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Avant-première exceptionnelle le dimanche 28 avril à 11h15 à Utopia St-Ouen l'Aumône précédée dès 10h45 d'un petit-déjeuner iranien, suivie d'une rencontre avec le réalisateur Mehran Tamadon, et ( sous réserves ) de l'actrice Zar Amir Ebrahimi, prix d'interprétation féminine à Cannes en 2022 pour les Nuits de Mashdad, et de représentantes en France du mouvement Femmes Vie Liberté.

MON PIRE ENNEMI

Écrit et réalisé par Mehran TAMADON - France / Suisse 2023 1h32mn - avec dans son propre rôle (ou pas) l’immense comédienne Zar Amir Ebrahimi...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

MON PIRE ENNEMI« Il n’est point dessein de bourreau qui ne lui soit suggéré par le regard de la victime. » Pier Paolo Pasolini

Mehran Tamadon, cinéaste iranien singulier, autoproclamé ouvertement athée à tendance marxiste et installé en France depuis 1984, s’est efforcé non seulement de tourner coûte que coûte dans son pays natal, mais aussi de tenter, à travers ses films, de trouver des points de dialogue avec ceux qui incarnaient les pires aspects du régime islamique installé en 1979, à cause duquel il a fui son pays. C’est ainsi qu’en 2009, il s’est immergé pendant près de trois ans dans le monde inquiétant des Bassidji, les gardiens de la révolution, martyrs auparavant de la terrible guerre Iran/Irak et qui, à l’époque du tournage, étaient les garants armés des lois islamiques, gérant le quotidien des Iraniens, et tout particulièrement celui des Iraniennes, dont le port du voile et la moralité étaient impitoyablement surveillés. Il en dressait un portrait beaucoup moins caricatural que tous les éditorialistes occidentaux, sur un principe immuable qui est que pour combattre un ennemi idéologique, il vaut mieux le comprendre que simplement le mépriser. Quelques années plus tard, avec Iranien, il proposait un dispositif étonnant à des mollahs de haut rang, garants de la morale islamique, les invitant à se retrouver dans une villa louée pour l’occasion, pour une veillée de discussion philosophique et politique. Un exercice périlleux où chacun repartit globalement sur ses positions mais non sans avoir été ébranlé à plusieurs reprises dans ses certitudes.

En 2022, les conditions ont changé : soulèvement de la jeunesse, durcissement du régime, l’heure n’est plus au dialogue mais aux interrogatoires musclés pour les opposants supposés. Pour Mehran Tamadon, ça signifie l’impossibilité de retourner en Iran, a fortiori pour un nouveau projet cinématographique. Il décide donc de créer de nouveau un dispositif tout à fait original. Dans une villa abandonnée de la périphérie parisienne, il propose à des anciens détenus des geôles iraniennes désormais en exil, ou simplement à des victimes d’interrogatoires musclés de jouer les bourreaux alors que de son côté, il incarnera un cinéaste d’opposition soumis à la question. Les bourreaux d’un jour ont carte blanche et peuvent improviser, au-delà de quelques directives du cinéaste. Mais les premiers qui se prêtent au jeu, exclusivement des hommes, sont rapidement bloqués par leur propre conscience, incapables d’aller au bout de la cruauté de l’exercice…
C’est alors qu’intervient Zar Amir Ebrahimi, grande actrice de son état (Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 2022 pour Les Nuits de Mashdad). La jeune femme a elle-même subi des interrogatoires pendant un mois dans un régime de semi-liberté, et l’expérience a été marquante. Et voilà qu’elle se prête totalement au jeu, poussant psychologiquement et physiquement le réalisateur / détenu dans ses propres retranchements, l’obligeant entre autres à se déshabiller, puis à sortir en caleçon dans les rues de Montreuil en direction de l’école de sa fille… Elle le soumet donc à des épreuves très inconfortables mais lui fait prendre conscience dans le même temps de la vanité de sa démarche de cinéaste exilé face à la souffrance des femmes iraniennes ! Le spectateur lui-même ne sait plus où il en est, se demandant jusqu’où elle ira, (on ne vous le dira pas évidemment) et si s’exprime à l’écran le personnage de bourreau qu’est sensée jouer la comédienne ou la femme bien réelle brisée par l’expérience qu’elle a vécu.

Qui souffre réellement ? Le réalisateur dépassé par sa création mais qui accouche d’un grand film documentaire ou celle qui découvre au fond d’elle-même et de son traumatisme une cruauté insoupçonnée ? Mon pire ennemi est, à l’instar des grandes réussites de Werner Herzog, maître de Tamadon, un film perturbant et inoubliable, un abyme moral et philosophique qui vous remue des heures après que la lumière se soit rallumée, un de ces films qu’on ne peut pas ne pas voir dans une vie de cinéphile et de citoyen.