ouvertes à tous les spectateurs, il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son pouc...

À LA VIE À LA MORT
Quelle joie de se retrouver sous les étoiles hier à Berat, en Haute-Garonne!Expo, rencontre et ciné avec Nevada. Quel bonheur.Déjà 200 personnes pour les prémisses d’un nouveau lieu vivant et pluridisciplinaire co animé par les habitants. Ce sont les premières festivités de l’été d’Utopia et du ...

Loi « sécurité globale » : « un outil pour permettre aux forces de l’ordre de cacher leurs dérapages »
Lu dans le journal Le Monde https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2020/11/05/loi-securite-globale-un-outil-pour-permettre-aux-forces-de-l-ordre-de-cacher-leurs-derapages_6058574_1653578.htmlJournalistes indépendants, collectifs, associations et syndicats se mobilisent contre un texte qu’...

IL ÉTAIT UNE FOIS PALILULA

Écrit et réalisé par Silviu PURCARETE - Roumanie 2012 2h22mn VOSTF - avec Aron Dimény, George Mihaita, Razvan Vasilescu, Ofelia Popii... Resté inédit en France jusqu’à ce jour, déniché par les chercheurs de trésors de ED Distribution.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

IL ÉTAIT UNE FOIS PALILULAPar où commencer ? Sans doute, comme le film, par l’improbable arrivée d’un improbable jeune médecin dénommé Serafim dans l’improbable ville de Palilula, aussi vivante que fantomatique, aussi paradisiaque qu’infernale. Le titre l’annonce clairement, nous voilà immergés dans un incroyable conte de fée baroque et pas du tout, mais alors vraiment pas du tout pour les enfants. D’ailleurs il n’y a pas l’ombre d’un chérubin à Palilula, seuls s’y agitent des adultes éternellement immatures et goulûment taquins. Pourquoi les autorités ont-elles choisi d’y envoyer Serafim, fraîchement diplômé en pédiatrie ? Les voix de l’administration roumaine des années 60 sont aussi impénétrables que celles du parti du petit père du peuple.
Alors que tous s’affairent dans un quotidien indéfiniment orgiaque, le camarade Virgil Codreanu, plaisamment surnommé Trotzki, pourtant tout aussi barré que les autres, s’évertue à remettre un semblant d’ordre dans tout ça : « Carpe Diem ! ». Mais dans cette nef des fous à la dérive perdue au fin fond des Balkans, tous vous raconteront que la nourriture est un luxe tandis que l’alcool est un must. Cela donne le ton ! Et le sobre Serafim, d’abord désarçonné puis plus étonné de rien, apprendra progressivement à se plier aux coutumes locales, avec de grands yeux écarquillés et le gosier de plus en plus ouvert : « vous prendrez bien un peu de vodka pour fêter votre arrivée !? » ou un peu de whisky propose en alternative Gogu Americanu, son collègue noir venu du Burundi (mais qu’allait-il donc faire dans cette galère ?).
Eh oui ! Serafim n’est pas ici le seul docteur, mais aucun ne travaille plus que lui, les autres sont trop occupés à trousser les infirmières ou à faire des parties de jambes en l’air avec les patientes. Progressivement l’ambiance de décadence joyeuse s’imprègnera dans l’âme du jeune pédiatre, tous déteindront sur lui, même la femme chèvre et l’hermaphrodite qui change de sexe à chaque nouvelle lune comme le font les loups-garous. Comment résister à cette cadence psychédélique, aux airs de musiques tziganes entraînants toujours prêts à jaillir, à cette humanité grouillante, croassante à l’instar des grenouilles qui pullulent dans l’étang marécageux ?



Palilula s’avèrera tour-à-tour poétique, lumineuse, puis dégoûtante, consternante, puis à nouveau pétillante, plongée dans un mouvement perpétuel infini où la fiction, les rêves merveilleux et cauchemardesques semblent inextricablement imbriqués à la réalité. Tout comme Serafim, il faudra se laisser porter par la fantasmagorie du lieu, ses secrets dessous, ses symboles voilés, ses critiques sur la fin d’un monde, le début d’un autre. Il faudra accepter que les morts puissent réapparaitre en chair et en os au milieu des vivants, que le Christ descende sur terre pour photographier les humains. Il faudra accepter que vrombissent les locomotives surgies de nulle part, chargées de lauriers roses et de nouvelles d’autres ailleurs, avant qu’elles disparaissent la seconde d’après dans le néant. Comme Serafim, nous voilà pris au piège d’un récit abracadabrantesque dont on ne peut s’extirper, pas plus que les personnages du film L’Ange exterminateur de Luis Buñuel ne pouvaient s’évader de l’appartement où ils s’étaient eux-mêmes rendus, comme piégés par un sort invisible, incompréhensible…

Silviu Purcărete, le réalisateur, est un des plus grands hommes de théâtre européens, et l’art de ses mises en scène se ressent dans tous les plans conçus comme autant de tableaux jubilatoires, mais aussi dans un esprit de troupe chaleureux, pantagruélique jusqu’à nous donner vertiges et sueurs froides. Une vraie grande découverte. Merci ED !