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Pour un cinéma durable et des rencontres d’une nuit (par Anna Pitoun)
La chance quand on est réalisatrice de films documentaires c’est que vos travaux suscitent des débats. Alors on vous invite. Pour une soirée, une matinée. A une rencontre avec le public. C’est l’une des choses que je préfère. Ces moments d’échange, quand la lumière se rallume et que les spectateurs ...

Atelier d'écriture YAKSA 7 : Kévin
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AILLEURS

Écrit et réalisé par Gints ZILBALODIS - film d'animation Lettonie 2019 1h14mn - Pour les enfants à partir de 8 ans.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

AILLEURSAilleurs est une véritable invitation au voyage, on pénètre ici dans un univers personnel qui ne ressemble à aucun autre tout en s’inspirant ingénument de plein d’autres ! Le tout jeune réalisateur (25 ans) met directement un pied dans la cour des grands avec ce premier film, qu’il a fabriqué tout seul, de A à Z, jusqu’à s’improviser musicien-compositeur. Une prouesse réalisée non par forfanterie, mais parce que notre inconnu letton était persuadé que jamais il n’obtiendrait des financements suffisants pour ce premier long métrage s’il devait faire appel à une équipe importante. Ailleurs représente donc trois années de travail acharné, dans une ambiance quasi-monacale, pour aboutir à ce résultat bluffant, d’une fluidité impeccable. Surfant d’un style à l’autre, Gints Zilbalodis évite néanmoins tout effet patchwork, toute pédanterie démonstrative. Visible par les enfants à partir de 8 ans (pas avant), son film ravira tout autant ceux qui s’y plongeront au premier degré, avec un émerveillement de tous les sens et de tous les instants, que ceux qui voudront repérer au détour d’une séquence un clin d’œil à quelques grands cinéastes, à Magritte ou à un jeu vidéo populaire (comme Journey ou Shadow of the Colossus…) ou encore ceux qui s’amuseront à décrypter les mystères allégoriques de cette épopée initiatique.

Est-on dans un rêve, dans un cauchemar ? Au beau milieu d’un désert ocre, battu par les vents, le corps d’un jeune homme se balance au bout des suspentes de son parachute, resté coincé dans les branches du seul arbre squelettique des environs. Tandis qu’il reprend doucement connaissance, on ne peut s’empêcher de penser à un autre aviateur, celui de Saint-Exupéry… Mais ici point de Petit Prince, ni de renard, juste un impressionnant « Géant », qui pourrait tout aussi bien s’être évadé d’un film de Paul Grimault que du monde d’Hayao Miyazaki. Comment savoir si cette gigantesque forme sombre qui observe le jeune homme de ses yeux vides, qui s’en rapproche de façon inquiétante, est bien ou mal intentionnée ? De quel étrange pouvoir est-elle investie ?
Quoi qu’il en soit, quand la sombre créature se penche sur lui, comme un mauvais génie sur un berceau de nouveau né, le garçon ne demande pas son reste et se met à courir à bride abattue pour tenter de mettre de la distance entre eux… Il semble minuscule face au colosse qui lui emboite le pas en adoptant une allure certes nonchalante, mais implacable, comme mû par une injonction silencieuse ou trop sûr de son coup, comme si rien, ni personne ne pouvait en définitive lui échapper. Comme s’il n’avait pas grand effort à faire, si ce n’est celui d’attendre son heure. Notre héros, espérant trouver un abri, s’aventure sous une étrange arche toute ronde, pénètre dans un tunnel humide de verdure qui débouchera sur un havre de paix luxuriante et paisible, presque un paradis perdu où se lover, une matrice protectrice, où rien ne mal ne semble pouvoir pénétrer… Même l’étrange Titan ?

Ainsi débute ce périple, ce road-movie fantasmagorique, qui nous conduira, après une traversée du désert (au sens propre, ou figuré ?) au-delà du pays des chats en passant par celui du lac miroir. Une chevauchée fantastique peuplée de végétation exubérante, d’oasis interdites, d’animaux débonnaires, de compagnies inattendues, de noires stèles énigmatiques, de carcasses d’avions, de fruits à cueillir sans savoir s’ils sont défendus, d’une moto semblant attendre son propriétaire. Cette histoire sans parole, dépaysante, nous immerge dans un univers onirique aussi riche que minimaliste. Gints Zilbalodis manie l’épure avec élégance, jouant des aplats pour ses dessins, de boucles visuelles et musicales qui contribuent à nous transporter dans son périple intérieur, dans un état de douce béatitude.