La suite de l’affaire....
« Ca vous en bouche un coin! Voilà Utopia rangé par certains dans la catégorie des affreux antisémites (les Brasillach d’aujourd’hui, en pire)... ne riez pas, c’est du sérieux, même que nous voilà embarqués dans deux procès: l’un fait à Utopia Avignon par l’Association culturelle Juive des Alpilles, l’autre initié par chacun des Utopia de France à l’encontre de Yann Moix et du Figaro.... » C’est ainsi que nous vous annoncions l’affaire dans la gazette précédente. Merci pour vos réactions, vos lettres documentées, vos mails, vos témoignages, vos encouragements particulièrement nombreux à Avignon puisque l’audience a été fixée au 15 février au Tribunal correctionnel d’Avignon.
(petit message personnel à propos du spectateur anonyme -mais parfaitement identifié- qui a pris soin de nous adresser une longue lettre: sachez, Monsieur, que l’équipe d’Utopia Saint-Ouen, tout comme celles des autres Utopia, est composée à 50% de femmes capables aussi d’écrire et de penser (mais si, mais si ).)
L’audience « Utopia contre Yann Moix et le Figaro » a été fixée au 23 Mars à la 17° chambre du TGI de Paris.... précisions dans la prochaine gazette et sur le site d’Utopia (www.cinemas-utopia.org) qui donne tous les éléments à ceux qui n’auraient pas lu la gazette précédente: le texte de Yann Moix, le texte de la Gazette d’Utopia qui a provoqué son ire, les conclusions de notre avocat, Maitre Thierry Levy, des témoignages et lettres reçues (pas toutes, il y en a trop)
On continue dans cette gazette à vous proposer une sélection de témoignages et commentaires... Merci à l’UJFP (union Juive Française pour la Paix) de nous apporter son soutien, merci aux Amis de l’Huma, au MRAP d’Avignon etc....
A suivre dans la prochaine gazette.
A propos de la chronique d’Yann Moix
Faute de temps, quand on m’a signalé, peu après sa parution, la chronique d’Yann Moix attaquant Utopia, je n’y ai pas prêté grande attention. La relisant aujourd’hui, je suis partagée, comme beaucoup, entre la colère et la tristesse. Je reprends le centre de ce texte : « Le mot ‘milice’ collé au mot ’juif’, ce n’est pas un oxymore, c’est une honte. C’est définir, évacuant Auschwitz d’un coup d’adjectif non seulement mal placé mais déplacé, un concept qui donnerait aussitôt vie, dans la foulée, à de jolis avatars comme des nazis juifs, des fascistes juifs, des hitlériens juifs ».
Et comment pourrait-il ne pas exister de milices juives ou des juifs fascistes ? Est-ce que les Juifs ne sont pas des êtres humains ?
Il n’est nullement besoin d’en appeler à un nouveau concept. En 1926 déjà, Gershom Scholem signait, avec d’autres intellectuels juifs, une pétition, adressée à la puissance mandataire, contre la création d’une milice juive en Palestine, arguant qu’il fallait tout faire pour « combattre l’esprit guerrier et militariste » dans les rangs sionistes et « dénoncer les slogans trompeurs qui vantent l’héroïsme et l’honneur national » (citation extraite de Un juif allemand à Jérusalem de M.R. Hayoun). Depuis, bien sûr, cet espoir s’est définitivement envolé puisqu’à la fin de l’année 1947, la « principale milice clandestine sioniste » s’installait à la Maison rouge de Tel Aviv où, en mars 1948, fut « mis la dernière main à un plan de nettoyage ethnique de la Palestine » (citation extraite de Le nettoyage ethnique de la Palestine de I. Pappé).
Mais, surtout, utiliser le nom d’un camp d’extermination nazi à ce point à la légère, pour le petit plaisir de faire glisser les mots les uns sur les autres, alors là, vraiment, c’est une honte.
Ensuite, avant de comparer, dans une autre partie du texte que je ne reprends pas, l’idée de lobotomisation des élèves dans les écoles israéliennes avec les textes de Robert Brasillach, il faut peut-être écouter les Israéliens parler de leur propre système scolaire. Il n’est qu’à lire Tom Segev (Le septième million) pour voir que dès la naissance de l’Etat, on apprenait à l’école que dans le pays il y avait deux races : la race des dieux, qui étaient nés sur place, et une race inférieure : celle des Juifs qui venaient de la Diaspora. Sans compter les travaux menés actuellement en Israël sur ce qui est véhiculé dans les manuels scolaires à propos des Palestiniens et, plus généralement, des Arabes.
