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RESTER VERTICAL

Écrit et réalisé par Alain GUIRAUDIE - France 2016 1h40mn - avec Damien Bonnard, India Hair, Raphaël Thiéry, Christian Boulette, Laure Calamy... Photo magnifique dirigée par Claire Mathon.

Du 24/08/16 au 06/09/16

RESTER VERTICALIl est beau, il est dense, il est audacieux le nouveau film du franc tireur Alain Guiraudie. Rester vertical : comme un appel à tenir debout contre les forces qui veulent faire courber l’échine, contre l’extinction du désir de jouir de la vie, contre les barrières qui enserrent nos existences sur le chemin de la normalité. Car les loups rôdent sur les magnifiques causses de Lozère comme ils rôdent sur la vie de Léo, trentenaire dont la trajectoire oscille entre paternité isolée et sexualité vagabonde. Les temps sont durs pour qui prend le temps d’hésiter…
On sait Alain Guiraudie très attaché à la géographie de ses histoires et à son territoire Aveyronnais. Ses films ont aussi quelque chose de géométrique. Autant L’Inconnu du lac (splendide polar gay et précédent film de l’auteur) était organisé autour de la figure du cercle et de la répétition, autant Rester vertical se développe sur le motif de la ligne. Mais une ligne sinueuse, souvent entrecroisée et pointant dans de multiples directions. Un foisonnement un peu fou, très singulier, où Guiraudie déploie avec humour son attachement pour les personnages en marge dans un film rural, social et mythologique hors des sentiers battus.

Tout commence comme dans un conte. Sur une grande route de campagne, à l’orée du bois, une maison d’où s’échappe un rock hippie assourdissant. Un beau jeune homme un peu las et un vieux ronchon sur une chaise de camping. Léo tente une approche intéressée vers le premier mais est vite invité à reprendre sa route par le second. L’éphèbe et l’ogre gardent pour un temps leur mystère. Puis c’est une jeune bergère, Marie, que rencontre Léo sur le grand causse et avec qui il s’entretient de la réintroduction du loup dans la région. À peine ont-ils engagé la conversation qu’ils se donnent l’un à l’autre. Léo ne refuse rien de ce qui s’offre à lui. Il est scénariste à la recherche d’un sujet, occupé à se rendre disponible. Avec Marie, sa relation se consume à toute allure : très vite ils décident d’avoir un enfant, un petit garçon dont la jeune femme ne veut bientôt plus. Et Léo, venu s’enraciner ici pour gagner des attaches, se retrouve avec un gosse sur les bras dans la ferme de son beau-père trop seul, Jean-Louis…
En très peu de temps, Alain Guiraudie met en place une situation de base qu’il fait littéralement exploser. Seule certitude acquise : l’affection profonde de Léo pour son enfant qu’il ne quittera jamais. Pour le reste, le film s’organise comme un grand puzzle sentimental et humain, dont chaque pièce est accolée à une autre, comme pour en tester les corrélations. Les puissances du désir libre sont lâchées et leurs mystères avec. Comment mener sa vie, comment construire un foyer (« parfois, un père peut avoir besoin d’élever son enfant seul » lui dit l’improbable personnage de guérisseuse-psy aux électrodes organiques), comment assumer ses responsabilités sans rien renier de sa liberté, de sa différence, de ses envies ?

Le cinéma de Guiraudie suit la même quête de radicalité, le goût de l’expérimentation et la soif de singularité. Les questions sociales, traitées d’abord sur le ton de l’humour, gagnent en consistance à mesure que la situation de Léo se dégrade. La liberté pourra tenir la morosité à distance et le sexe pourra même adoucir la mort. Mais que peut-on contre l’inquiétude d’avoir à écrire sa vie et la peur de tomber un jour sur le loup ? Jusque dans une séquence finale époustouflante, Guiraudie, lui, n’a pas l’intention de se laisser mettre à terre.