U-BLOG 95

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jeudi, juin 17 2010

UN PEU PLUS DE SOUTIEN

... du côté des artistes israéliens :

Merci Utopia !

Nous soussignés, citoyens israéliens, cinéastes, enseignants et ouvriers de la culture, nous souhaitons remercier le circuit des salles Utopia pour leur décision de décaler la programmation du film israélien “A 5 heures de Paris” et de programmer le film “Rachel” en réaction à l’attaque menée par l’armée israélienne sur la flottille de la Liberté. “Rachel”, de la cinéaste marocaine-israélienne-française Simone Bitton, raconte l’histoire de Rachel Corrie, une militante américaine de 23 ans écrasée par un bulldozer de l’armée israélienne alors qu’elle se posait en bouclier humain pour les habitants de Gaza. Un des bateaux de la flottille “Free Gaza” repoussée par les bulldozers israéliens portait le nom de Rachel Corrie. La décision du réseau Utopia a été prise au moment où le bateau “Rachel Corrie” faisait route vers la Bande de Gaza sous blocus et alors que la comédie sentimentale “A 5 heures de Paris” sort dans 50 salles à travers la France.


Nous voyons dans la décision d’Utopia la continuation d’une longue tradition de programmation de films israéliens et palestiniens et d’un engagement profond aux côtés de la culture, des spectateurs et des cinéastes. C’est à la lumière de cet engagement qu'Utopia a modifié son programme et a proposé à ses spectateurs de connaître en profondeur la réalité à Gaza – à travers les yeux d’une cinéaste israélienne. Il ne s’agit pas de censure. Personne n’appelle au boycott des artistes israéliens. Il s'agit d'un acte de solidarité citoyenne, solidarité avec les civils palestiniens de Gaza, avec les membres du mouvement international de solidarité et avec des citoyens israéliens comme nous, qui aspirent à une vie fondée sur l’égalité et la justice en Israël-Palestine.

Malheureusement, la machine de propagande israélienne utilise également la création artistique, y compris le cinéma, pour donner d'Israël l’image d’un Etat démocratique et éclairé, afin de camoufler des crimes de guerre, la ségrégation, l’occupation et la répression.
L'establishment israélien inaugure des campagnes de “repositionnement” publicitaire et des opérations d'image de marque en collaboration avec le ministère des affaires étrangères et celui de la culture, alors qu'en Israël, la ministre de la culture répète que "le cinéma israélien prouve à chaque fois que la culture est la meilleure ambassadrice de l’Etat”. La même ministre s'en prend violemment et publiquement à toute critique de l’occupation et de l'apartheid, que celle-ci soit exprimée par des artistes citoyens israéliens ou étrangers.

Le gouvernent israélien emploie un appareil de terreur et de censure contre toute possibilité d’expression artistique palestinienne libre. Cet appareil persécute des artistes et des intellectuels palestiniens, empêche des projections de films, des conférences académiques et des évènements culturels. Et interdit l’entrée sur le territoire aux artistes et intellectuels internationaux qui souhaitent exprimer leur solidarité avec les opprimés.

Nous refusons de faire partie de cette machine bien huilée de propagande, nous refusons de prendre part au camouflage de l'occupation et de la répression et de contribuer à la création d’une image de “démocratie éclairée”. Nous refusons toute tentative de transformer le persécuteur en persécuté, et l’agresseur en agressé – que ce soit dans les eaux internationales ou dans le monde de la culture.

Nous sommes heureux que les gens d’Utopia soient nos alliés et partenaires dans notre combat pour l’égalité et la justice.

Merci Utopia !

