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DALVA

Écrit et réalisé par Emmanuelle NICOT - France / Belgique 2022 1h20mn - avec Zelda Samson, Alexis Manenti, Fanta Guirassy, Marie Denarnaud, Jean-Louis Coulloc'h, Maïa Sandoz, Sandrine Blancke...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

DALVAUne déflagration intérieure, une onde de choc sourde : ainsi qualifierons-nous l’effet que produit le premier long-métrage de la réalisatrice française Emmanuelle Nicot, Dalva – du nom de sa jeune héroïne. Une gosse de douze ans, jolie comme un cœur, vieillie de plusieurs années par une coiffure, des vêtements, un maquillage, une attitude qui ne sont pas de son âge. On dirait une petite dame, soignée et responsable. Avant d’en savoir plus, cette vision crée le trouble, dérange, déséquilibre. On ne s’habitue pas. Il faudra faire avec ce malaise provoqué par l’image que nous renvoie le miroir : le portrait d’une enfant victime d’un père incestueux. Lequel, pendant une décennie, s’est escrimé à élever et transformer sa fille en femme – « sa » femme.

La séquence inaugurale du film traduit par le chaos cette abomination en même temps qu’elle en signale la fin. Des policiers font violemment irruption dans la maison, arrêtent le père, tentent de maîtriser une Dalva en furie, hurlante, se débattant comme le diable pour ne pas être arrachée à cet homme. On gardera en tête cette première scène, semblable à une cicatrice mal refermée qui agit comme un rappel chaque fois que Dalva se révolte.
Emmenée puis placée dans un centre d’accueil pour mineurs, celle-ci donne du fil à retordre à ceux qui l’entourent, les autres filles, les psychologues et son éducateur. Butée, rebelle, Dalva tend vers un seul désir : retrouver son père, obtenir un droit de visite à la prison, lui parler et lui témoigner son soutien autant que son attachement. Elle n’a vécu qu’avec lui, sans droit de sortie – et n’aime que lui. Au centre d’accueil, Dalva continue de tenir son rôle de femme. Elle refuse de se mêler aux enfants de son âge. Et décourage ceux qui tentent de l’instruire sur la notion d’inceste, qui œuvrent à la sortir du déni – prison dont elle tire sa survie – pour enfin la ramener à l’enfance.

C’est ce chemin à rebours qui fait le sujet – et toute l’intelligence – du film d’Emmanuelle Nicot. Chemin que la réalisatrice emprunte de manière exemplaire, en se tenant à bonne distance grâce à une rigueur qui ne faiblit pas, tant dans l’usage des ellipses que dans la composition du récit et du cadre. En refusant de montrer l’immontrable, mais agissant sans ciller quand il s’agit de révéler les mécanismes et les ravages du crime.
Il faudra plus d’une heure pour que l’écheveau de l’emprise se dénoue. Plus d’une heure durant laquelle la jeune Zelda Samson porte le film sur ses petites épaules. Magnifique et déconcertante, agaçante et troublante. On la suit, on la regarde buter contre tous les obstacles, tenter de séduire son éducateur – le seul langage qu’elle connaît –, retarder sa métamorphose. On guette dans chacune de ses phrases l’éclair de lucidité, et dans ses gestes le premier signe de guérison. Car nous ne savons rien de l’itinéraire si difficile et contre nature qu’explore le film : ce chemin que prend Dalva pour passer de la femme hypersexualisée à la petite fille insouciante et sans fard.

(Véronique Cauhapé, Le Monde)