Il n’y a pas une « essence juive » qui serait forcément distincte d’une « essence nazie ». Il y a des êtres humains avec leurs histoires, leur culture et le risque, toujours, de vouloir se débarrasser de toute altérité. Prendre une posture qui consiste à dénoncer de l’antisémitisme là où il n’y en a pas n’évite aucunement de se laisser entraîner dans ce travers et, surtout, ne combat pas le racisme là où il est. C’est une posture aveugle qui nous met en grand danger.
A lire le texte d’A.M.F. dans la Gazette n° 204, j’aimerais insister sur un point. Il me semble qu’il faut souligner que, quand le CRIF est intervenu en 2004, tentant de faire pression sur Utopia pour que le cinéma annule la venue de Leila Chahid à Toulouse pour le film Ecrivains des frontières, Utopia a répondu en programmant trois autres films sur le même sujet en plus d’Ecrivains des frontières. C’est-à-dire que face à ces tentatives de pression, il est possible de ne pas acquiescer. Mais, pour cela, il est nécessaire de penser. Ce que fait Utopia.
C’est un peu curieux, parfois, de voir comment certains évènements relatifs à la Palestine sont déprogrammés par souci de ne pas déplaire. C’est à se demander si leurs organisateurs ont une incertitude quant à savoir si eux-mêmes sont antisémites ou non. Mais, après tout, il est vrai qu’il n’y a pas eu, après la seconde Guerre mondiale, et qu’il n’y a toujours pas, de questionnement sur le refus de l’altérité qui se présente sous la forme d’un racisme ou d’un autre. Sans doute est-ce pour cela, d’ailleurs, qu’on se préoccupe si peu de l’islamophobie actuelle. Après la seconde Guerre mondiale, il a été convenu qu’il était malséant de dire ouvertement du mal des Juifs mais il n’a pas été décidé de réfléchir vraiment à la difficulté, pour l’être humain, d’accepter l’altérité du monde, l’altérité des autres et l’altérité de soi-même.
Alors, bien sûr, il ne reste qu’à se réfugier dans des postures, croyant que ça pourrait nous garantir de ne pas être du côté du Mal. Mais il n’existe aucune garantie en cette matière, il n’existe que le choix entre l’aveuglement et la pensée.
Merci, en tout cas, au cinéma Utopia d’être parmi ceux qui aident à lutter contre la lobotomisation du monde, et en particulier contre la lobotomisation du judaïsme.
Claire Mialhe, membre de l’UJFP.
(Union Juive Française pour la Paix)
Spartacus ET MOIX
17 ans que je traîne ma charrette, de long en large dans les rues d’Avignon, distribuant la gazette (gratuite) comme du pain béni, et il n’y en a jamais assez ! « Roger’s, il m’en faut plus ! ». « Monsieur Utopia, encore un peu s’il vous plaît ! ».
17 ans que je me balade en m’arrêtant tous les 10 mètres pour saluer ou blaguer avec quelqu’un. C’est parfois embêtant, sans vouloir se vanter. 17 ans que je monte mes bobines avec toute notre petite équipe - qu’on s’éreinte 7 jours sur 7, 12 heures par jour (pas question de fermer, sous peine d’émeutes dans la ville). 12 heures par jour à organiser des débats, des rencontres, des nuits fantastiques… et on n’y fera pas fortune, pas pour vous dire qu’on est mal payé, parce qu’on s’en contente, contrairement à d’autres, mais parce que, quand j’ai rencontré l’équipe d’Utopia, j’étais un pas grand chose. Mais ça c’est une autre histoire que je vous raconterai peut-être une autre fois.
J’aimais leur programmation, leur jeunesse, leurs idées (tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes). Même si pendant ces 17 ans on s’est fait attaquer, pour notre ton, un peu vif, par les cathos intégristes (La dernière tentation du Christ, Je vous salue Marie, Amen…), par des… des quoi au fait, qui nous reprochaient de passer trop de films israéliens (c’est vrai qu’il y avait eu cette année-là une production importante de films israéliens, comme cette année d’ailleurs), par des socialos qui trouvaient que nous passions trop de films américains, etc.
On a réussi quelques coups de force, en pleine guerre des Balkans de réunir Serbes, Croates et Bosniaques pour un débat très riche, même si tous se regardaient en chiens de faïence.