Premiers Signataires :

Hannan ABU-HUSSEIN, artiste visuel

Udi ALONI, réalisateur

Ariella AZOULAY, cinéaste et essayiste

Mohammad BAKRI, réalisateur et comédien

Saleh BAKRI, comédien

Daphna BARAM, écrivaine

Yael BERDA, sociologue, poète

Tamar BERGER, écrivaine

Haim BRESHEETH, cinéaste et universitaire

Amit BREUER, productrice

Shai CARMELI POLLAK, réalisateur

Sami Shalom CHETRIT, cinéaste, écrivain, poète

Scandar COPTI, réalisateur

Yasmeen DAHER, poète

Anat EVEN, réalisatrice

Jack FABER, artiste visuel

Avner FAINGULERNT, réalisateur, directeur de l'école de cinéma Sapir à Sderot

Yael FREIDMAN, enseignante en cinéma

Gali GOLD, universitaire, programmatrice de cinéma

Natalie HAZIZA, réalisatrice

Ala HLEHEL, écrivain et scénariste

Avi HERSHKOVITZ, réalisateur

Rachel Leah JONES, réalisatrice

Hagit KEYSAR, artiste visuelle

Makram KHOURY, comédien, metteur en scène

Yael LERER, éditrice, éditions Andalus

Aim Deuelle LUSKI, universitaire, artiste visuelle

Yosefa LOSHITZKY, universitaire,

Juliano MER-KHAMIS, cinéaste, metteur en scène, comédien

Erez MILER, artiste visuel

Ruchama MARTON, présidente de PHR

Rela MAZALI, écrivaine

Amal MURKUS, chanteuse

Dorit NAAMAN, universitaire, vidéaste

Idit NATHAN, artiste visuelle

Judd NE'EMAN, réalisateur, lauréat du Prix Israël du Cinéma

Ofer NEIMAN, universitaire

Ilan PAPPE, historien

Erez PERI, directeur du Festival des Films de Sud à Sderot

Zmira RON, metteur en scène

Oz SHELACH, écrivain

Eyal SIVAN, réalisateur

Renee SIVAN, muséologue

Mati SHEMOELOF, poète

Amir TERKEL, cinéaste

Eran TORBINER, réalisateur

Einat WEIZMAN, comédienne

mardi, juin 15 2010

L'« affaire Utopia » autour du film israélien : une polémique obscène

Simone BittonTexte publié par Simone Bitton sur son blog de Rue89

Les échos du brouhaha autour de la déprogrammation du film A cinq heures de Paris par le réseau de salles Utopia - et son remplacement par mon film Rachel - me sont parvenus tardivement, plus d'une semaine après le début de cette étonnante polémique. Je suis actuellement au Maroc où j'enseigne à l'école de cinéma de Marrakech, et ne suis bien entendu pour rien dans cette initiative des animateurs d'Utopia, de même que mon producteur ou mon distributeur français , qui me disent avoir simplement remarqué une très légère hausse dans le volume des demandes d'exploitation du film, tant en France qu'à l'étranger, ce qui est tout à fait normal s'agissant d'un film dont le sujet résonne fortement avec l'actualité.

Tout comme Leon Prudovsky (le réalisateur du film déprogrammé), je ne contrôle pas la distribution de mes films , ces choses se passent entre exploitants et distributeurs. Comme lui, il m'est arrivé à plusieurs reprises d'avoir la mauvaise surprise d'apprendre qu'une sortie en salles ou une diffusion télévisée d'un de mes films était annulée ou repoussée afin de laisser place à un autre film, à une rediffusion ou à une émission spéciale suite à tel ou tel événement. Ce sont des choses désagréables qui arrivent souvent dans notre métier, mais s'agissant de A cinq heures de Paris, qui bénéficie d'une sortie française sur une cinquantaine d'écrans, cette déprogrammation n'a rien de dramatique, d'autant que le film sera montré dans les salles Utopia un peu plus tard.

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lundi, juin 14 2010

Eyal Sivan : « Utopia, se réveiller »

Lettre d'Eyal Sivan, Paris 14 Juin 2010.

Cela fait des années que les salles du réseau Utopia accueillent à la fois les films et les débats autour d'importants sujets de société dont la France d'en-haut n'aime pas discuter. Les salles Utopia font le lien entre un cinéma indépendant, les réseaux associatifs locaux et les spectateurs. Mais parmi tous les débats, c'est le conflit israélo-palestinien qui soulève le plus de passions.

