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HEROICO

Écrit et réalisé par David ZONANA - Mexique 2023 1h28mn VOSTF - avec Santiago Sandoval Carbajal, Monica del Carmen, Fernando Cuautle, Isabel Yudice... Produit par Michel Franco.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

HEROICOParfois le cinéma peut faire bouger les lignes et faire trembler les puissants : en l’occurrence, grâce à ce film choc, ont été ébranlés le gouvernement mexicain et plus spécialement son armée – qui reste un État dans l’État, même sous la présidence modérée d’Andrés Manuel Lopez Obrador.
Heroico nous présente le jeune Luis, indigène de 18 ans, qui passe son entretien pour intégrer une célèbre école de cadets, afin de devenir par la suite officier de la prestigieuse armée de son pays. L’entretien se passe sèchement, sous le flux de questions intrusives sur la vie personnelle du jeune homme. On comprendra que Luis, qui laisse derrière lui au village sa jeune fiancée et son enfant, n’a pas rejoint l’armée par conviction patriotique mais pour obtenir la mutuelle militaire qui lui permettra de financer les traitements médicaux de sa mère malade. Rien que de très classique dans un pays qui, bien qu’ayant abandonné le dogme ultralibéral du président Fox, n’en reste pas moins marqué par la misère, les inégalités systémiques et leurs corollaires, la floraison des gangs et l’aspiration à l’exil pour nombre de jeunes Mexicains.

Le film va nous plonger dans le quotidien de ces tout jeunes hommes confrontés soudainement à la discipline militaire et surtout aux violences pratiquées par quelques sous-officiers qui font régner la terreur sur la bleusaille. C’est ainsi qu’un sergent aussi sociopathe que charismatique va « prendre sous son aile » – maléfique – Luis, lui-même fils de militaire et en qui il voit un possible émule. Il va même l’entraîner dans des missions secrètes que lui et ses brutes mènent en civil pour terroriser de soi-disant malfrats…
Le film, dans la progression de la violence et de la déshumanisation délibérée des jeunes militaires, n’est pas sans rappeler le Full Metal Jacket de Kubrick. Avec sa dose d’entrainements inhumains, de brimades diverses et de tabassages en règle pour briser toute volonté de rébellion. À ceci près que nous sommes là dans le contexte spécifique du Mexique, un pays qui a longtemps été un des plus violents d’Amérique latine. Le réalisateur David Zonana (dont nous avons montré en 2020 le déjà remarquable Mano de obra) interroge avec intelligence la violence endémique qui continue à gangréner son pays – malgré les changements politiques qui auraient dû en limiter les effets – et la fascination qu’elle exerce sur les jeunes militaires. Les scènes où les sous-officiers, bourreaux des cadets, se repaissent de vidéos de meurtres ou de tortures en direct sont presque plus glaçantes que les scènes de sévices effectifs… La mise en scène se met au diapason de la montée de la tension, on est captivé jusqu’à la dernière minute.

Et Heroico n’élude pas la question indigène : Luis, alors qu’il arrive à la caserne, parle dans son dialecte à un autre cadet indigène… qui lui répond en espagnol ! La discipline et la soumission à l’armée nationale passe par la négation de son identité. Quand on le voit revenir en famille, on comprend également à quel point les disparités ethniques entre les peuples indigènes recoupent les inégalités sociales, qui justement poussent les jeunes gens vers l’engagement dans l’armée. Même le choix de la localisation de la caserne, noyée dans la jungle, construite au cœur de ce qui ressemble à une pyramide aztèque, fait écho au passé indigène du pays.
Ce film très fort a eu un énorme retentissement public au Mexique : 500 000 entrées dans les salles, ce qui est rarissime pour un film d’auteur.