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30237
Et voilà, Vidéo en Poche c’est fini, le compteur s’arrête à 30237 copies vendues sans DRM sur clés USB ! À bientôt dans le cyberespace indépendant et surtout IRL dans les salles de cinéma :)Le 30 novembre à minuit, Vidéo en Poche a tiré sa révérence et retourne dans sa bouteille de ...

Install-party samedi 18 juin à Tournefeuille
Vous voulez déconfiner durablement vos ordinateurs ? Envie de découvrir une informatique libre, éthique et accessible ? Vous vous sentez une affection naissante pour les gnous et les pinguins ? L’association Toulibre vous propose de venir découvrir les Logiciels Libres, et comme le premier pas v...

Sous l'aile des Anges, et le regard de Terrence Malick
Chers spectateurs, parfois je viens vous voir dans les salles afin de vous rencontrer en direct, d’échanger avec vous, de vous raconter les croustillantes anecdotes de l’exploitante du cinéma aguerrie et acharnée que je suis. C’est tellement profitable les séances collectives, c’est du cinéma. Telle...

L'œil et la Plume : retour critique de LITTLE PALESTINE / D.E.F.I. prod
Basée au Mirail, l’équipe de D.E.F.I PRODUCTION s’est donner pour nouvelle mission d’accompagner des groupes de jeunes à la découverte d’autres cinémas, d’autres films, dans d’autres salles… Plus ou moins régulièrement nous aurons des retours, écrits, filmés, radios, de ces découvertes.... Lire ...

Lundi 17 octobre à 20h à Tournefeuille rencontre sur la défense de la loi pour l’avortement. Séance unique suivie d’un débat avec les sages femmes Chantal Birman et Odile Montazeau. Sans réservation

L’ÉVÉNEMENT

Audrey DIWAN - France 2021 1h40mn - avec Anamaria Vartolomei, Kacey Mottet Klein, Luàna Bajrami, Louise Orry-Diquero, Louise Chevillotte, Pio Marmaï, Sandrine Bonnaire, Anna Mouglalis... Scénario d’Audrey Diwan, Marcia Romano et Anne Berest, d’après le récit d’Annie Ernaux. Lion d’Or, Festival de Venise 2021.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

L’ÉVÉNEMENTC’est un film engagé, essentiel, qui va crescendo. Il débute son ascension en terrain balisé, simple et enjoué, pour poursuivre sa route en zone inconnue, à tâtons vers une réalité implacable. C’est une histoire tout aussi intime que collective, ancrée dans une époque qui se fera vite oublier au profit d’une modernité manifeste. Le scénario, dans les pas du texte affûté d’Annie Ernaux, offre un récit resserré, tendu, sans effets superflus. Il nous embarque dans un univers charnel et féminin tout en ne réduisant pas son propos à une mésaventure féminine, à une affaire de femmes. Bien au contraire, il l’ouvre à une cause universelle, atemporelle, toujours furieusement d’actualité. En épousant les moindres mouvements du corps et de l’âme de son héroïne, il nous immerge sans échappatoire dans les ressentis d’une jeune femme, sa force vitale, son envie de se battre jusqu’au bout. On ne ressort pas indemne de cette plongée vertigineuse, de ce thriller intérieur sans criminel ni coupable, où la victime refuse tous les poncifs liés à son statut.

Les lois du désir sont impénétrables, elles n’ont pas d’âge, pas de limites, mais elles ont parfois des conséquences irréversibles. Que sait-elle, Anne, de tout cela ? C’est le temps des copines, le temps des copains et de l’aventure. C’est le temps des études loin des yeux des parents, de sa province natale, des yeux derrière les persiennes qui guettent et condamnent les moindres écarts. L’université s’essaie à la mixité sociale, les jeunes s’essaient à la liberté. C’est aussi l’âge où l’on apprend que tout ne se gomme pas, que les milieux sociaux laissent des marques presque indélébiles qui ne trompent pas. Ainsi, tout aussi brillante soit-elle, les origines prolétaires d’Anne n’échappent pas à qui est né les fesses dans la soie. C’est une drôle de guerre froide qui se livre là, menée par des bataillons de langues de vipères bourgeoises prêtes à injecter un venin qu’il va lui falloir affronter. Mais, l’esprit bien aiguisé, Anne n’est pas du style à lâcher une position durement acquise et à prêter le flanc aux banderilles de cette caste qui n’est, dans le fond, pas très glorieuse sous ses dehors galonnés.
Le tableau de la vie étudiante est brossé en quelques traits impressionnistes. Une soirée dansante, un dernier verre, un cours magistral, les douches collectives et sensuelles des filles, la fausse intimité d’une chambrette en rang d’oignon. Restera pudiquement dissimulé tout ce qui pourrait nous distraire du sujet : la rencontre, l’objet du désir, les ébats amoureux, le pourquoi du comment, les grands sentiments, les lendemains qui déchantent. Nulle complaisance, nulle jérémiade… rien de tout ce qu’on a vu des centaines de fois, et que l’on peut aisément deviner, ne sera montré. L’important, c’est le compte à rebours qui démarre dans le corps d’Anne, ce corps qui semble avoir fait un choix que tout son être refuse. C’est d’abord un doute qui s’immisce dans son esprit, le vampirise, s’y installe, prêt à chasser toute forme de tranquillité, à bousiller les perspectives d’avenir. C’est un premier mois qui passe, rapide comme l’éclair, puis la vérité qui se fait jour, pressante, oppressante… et ces règles qui ne viennent toujours pas ! Au fur et à mesure que la prise de conscience de la situation s’impose, grandissent stupeur et désarroi… À qui se confier ? À qui dire ? Où trouver un appui dans un monde où les rares qui voudraient l’aider ont si lourd à perdre ? Car nous sommes en 1963, 12 ans avant le grand pas en avant initié par Simone Veil, et envisager de se faire avorter, c’est agir contre la loi et affronter la violence d’une société qui condamne le désir des femmes, et le sexe en général.

À l’image de son héroïne, le scénario assume des choix radicaux, n’exploite ni la beauté d’un corps, ni le dramatique d’une situation, ne cède jamais à la facilité. Ainsi évite-t-on tous les écueils insupportables du pathos et de l’hystérie, les jugements lapidaires, les raccourcis stériles, les sourires séducteurs. Nous sommes ici au pays des battantes, de celles qui refusent de voir leur avenir injustement rétréci par des lois aveugles. Le film est porté par la présence lumineuse et magistrale d’Anna Amaria Vartolomei, par son interprétation subtile et sans fard.