Qu'on soit pour ou contre la décision prise par le réseau Utopia de se désengager de la sortie nationale du film israélien A 5 heures de Paris de Leonid Prudovsky en décalant sa sortie de quelques semaines, pour programmer un autre film réalisé par une cinéaste israélienne Rachel, de Simone Bitton, le réseau Utopia doit être salué pour avoir utilisé sa liberté d'action et d'expression.

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Lette à Frédéric Mitterand

Monsieur le Ministre,


Nous aimons les films israéliens, nous les diffusons abondamment, qu'ils soient soutenus par des fonds israéliens ou qu'ils soit indépendants de ces fonds dans leur production, et nous avons depuis toujours organisé une foultitude de débats autour de ces films. C'est dire si nous avons particulièrement été sensibilisés à tout ce qui touche à Israël.
Comment alors rester insensibles aux derniers événements et que faire? Cesse-t-on d'être un citoyen parce qu'on travaille dans un cinéma? Alors même que le cinéma, comme les autres moyens de la culture, nous interpelle sans cesse sur la situation du monde, nous incite à agir... Devions nous refuser ce que nous disent les films alors justement que la plupart des cinéastes israéliens manifestent une vive désapprobation quant à l'inhumanité d'une politique qui a trouvé une expression d'une violence extrême au large de Gaza?
Remettons-nous dans le contexte: au moment même où nous bouclions la petite gazette que vous connaissez bien (et que vous trouverez ci-joint), où nous devions donc écrire sur cette jolie comédie douce-amère qu'est A cinq heures de Paris, nous parvient l'écho de l'assaut mené dans les eaux internationales par l'armée israélienne contre un convoi pacifique humanitaire: des morts, des blessés, parmi eux peut-être un garçon de Toulouse dont nous savions qu'il était sur un des bateaux... Comment dès lors écrire des choses douces et légères sur un film qui donne une si paisible image d'Israël, alors même que cela vient après des années de douleur pour les populations civiles qui habitent la bande de Gaza et à qui ces bateaux étaient destinés?
Loin de nous l'idée de censurer quelque film que ce soit: À cinq heures de Paris est programmé dans 80 salles en France et bénéficie du soutien d'un des plus gros circuits d'exploitation du pays; à Toulouse, il est prévu dans une autre salle d'Art et Essai... Ne pas le programmer en sortie nationale est un geste symbolique et limité dans le temps qui n'a rien d'une censure, qui ne nuit pas à l'exposition et à l'exploitation du film (ce dont convient d'ailleurs volontiers son distributeur,Memento Films). Le film pouvant être prévu plus tard (par exemple à Avignon pendant le Festival, 3 ou 4 semaines après sa sortie)... comme cela nous arrive plein de fois.
Par contre l'actualité nous semblait justifier que la place laissée par le film soit occupée par une autre oeuvre magnifique, réalisée par la franco-israélienne Simone Bitton: Rachel. Un film qui correspond parfaitement à cette mission de participation au débat démocratique qui est celle des salles des cinémas comme vous l'indiquez. Signalons au passage que 99 % des salles de France ont boudé ce film lors de sa sortie sans que personne ne s'en soucie...


