On vous la souhaite formidable, la
nouvelle, spectateurs adorés qui nous avez fait une année 2011
débordante tant vous avez été nombreux, curieux, bavards, assidus…
On a bien compté et recompté, mais les chiffres sont têtus : 86
039… c’est le nombre de fessiers qui se sont délicatement assis,
moyennant raisonnable contribution financière, dans nos fauteuils. À
peine 220, les fauteuils. C’est comme si, toute l’année, on avait
rempli le cinéma au moins une fois par jour. C’est un peu
vertigineux. Et on ne compte pas les invités, ceux qui sont
simplement venus pour causer, pour boire un café, charger un film
sur une clé USB, prendre le soleil sur la terrasse ou petit déjeuner
avec nous.
Mais le plus intéressant dans ces
quelques 21% de progression (!) de nos entrées, c’est qu’on ne les
doit ni à la 3D à laquelle nous sommes toujours parfaitement
réfractaires, ni aux sorties nationales de blockbusters (litt. « qui
fait exploser le quartier ») – hors desquelles, paraît-il,
point de salut. La progression moyenne des salles françaises se
situe, elle, aux environs de 4%.
Le plus formidable, et là, vous nous
faites un sacré plaisir, c’est que cette nouvelle année commence
avec le succès de Louise Wimmer, beau film qui témoigne si bien de
l’air du temps et qu’on se prépare à garder longtemps.
Il faut savoir que les «
professionnels de la profession » considèrent que la vie d’un film
comme celle des roses s’étiole en peu de temps (3-4 semaines
maximum), qu’un titre chasse l’autre et qu’il est impossible qu’un
film ait plus de succès en « reprise » qu’en
« exclusivité ». C’est le « marché » qui
impose ses règles. Et ce n’est pas la moindre fierté d’Utopia, qui
s’est justement construit à Montpellier, main dans la main avec le
Diagonal (qui réalise lui aussi une année formidable), en érigeant
la « reprise » en principe de fonctionnement, d’arriver à
contredire cette prétendue fatalité. Du coup, on a vu depuis quatre
ans certains « petits » films même pas réalisés par
Dany Boon rester plusieurs mois à l’affiche à Montpellier – ce
qui ne se fait quasiment plus nulle part – et enregistrer un nombre
d’entrées à faire pâlir d’envie les « bombes à
fragmentation » hollywoodiennes. Parallèlement, nos
rendez-vous café-croissant-ciné du dimanche matin, « Manger
sans paysans », « Sortir du nucléaire » ou autres
rencontrent un succès croissant (ou pain au chocolat), grâce aux
étudiants de Paul-Valery les Ciné-campus ont pris depuis deux ans
une vigueur épatante, nos propositions de séances tordues
estampillées « Absurdes »® comblent les pervers
cinéphiliques de toutes les générations, on croule sous les
suggestions, propositions, envies de toutes sortes… et Vidéo en
poche vogue vers sa quatre millième clé USB remplie à une caisse
Utopia tandis que le nombre de titres proposés s’élargit avec
l’adhésion de nouveaux distributeurs.
Visons aux urnes !
Là où ça fait mal !
2012 s’annonce fertile en
rebondissements divers (on vous causera une prochaine fois du
numérique, qui va squatter nos cabines dès la fin février). Mais
s’il y a une chose qui nous tracasse, nous turlupine, nous énerve
à l’heure où je vous cause… c’est bien de voir à quel point
certains politiques et certains médias associés (voir Les nouveaux
Chiens de garde !) tentent de canaliser le débat public en
moquant, caricaturant, tordant les mots et les intentions de ceux qui
nous sortent un peu de l’accablant ordinaire démagogique en
prononçant des paroles un peu fortes et un peu subtiles. Ça a du
vous sauter aux yeux aussi, mais j’ai comme idée que certains nous
prennent pour des andouilles. Si, si ! La vulgarité la plus
basse, le racisme le plus gras, et même pire… déferlent par flots
pour étouffer toute pensée un peu nuancée (ah ! Les Guéant, les
Coppé, les Morano, etc.) il faut être fichtrement entrainé, avoir
du coffre et des convictions fortes pour arriver à tenir le choc des
coups bas et des sales manœuvres. Bref, tout ça pue assez fort, et
on ne se sent pas de rester tranquilles, peinards, en comptant les
coups.
Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon et
Philippe Poutou AU POUVOIR !
Non, mais, avouez que ça aurait une
sacré gueule, non ? Premier principe : Si on veut une société
meilleure, il vaut mieux commencer par élire des gens qui ne sont
pas pourris jusqu’au trognon, ont l’éthique chevillée au corps,
et des convictions qui tiennent la route. Comment peut-on voter pour
des trafiquants d’armes, des bandits de grand chemin et s’étonner
de se retrouver détroussés jusqu’à l’os… Cherchons ceux,
parmi les candidats, qui ont une histoire cohérente, l’utopie
chevillée à l’âme. Fuyons ceux qui gesticulent des slogans creux
et insincères pondus à prix d’or par des conseillers en
communication, ceux qui pantouflent depuis trop longtemps dans des
assemblées où ils pratiquent plus les chaises musicales et le cumul
des mandats que la recherche de l’intérêt public… Il nous faut
du sang neuf! De la chair fraiche, des idées qui décoiffent! Si on
s’y met tous, ça devrait le faire !
Et surtout n’oubliez pas :
ne pas voter,
c’est élire un con !