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LA FLEUR DE BURITI

(CROWRA) Renée NADER MESSORA et João SALAVIZA - Brésil / Kraholândia 2023 2h05mn VOSTF - avec Ilda Patpro Krahô, Francisco Hyjnõ Krahô, Solane Tehtikwyj Krahô, Raene Kôtô Krahô... Scénario de Renée Nader Messora, João Salaviza, Ilda Patpro Krahô, Francisco Hyjnõ Krahô et Henrique Ihjãc Krahô.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

LA FLEUR DE BURITICe qui frappe d’abord dans La Fleur de buriti, c’est l’absence de regard anthropologique. Une absence salvatrice qui libère le récit, lui proférant une dimension universelle et nouvelle. Ainsi pour la première fois peut-être au cinéma, un peuple d’Amazonie raconte son histoire, mélangeant passé, présent et futur, sans que jamais la caméra ne se fasse l’outil ou le témoin d’une quelconque étude scientifique à son égard. En résulte une proximité, une symbiose qui opère dès la première séquence, dès les premières images quand, au cœur d’une jungle nocturne, résonnent les chants magiques des Krahô, invitant le spectateur à plonger nu avec eux dans les courants tourbillonnants de leur culture, intrinsèquement liée à la nôtre depuis cette année 1492…

Tourné pendant quinze mois dans quatre villages différents de la terre indigène de Kraholândia (la zone de l’État de Tocantins qui a été attribuée aux Krahô au Nord-est du Brésil), le film entremêle récits historiques transmis oralement, contes animistes et scènes du quotidien au sein même du village situé en pleine forêt amazonienne. Trois de ses habitants ont participé à l’écriture du scénario, et c’est à travers leurs regards que le récit de La Fleur de buriti convoque trois époques de l’histoire des Krahô : leur massacre perpétré, en 1940, par des agriculteurs désireux de s’approprier leurs terres ; les persécutions qu’ils subirent durant la dictature militaire au Brésil (de 1964 à 1985) ; et celles dont ils sont encore victimes aujourd’hui, en particulier pendant la présidence de Bolsonaro. Une fois de plus, les voici obligés de lutter sans relâche contre le braconnage des espèces animales (notamment des perroquets) mais surtout contre le grignotage progressif de leurs terres par les propriétaires puissants de l’agro-business qui déforestent sans vergogne, pour élever leur bétail et imposer leurs cultures. « Tout vient de la conception que les “cupés” (les non-natifs) ont de la terre », explique le co-réalisateur portugais João Salaviza. « Pour eux, elle n’est que ressources, possibilités d’exploitation et d’enrichissement. Que les Krahô possèdent tant de terres sans faire de profit, c’est une chose à laquelle les cupés veulent mettre fin depuis toujours. »

Petit à petit, en entremêlant rites et chants sacrés, rêves prémonitoires, récits du présent et du passé, une fable se tisse au cœur de la forêt, avant de s’en extraire et de se poursuivre vers la ville. Car c’est jusqu’aux portes de la Cour suprême de Brasilia que convergent des centaines de représentants des peuples autochtones, venus revendiquer leurs droits. À la question de savoir si le film porte un espoir de sauver les Krahô, la co-réalisatrice brésilienne Renée Nader Messora réagit en inversant notre pensée : « C’est nous qui avons besoin d’eux pour être sauvés ! Les Krahô parlent du respect pour la vie de notre planète depuis la nuit des temps, et nous, nous ne faisons que la transformer jusqu’à la rendre invivable. »
Après l’envoûtant Le Chant de la forêt – programmé dans nos salles en mai 2019 – et fidèles à leur style empruntant autant au documentaire qu’à la fiction, les deux cinéastes nous offrent avec La Fleur de buriti (le buriti étant un palmier originaire de la forêt amazonienne) l’histoire bouleversante, pleine de magie et de délicatesse, d’un peuple vivant en symbiose complète avec son environnement, prêt à donner naissance à un « guerrier de plus » pour affronter le jaguar engendré par nos mondes contemporains.