La symbolique de cette déprogrammation momentanée nous a attiré les foudres des milieux concernés mais aussi de nombreuses réactions de sympathie qui expriment toutes le même désarroi: si les États, si l'ONU, si les associations qui plaident pour la Paix... si les Israéliens de l'intérieur eux-mêmes, ceux qui réalisent des films et ceux qui n'en réalisent pas, n'arrivent pas à faire entendre leur désapprobation et leur désir de paix... que reste-t-il comme possibilité de réaction pacifique pour faire entendre sa voix? Notre réponse a été cette déprogrammation ponctuelle, dans la droite ligne des appels à un boycott plus ou moins radical lancés par Jane Fonda, Ken Loach, par certains groupes de rock, par des écrivains (Henning Mankell en particulier) et bien d'autres encore... relayés à l'intérieur même d'Israël par des intellectuels, des artistes et des groupes qui ne voient plus d'autre moyen de faire infléchir la dureté d'un état sensible à l'image qu'il donne de lui.
Fallait-il faire ce geste de (dé)programmation? Ne le fallait-il pas?... Nous n'avons pas de certitudes. Néanmoins, je vous confirme que nous faisons actuellement tout pour que le débat ne s'arrête pas à des invectives simplistes, et que le fond de notre réaction soit comprise pour ce quelle est: un appel à la prise en compte de cette souffrance que nous partageons avec beaucoup. Nous appelons la paix et la tolérance de nos voeux mais elle ne saurait avoir lieu si chacun campe sur des positions réductrices, se résumant à des slogans plus ou moins injurieux et où l'autre n'est plus entendu.
Nous prévoyons un large débat avec des réalisateurs israéliens qui ont déjà donné leur accord et avec d'autres sur le sens de la création, de la production et sur l'implication des oeuvres culturelles dans notre vie collective.
Je précise que le film de Leonid Prudovsky sera donc programmé dans nos salles à partir de la mi- juillet et qu'il est d'ores et déjà prévu à Utopia Avignon pendant la période du festival.
Je vous prie de trouver par la présente, Monsieur le Ministre, toute l'expression de notre profonde considération.

Anne-Marie FAUCON

lundi, juin 7 2010

AU SUJET DE LA DÉPROGRAMMATION DU FILM "A 5H DE PARIS"

À 5h de Paris

Un film de Leon PRUDOVSKY (Israël 2009 1h30 VOSTF)

Préambule: vous trouverez ci-après le texte expliquant la raison de la déprogrammation (et non du boycott) du film "à 5h de Paris". Pour remettre quelques pendules à l'heure et éviter les amalgames et raccourcis faciles, il n'a jamais été question de "boycotter" le cinéma israélien en général, mais bien d'avoir un geste fort et réactionnel face à une intervention que nous jugions scandaleuse. Le film n'avait pas été programmé sur la gazette de Saint-Ouen / Pontoise pour cause de fermeture estivale et le sera sans doute prochainement.

C'est l'histoire d'un amour impossible… tiens donc ? Un film pas polémique pour deux sous, où on ne voit même pas l'oreille d'un Arabe… Distribué par une adorable société de distribution, dont on programme quasi tous les films, il était prévu à Utopia Tournefeuille en sortie nationale le 23 Juin et on s'apprêtait à le caser en bonne place dans la nouvelle gazette que nous sommes en train de fabriquer quand, tout soudain, nous parvient l'écho de l'agression de l'armée israélienne contre les navires pacifistes qui voguaient vers Gaza… je ne vous en dis pas plus, vous avez tous suivi.

Que faire pour manifester de manière un peu visible la réprobation d'un petit cinéma citoyen de rien du tout ? Un petit cinéma qui s'est toujours fait avec enthousiasme le relais de tous les beaux films israéliens et des rares palestiniens diffusés en France, accompagnés de nombreux débats, et qui s'exaspère de voir Israël attaquer, au mépris du droit, des navires transportant du matériel d'urgence et des militants pacifistes réclamant la cessation du blocus de Gaza, cette prison à ciel ouvert dont le beau film Aisheen nous donne encore aujourd'hui une vision désespérante.

Depuis tant d'années qu'Israël s'assied avec la plus parfaite arrogance sur les résolutions successives de l'ONU, se bat les flancs de toutes les protestations (plus ou moins molles) des états occidentaux (ceux qui ont le fric et les armes) à chaque mise à mal du droit international… quelle arme reste-t-il à des citoyens lambda, qui excluent d'office les moyens violents, pour faire savoir que trop, c'est trop et qu'il serait temps que les choses bougent ? Les dockers suédois et sud-africains ont apporté leur réponse en refusant de décharger les bateaux israéliens accostant dans leurs ports ; nous, cinéma Utopia, avons décidé de déprogrammer le film À cinq heures de Paris, soutenu par Israël Film Fund et Isratim.

