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20000 ESPÈCES D’ABEILLES

Écrit et réalisé par Estibaliz URRESOLA SOLAGUREN - Espagne 2023 2h08mn VOSTF - avec Sofia Otero, Patricia López Arnaiz, Ane Gabarain, Itziar Lazkano...

Du 14/02/24 au 05/03/24

20000 ESPÈCES D’ABEILLES20 000 espèces d’abeilles et peut-être autant, ou plus, d’espèces d’humains tout aussi semblables que dissemblables les uns, les unes, des autres. Une humanité grouillante comme autant de ruches, une humanité assoiffée de liberté comme autant de paires d’ailes. Nous voilà plongés au cœur du sujet, au cœur de nos différences, de ce qui nous unit et peut nous désunir. Ce premier long métrage d’une délicatesse absolue, suspendu aux expressions de son / de sa jeune héros/ héroïne, nous plonge dans les questionnements de l’enfance qui grandit, qui veut s’épanouir loin des préjugés, des figures imposées par le poids de la pression sociale. Et il fallait bien la lumière de l’été, ses moments de course au soleil, dans les champs, sous les bois, ses plongées dans l’eau rafraîchissante pour que la vérité explose comme une éclosion de fleurs, loin de la grisaille de la ville où tout commence.

C’est à Bayonne que l’on découvre Aïtor, garçon en culotte courte de six ans, son grand frère Eneko et sa plus grande sœur, sans doute en garde alternée, vivant entre père et mère, une famille que l’on devine en tension, sans savoir jusqu’à quel point…

Toujours est-il que le voyage vers le Pays basque espagnol, pour une semaine de vacances à la campagne, démarre en fanfare, même si Eneko est très déçu quand il découvre à la gare que leur père ne les accompagne pas plus loin. Aïtor observe la scène avec un regard sévère qui semble en dire plus long que bien des mots. Début d’un trajet où la fratrie contrariée se chamaille dans le wagon… Puis arrivée dans le village d’enfance d’Ane, la mère. Retrouvailles avec sa propre mère, accueil heureux mais pas sans reproches larvés. Regards qui apportent autant de baume au cœur que de douches froides. Progressivement les personnages s’étoffent, prennent de la consistance et par petites touches successives on découvre leurs doutes, ce qui les entrave et rend leurs relations si maladroites. Les non-dits deviennent de plus en plus criants. Chacun navigue à vue en essayant de contourner les préjugés, les zones interdites, les blessures des unes et des autres. Ici c’est comme en ville, une sorte de ruche industrieuse où les adultes vrombissent, bourdonnent, bougonnent, s’affairent, butinant d’une tâche à l’autre, cohabitant avec les autres, les frôlants parfois, essayant d’éviter les affrontements tout en faisant partie d’un grand tout indivisible. Pendant ce temps les enfants essaient de s’extirper des projections familiales, sociales, alvéoles symboliques où on les croit précautionneusement rangés, protégés.
Aïtor, désormais surnommé Coco (un sobriquet détesté mais opportunément asexué, qu’il va transformer en atout précieux), va trouver une première échappatoire dans les moments de quiétude partagés avec sa tante, dans son rucher, ces longs temps d’observation de la nature, ces longs temps d’écoute, de discussion tranquille où nul jugement ne fuse. Et progressivement il va commencer à parler différemment de lui-même, ou plutôt d’elle-même… Il y aura cette petite copine qui deviendra de plus en plus une amie. Et Ane qui, elle aussi, continue d’observer, voulant le meilleur pour elle et ses enfants mais luttant déjà contre tant de choses, le passé, l’emprise de son père… Pas toujours capable de trouver les mots ou de tout simplement bien les entendre.

Difficile de parler d’un tel film sans le banaliser, sans trop en dévoiler. Délicat et ténu comme un petit nuage duveteux aux formes changeantes dans un ciel limpide. On guette ses formes, on y voit tantôt un éléphant, tantôt un visage, tantôt une chimère. Où est la vérité ? Peut-être est-elle tout cela à la fois, et peut-être faut-il ne pas chercher à la déflorer pour qu’elle reste intacte.