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EN ATTENDANT LA NUIT

Céline ROUZET - France 2023 1h44mn - avec Mathias Legoût Hammond, Elodie Bouchez, Céleste Brunnquell, Jean-Charles Clichet... Scénario de Céline Rouzet et William Martin.

Du 12/06/24 au 25/06/24

EN ATTENDANT  LA NUITPhilémon (quel beau prénom !) est un adolescent comme les autres – ou presque. Sa jolie frimousse a commencé à se muer en une belle petite gueule qu’il n’aime évidemment pas trop – à peine boutonneuse, un léger duvet sous le nez, une longue frange pour y planquer son regard clair – et sur laquelle il rabat prestement la large capuche de son sweat sombre. Des écouteurs sur les oreilles, engoncé dans des fringues amples et informes malgré le soleil d’été, il marche de préférence à l’ombre des grands arbres qui bordent, à l’orée de la forêt, la coquette banlieue pavillonnaire, dans l’Est de la France, où sa famille vient tout juste de s’installer. Une famille comme les autres – ou presque. À quelques détails près, une famille « Ricoré » de classe moyenne : papa, maman, la petite sœur et moi – et le chien – pleine d’amour, d’entrain et de complicité. Une famille qui sillonne la France au gré, dit-on, des opportunités de boulot du daron. Moins banal, ce nomadisme est devenu routinier. Une famille soudée, c’est sûr, chacun y veille sur l’autre – et d’abord sur Philémon. Philémon, dans chaque nouvelle maison, on lui réserve la chambre qui donne plein nord. On baisse précautionneusement les stores toute la journée et on s’assure qu’il ne manque pas, pour s’alimenter, de poches de sang frais discrètement prélevées par sa mère infirmière au centre de don où elle travaille. Philémon n’est pas à proprement parler « malade ». Philémon, comme beaucoup d’enfants, est né avec « un petit truc en plus ». Ce que la société définit généralement comme un handicap et qui est plus communément perçu comme une « anormalité ». Philémon est né vampire. Et comme beaucoup de parents, ceux de Philémon on mis en place ce qu’il faut de stratagèmes pour normaliser leur vie de famille. Normalité à laquelle aspire de plus en plus Philémon, qui chronomètre en cachette le temps de résistance de son corps aux rayons solaires. Et qui guette, envieux, la petite bande des jeunes du voisinage qui, dans l’été finissant, traverse joyeusement les bois jusqu’au petit lac niché dans une clairière, pour batifoler, flirter, se rafraîchir, avant de longuement lézarder au soleil. Et parmi eux Camilla, sa jolie voisine…

Est-ce si paradoxal que ça ? Magnifique évocation de la famille, de l’amour maternel, de la différence, du désir d’intégration, En attendant la nuit explore avec tout ce qu’il y a de sérieux les codes de ce sous-genre du film fantastique qu’on appelle le « film de monstres ». Sans faux-semblants ni esquiver ce qu’il implique d’effroi ou de violence – on oublie trop souvent que les « héros » des classiques du genre, de Nosferatu à L’Homme invisible, en passant par Freaks… sont d’abord des réprouvés en quête d’amour et d’humanité. En digne héritier de ces illustres aînés, le film cite abondamment Frankenstein et Edward aux mains d’argent (le meilleur du cinéma de Tim Burton ne parle que de ça), tant dans le portrait attendrissant de Philémon en bête traquée que dans la critique acerbe de la micro-société qui le refuse. Signe des temps, En attendant la nuit a également beaucoup en commun avec Le Règne animal de Thomas Cailley : même réappropriation énergique et néanmoins respectueuse du cinéma de genre populaire, même revitalisation en l’adaptant aux problématiques du moment, même douceur pour raconter à travers une supposée monstruosité les affres de l’adolescence. Céline Rouzet trouve en plus le moyen, dans un dialogue particulièrement sensuel et savoureux, d’évoquer la première morsure comme préliminaire aux premiers émois amoureux. Oscillant constamment entre le drame et la comédie romantique, En attendant la nuit explore avec grâce et tristesse le destin tragique de Philémon, le vampire en butte à la société des gens normaux – ou supposés tels. Une pépite sombre et emballante.