On a fini en effet par comprendre, au fil du temps et des pétitions, que nos élus, tétanisés par la crainte de mécontenter un état soutenu inconditionnellement par les Américains, feraient systématiquement passer la raison économique et donc celle du plus fort avant toute autre considération, en se contentant d'émettre des vœux pieux…

D'ailleurs qu'y a-t-il à cinq heures de Paris ? Tel Aviv, jumelée avec Toulouse… Subventionnée par le Conseil Régional et organisée par la Chambre de Commerce France Israël, une flottille de décideurs toulousains bien nourris, frétillants à l'idée de trouver stimulation et échanges auprès de ces pirates de haute mer, est partie le 4 Juin pour Tel Aviv. On s'interrogera au passage sur ces échanges d'une innocence toute relative puisque, parmi les multiples collaborations qui lient les deux villes, il y a celles qui tournent autour des drones dernier modèle (EADS/IAI), qui sont ce qu'il y a de plus sophistiqué dans les systèmes de combat… Des effusions qui ne s'arrêtent d'ailleurs pas aux portes de la ville rose puisque des soldats israéliens s'entrainent à la guerre électronique et à l'attaque de sites radar au milieu des pins des Landes, alors que nos soldats à nous, embrassons nous Folleville, devraient, si l'on en croit le Canard Enchaîné du 2 juin, partir s'entrainer incessamment à la guerilla maritime (euh ! urbaine) dans les territoires palestiniens et au Liban.

Dans ce contexte-là, de violence et de haine, la déprogrammation d'un film peut sembler bien mignonne et bien dérisoire… Pourtant, à voir la quantité d'appels de tous les médias de France et de la planète dès l'annonce (par le distributeur) de notre décision, on se dit que tout petits et tout isolés que nous sommes, on a mis le doigt sur la seule façon de faire entendre notre désapprobation.

vendredi, juin 4 2010

EDITO 209

Tabernacle ! Nous voici déjà parvenus au terme d’une saison Utopia et pour parler vieux chnoque, ma bonne-dame, celle-là encore, boudiou ! on l’a pas vu passer!
Une saison de cinoche : quelque 330 films, 56 soirées, 164491 paires de fesses, quelques flops, de francs succès, deux ou trois rendez-vous manqués, une soirée réveillon à paillettes mortelle, la plus grande dînette de tous les temps (Nouvel an chinois ou comment faire manger 110 personnes dans le hall sans se stresser), des intervenants de haute voltige à faire rougir d’envie toutes les universités d’été du PS, du NPA et de l’UMP réunis ( Christian Vélot, Eyal Sivan, Marc Dufumier, Walter Bassan...).  Vous pensez qu’on est calmés ? Qu’on va ralentir la cadence ? Qu’on va ménager la monture ? Qu’on va se reposer ? Détrompez-vous car à l’heure du bouclage de cette gazette, on revient tout juste du Festival de Cannes, on atterrit à peine de cette orgie presque indécente de cinéma et figurez-vous qu’en dépit du beau temps qui nous massacre allègrement la courbe ascendante des entrées pourtant bien amorcée depuis le début d’année 2010, nous sommes regonflés à bloc, donc c’est pas près de s’arrêter et on compte bien finir la saison en beauté !

Matez donc un peu la bestiole et vous verrez. D’abord, pour rester sur notre lancée cannoise et pour protester à notre manière contre la frilosité des distributeurs qui ont fait de ce mois de mai/juin un quasi désert cinématographique (ben oui, d’habitude, dans la lancée de Cannes, il y a toujours 3 ou 4 gros films porteurs attendus qui sortent de l’endormissement bucolique post barbecue le spectateur de base qui a tendance à oublier, dès les premiers rayons du soleil, que nous sommes là), nous vous offrons quelques avant-premières : le génial et très inspiré film de Mathieu Amalric, prix de la mise en scène, Tournée, où vous n’en finirez pas, filles et garçons, d’admirer les rondeurs des filles incroyables du New Burlesque; le très chouette Copacabana avec Huppert, mère et fille qui donnerait la patate à n’importe quel salarié déprimé à l’idée de sa prochaine retraite à 70 ans, et aussi, aussi, la comédie anglaise la plus sexy, la plus déjantée, la plus poilante qu’il nous ait été donné de voir depuis longtemps, Tamara Drewe, qui a la mauvaise idée de sortir le premier jour de notre fermeture estivale mais que nous avons le plaisir de vous présenter en guise de mise en bouche Samedi 10 juillet et que vous retrouverez dès la réouverture, le 18 août. Sans oublier les gamins avec 2 avant-première : Toys Story 3, et Shrek 4.