C’est vrai qu’un grand nombre de cinéastes lutte contre l’obscurantisme en tout genre et je ne suis pas peu fier de projeter leurs films.
D’origine Corse. AJU VISTU ANCU TROPU (Je ne les ai que trop vus).
Quand il y a 15 ans nous nous sommes retrouvés sans toit (problème de bail) et qu’il a fallu se faire entendre à la Mairie d’Avignon, c’est un millier d’anonymes qui a envahi le conseil municipal pour que l’on nous retrouve un logis et avec succès puisque c’est ainsi que nous nous sommes installés à la Manutention. En décorant Anne-Marie Chevalier des arts et de la culture, c’est un millier d’anonymes que Madame le Maire a décorés ce jour-là. Décoration qui doit traîner avec tant d’autres récompenses dans un carton sur une étagère poussiéreuse. Parce qu’on s’en fout et qu’on n’a pas le temps et qu’il y a beaucoup d’autres choses plus urgentes dont il faut parler avant que l’on nous fasse taire à jamais.
Je me souviens de ce soir dans notre petite salle Galante. Une panne de projecteur 10 minutes avant la fin du film. La salle République était libre quelques rues plus loin. Je descends demander aux spectateurs s’ils veulent y voir la fin du film. ce fut un oui général, un oui d’allégresse et ils m’ont suivi, ma bobine sur le dos trois rues en contrebas dans une atmosphère de joie et d’amitié, sûrement pas d’anonymat.
C’est moi Spartacus ! Non c’est moi Spartacus, non c’est moi, non c’est moi…
R.L. (Avignon)
À lire et à voir…
DE L'AUTRE CÔTÉ
Épatante
revue éditée par L'Union Juive Française pour la Paix (UJFP). On y lit
des textes de Charles Enderlin, Edgar Morin, Eyal Sivan, Warschawski,
Théo Klein, Judith Butler, etc. Le numéro 5 vient de sortir. C'est
possible de s'abonner : 4 numéros = 45€. ujfp@filnet.fr
UJFP, 1 ter rue Voltaire 75011 Paris
ISRAEL PALESTINE Vérités sur un conflit,
Alain Gresh (co-directeur du Monde Diplomatique) Editions Fayard.
Alain Gresh est directeur adjoint du Monde Diplomatique, spécialiste
des questions du Proche-Orient.
blog.mondediplo.net/Nouvelles-d-Orient
LE GRAND AVEUGLEMENT
Le dernier ouvrage de Charles Enderlin (correspondant permanent de France 2 en Israël,) vient de paraître chez Albin Michel.
LÉVY OBLIGE
de Thierry Levy chez Grasset
petit bouquin par la taille mais
riche et dense où chaque mot fait sens. Avocat, Tierry Levy est aussi
l'auteur de plusieurs ouvrages importants sur la procédure pénale et la
peine (on en reparlera). Il est l'avocat des salles Utopia dans les
affaires citées ici.
1948 LA GUERRE DE PALESTINE
Derrière
le mythe… Depuis quelques années, se développe en Israël une nouvelle
historiographie qui remet en cause la version officielle israélienne
des faits… dans ce numéro des contributions des meilleurs « nouveaux
historiens » israéliens et universitaires arabes et occidentaux, pour
offrir un regard neuf sur la guerre de 1948 afin d'en comprendre les
enjeux historiques et contemporains.
éditions Autrement, Collection Mémoires.
COMMENT LE PEUPLE JUIF FUT INVENTÉ
de Shlomo Sand aux éditions Fayard
Shlomo
Sand est Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Tel
Aviv. Comment le peuple juif..., paru au printemps 2008 en Israël, est
vite devenu un best-seller et donna lieu a des débats orageux. Daniel
Mermet lui a consacré une émission lors de sa parution en France,
émission que vous pouvez écouter sur internet. C’était le 17 décembre
2008, rediffusion le 30 décembre 2008. www.la-bas.org
et dans les DVD…
ROUTE 181,
réalisé par le cinéaste israélien Eyal Sivan et le cinéaste palestinien Michel Khleifi
passionnant
de bout en bout, le coffret de 4 DVD est la chronique du road movie de
Sivan et de Khleifi durant l'été 2003 le long de la ligne de partage
définie en 1948 par la résolution 181 des Nations Unies. Une foultitude
de rencontres formidables avec des femmes et des hommes, israéliens, et
palestiniens qui habitent la Palestine-Israël. La sortie du dernier
film de Eyal Sivan est annoncée… vous devriez pouvoir le voir en
janvier à Utopia.