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DÉSORDRES

Écrit et réalisé par Cyril SCHÄUBLIN - Suisse 2022 1h32mn VOSTF - avec Clara Gostynski, Alexei Evstratov, Monika Stadler, Hélio Thiémard...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

DÉSORDRESDésordres frappe d’emblée par une inscription historique inhabituelle, tissant un riche réseau de sens et tranchant avec les attendus romanesques du genre. La scène prend place au dernier virage du XIXe siècle, dans les années 1870, dans un petit village du canton de Berne, Saint-Imier, siège d’une horlogerie où la réorganisation du travail s’inscrit dans le prolongement de la révolution industrielle. Dans cette fabrique du temps, une campagne métrologique est en cours : l’on mesure au chronomètre chaque étape d’assemblage des montres, chaque geste effectué avec minutie par les ouvriers, afin d’établir des standards de production – un souci de rationalisation qui anticipe le taylorisme à venir.
Au même moment, le jeune russe Pierre Kropotkine (1842-1921), pas encore le théoricien libertaire passé à la postérité, fait son arrivée en qualité de géographe, traçant de la région une carte anti-nationaliste, c’est-à-dire basée sur ces circonscriptions populaires que sont les lieux-dits. Dans les parages des ateliers, il fait la rencontre d’une cellule de travailleurs anarchistes, qui aura sur lui, comme sur son œuvre, une influence déterminante. Parmi eux, la jeune Joséphine, qui fabrique ces pièces maîtresses de la mécanique d’horlogerie : les balanciers (Unrueh, en allemand, qui donne son titre original au film).

Désordres ne peut être assimilé à un film d’époque que dans la mesure où il remonte aux sources qui ont dessiné notre présent, à l’un de ces moments indistincts où l’histoire pouvait encore basculer d’un côté ou de l’autre des forces en jeu. Ce moment, c’est celui où l’on commence à découper le temps en unités de travail (une notion amenée à connaître la fortune que l’on sait), mais où le temps pourrait tout aussi bien échapper à ces normes et répondre à d’autres impulsions, d’autres affects. Cette pluralité des temps, le film la met en scène de façon très concrète, dans ce petit village idyllique partagé entre quatre horloges : celles de la fabrique, de la poste, de l’église et de la municipalité, qui, non harmonisées, font cohabiter différents rythmes de vie…
Le film lui-même oscille entre deux échelles. D’une part, les vues macroscopiques sur l’assemblage des montres, faites de rouages minuscules, ajustés avec des outils de haute précision, et qui délivre une intense poésie du geste, une remarquable beauté de la dextérité humaine : la maîtrise ouvrière dans toute sa splendeur. D’autre part, les plans larges sur lesquels Désordres fonde toute sa singularité. Curieusement décentrées, écrasant les perspectives, saisissant les personnages à distance, souvent cadrées avec beaucoup d’espace au-dessus de la tête, ces vues d’ensemble laissent entrer en elles la rumeur du monde : le vent qui souffle dans les branchages, le brouhaha de plusieurs conversations, la douce clameur agglomérant les mille bruits du petit bourg.

Se joue dans ce procédé comme une destitution du sujet traditionnel de la fiction occidentale : pas de personnage principal, ici, mais des groupes et des paroles collectives, où diverses langues s’entremêlent (allemand, russe, français, italien). Un film réussi sur les origines de l’anarchisme ne pouvait faire moins que de ressembler en lui-même à une petite république.

(M. Macheret, Le Monde)