Mais ce n’est encore rien, le meilleur reste à venir puisque le samedi 26 juin et pour la deuxième année consécutive, nous vous invitons à une soirée festive « fin de saison » pour nos désormais fameuses ripailles participatives (lâchez-vous sur les quiches, tartes maisons, festival de fromages et profusion de cochonnailles, on paie le coup à boire) avec au programme et en vrac : Les petits ruisseaux, une séance dédicace avec Pascal Rabaté, le réalisateur et auteur de BD, une tombola de folie et donc un repas. Et dans la foulée, on remettra ça la semaine le 2 juillet d’après mais en pique nique dans le parc de l’Abbaye de Maubuisson avec une soirée Africaine avec projection en plein air de la comédie musicale pétillante Un transport en commun.
Avouez que tout cela est bien plus alléchant que la vision de 11 mecs en short courant après un ballon… non ?

Mais pour ne pas que vous nous imaginiez déjà totalement corrompus par le bling bling de Cannes et détournés du droit chemin qui fût jadis le nôtre, il y aura bien entendu toujours des soirées débats qui feront appel à autre chose qu’à votre estomac, vos zygomatiques, voire d’autres parties de votre illustre personne que la bienséance m’empêche de citer ici (un membre de l’équipe dont on taira ici le nom a bien du mal à se remettre de la vision d’une certaine Tamara en mini short et l’on suppose qu’il en sera de même pour bon nombre d’entre vous). Un débat sur la question du voile avec le film Un racisme à peine voilé,  parce que quand même, on n’allait pas finir la saison sans en parler et laisser le dernier mot de l’été aux parlementaires qui font semblant de bosser quand tout le monde est en congés. Et comme l’arrivée des beaux jours ne coïncide pas non plus malheureusement avec la mise entre parenthèses des problèmes qui agitent notre chère patrie, deux autres soirées autour de la question des sans-papiers avec Les mains en l’air et des demandeurs d’asile avec le très beau Les arrivants.
Et pour joindre l’utile à l’agréable, un petit tour du côté de l’Alter tour, cette géniale initiative à vélo qui fera escale par chez nous pour une soirée joyeuse avec apéro garanti 100% local et sans OGM.
Vous retrouverez bien entendu toutes les infos de ces soirée dans les pages suivantes.

Sinon, comment se porte votre Utopia chéri??? Nous mentirions en disant que tout baigne et que nous ne sommes miraculeusement pas touchés par la morosité ambiante… même si nous ne roulons pas sur l’or, même si les gros travaux engagés à Saint-Ouen ont vidé notre bas de laine, nous avons bon espoir de poursuivre sur notre lancée et de finir l’année à + quelque chose. Nous sommes à mi-chemin du parcours et pour nous donner du cœur à l’ouvrage, nous méditerons ensemble sur la sagesse de ce vieux proverbe chinois « si tu regardes derrière toi, tu verras sûrement l’orage qui approche, n’y prête pas attention et fixe le chemin qui s’ouvre droit devant: il est parsemé de pétales de roses dont les promesses ne pourront que t’enivrer ».
Sur ce, bel été à tous ! Et n’oubliez pas de laisser vos coordonnées pour recevoir la gazette de rentrée qui promet déjà d’être formidable.
caro

vendredi, avril 9 2010

UTOPIA SUR LES BANCS D'INFAMIE… (3e épisode)

 C’est lundi 15 février qu’Utopia Avignon comparaissait devant le tribunal correctionnel, assigné par l’Association Culturelle Juive des Alpilles (ACJA) pour « incitation à la haine raciale et injures publiques » pour le texte paru dans les gazettes d’Avignon de juillet et août à propos du film Le temps qu’il reste (voir les épisodes précédents : www.cinemas-utopia.org). À l’heure dite, une petite foule se pressait devant le Palais, et la salle d’audience prévue s’avérant trop petite, on ouvrit la salle des Assises pour tenter d’accueillir tout le monde… dans le remue ménage que cela provoqua, on entendit un spectateur rigoler « ainsi donc, Utopia aurait commis un crime ? ». La grande salle s’avéra encore trop petite et beaucoup durent attendre dehors. Me Levy fit forte impression et rappela que le film avait été vu et la gazette lue durant tout le mois du festival d’Avignon sans qu’aucune réaction d’hostilité ne soit manifestée, jusqu’à la parution de l’article de Yann Moix dans le Figaro « une utopie pourrie » le 18 août, qui vint mettre le feu aux poudres des Alpilles. Les membres de l’ACJA, rendus tout à coup sûrs de leur bon droit par le simple fait de voir imprimé dans leur journal favori des phrases que le CRIF légitimait de surcroît à leurs yeux en les reprenant sur son site internet, virent tout à coup en Utopia « le visage nouveau de l’antisémitisme contemporain : celui des babas-cool cinéphiles et idiots, qui définissent une manière inédite de vouloir en finir avec tout ce qui est juif. »
Me Levy avant de plaider sur le fond, aborda la question de la procédure et insista sur les points de droit qui frappaient, selon lui, de nullité l’action intentée… soulignant qu’une simple réaction émotive ne suffisait pas pour justifier que l’on traîne les gens devant les tribunaux sans avoir de raisons réelles et sérieuses :« c’est une façon inquiétante de faire du droit »… La procureur plongea dans ses bouquins rouges et confirma la légèreté du dossier. Après avoir entendu l’avocate de la partie adverse, juges, procureur, greffiers, suspendirent alors l’audience pour délibérer et revinrent quelques instants plus tard pour annoncer qu’il n’était pas besoin de plaider davantage et que les actions intentées par l’ACJA étaient jugées « nulles et irrecevables » sous un tonnerre d’applaudissements…
L’ACJA dispose de dix jours pour faire appel. Mais le deuxième acte, initialement prévu à Paris le 23 mars à 14h à la 17e chambre correctionnelle du TGI a été reporté à une date non encore déterminée. Là, ce sont tous les Utopia qui assignent Yann Moix et son journal Le Figaro pour le texte injurieux publié le 18 août. Vous avez pu le lire dans la gazette N°204 (si vous ne l’avez pas eu tapez « Une Utopie pourrie » sur un moteur de recherche et si vous n’avez pas internet, vous pouvez nous le demander).

dimanche, avril 4 2010

Les salles indépendantes seront-elles les « dindons de la farce » numérique ?

Plaidoyer pour une diversité culturelle et un cinéma numérique durables

L'exploitation cinématographique est à l'aube de changements technologiques propres à bouleverser l'équilibre de la profession, mettant en péril un nombre important de salles du parc français, et par là même la diversité culturelle. Le CNC a travaillé dur à élaborer un mécanisme de fonds de mutualisation (voir document en annexe) qui aurait permis de préserver l'existence de ces salles en les aidant dans la transition vers la projection numérique. Mais ce mécanisme n'a pas été approuvé, contre toute attente de la profession, par l'Autorité de la Concurrence, alors qu'au même moment, le dernier grand groupe à ne pas s'être encore équipé annonçait la numérisation de ses 800 écrans, accélérant le basculement de l'exploitation vers cette nouvelle technologie. C'est un coup dur pour la profession, mais le communiqué de l'Autorité de la Concurrence ne manque paradoxalement pas d'intérêt et nous devrions saisir cette opportunité pour approfondir notre réflexion sur les implications de cette mutation, et dépasser une déception légitime. C'est dans cet esprit que les salles ISF tiennent à proposer quelques pistes de réflexion.

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mercredi, mars 17 2010

Le régime iranien fossoyeur du cinéma - Jafar Panahi en prison

Jafar Panahi (né en 1960) est un des réalisateurs les plus importants du cinéma iranien (et même du cinéma mondial). À l'exception du premier (Le Ballon blanc, Caméra d'Or au Festival de Cannes 1995, nous n'existions pas encore), Utopia a programmé tous ses films distribués en France : Le Cercle, Lion d'Or du Festival de Venise 2000, Sang et or, Prix du Jury Un Certain Regard, Festival de Cannes 2003, et Hors-jeu, Ours d'Argent du Festival de Berlin 2006.
Jafar Panahi est un cinéaste libre, indépendant, qui a toujours refusé de se soumettre aux codes du cinéma « officiel » financé par le régime iranien. Tous ses films depuis Le Cercle, il les a tournés clandestinement. Jusqu'à la « réélection » de Mahmoud Ahmadinejad en Juin 2009, les autorités iraniennes – composées de courants différents, dont certains modérés ou réformateurs et conscients de l'aura internationale de ces cinéastes indépendants – toléraient l'activité en marge de Panahi et de plusieurs de ses collègues. Mais depuis cette élection, le régime s'est drastiquement radicalisé, voire militarisé, et tous les modérés cités plus haut ont été écartés et, pour certains, emprisonnés. Dès lors, il n'y a plus aucun espace pour une expression artistique véritable et les créateurs n'ont d'autres choix que de se soumettre, de s'exiler ou de risquer de se retrouver en prison et, presque conséquemment, soumis à la torture.
Jafar Panahi a refusé de se soumettre. Jafar Panahi a refusé de s'exiler. Il a donc vu se resserrer autour de lui l'étau de la répression: première arrestation après les grandes manifestations de Juin 2009; confiscation de son passeport alors qu'il était l'invité d'honneur du récent Festival de Berlin...
Le 1er Mars 2010, alors qu'il démarrait le tournage d'un nouveau film dans sa propre maison, Jafar Panahi a été arrêté, ainsi que sa famille et son équipe. Depuis, le cinéaste, son collègue Ismaïlov et leur producteur sont incarcérés à la prison d'Evin, réputée pour sa section 209, tenue par les services secrets des gardiens de la révolution, et où les prisonniers politiques sont interrogés et torturés.
Jafar Panahi partage donc le sort des milliers (5000? 10 000?) de prisonniers politiques actuellement détenus dans les geôles iraniennes, preuves encore vivantes de la volonté acharnée du régime de réduire au silence toutes les voix dissidentes, d'anéantir toute velléité de libre pensée.
Il faut maintenant espérer une mobilisation rapide et massive de l'opinion internationale – et en premier lieu des milieux du cinéma – pour appeler à la libération de Panahi, qui représente plus que tout autre ce bastion de résistance qu'a su bâtir le cinéma indépendant iranien.

vendredi, février 19 2010

EDITO (gazette 206)

Débat local pour problématiques globales (et vice-versa !)
ou
du bon usage de la salle de cinéma.




En cette période de rendez-vous électoral, ça pourrait bien sonner comme notre programme de campagne à nous, même si nous n’avons pas de mandat à renouveler, juste votre confiance et votre intérêt à constamment stimuler !  
La salle de cinéma comme un espace public et politique (dans le sens originel du terme : du grec « politikos », « de la cité »), fenêtre sur le monde et sur les autres, lieu d’échanges, de rencontres, carrefour de toutes les utopies, c’est ce qui, dans les années 1970, avait été le terreau fertile sur lequel avait germé l’idée folle de faire du cinéma autrement. Utopia était né.
Ce petit rappel historique non pas pour se la jouer vieux combattants ou réveiller en nous de doux et poussiéreux rêves nostalgiques (d’autant que bon nombre de vos serviteurs étaient encore en culottes courtes à cette époque), plutôt pour rappeler à celles et ceux qui  voudraient nous renvoyer à une pure « mission de divertissement » que l’intérêt de notre cinéma pour le monde qui nous entoure, proche et lointain, est viscéralement inscrit dans notre patrimoine génétique.

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