U-BLOG 34

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mardi, juin 15 2010

L'« affaire Utopia » autour du film israélien : une polémique obscène

Simone BittonTexte publié par Simone Bitton sur son blog de Rue89

Les échos du brouhaha autour de la déprogrammation du film A cinq heures de Paris par le réseau de salles Utopia - et son remplacement par mon film Rachel - me sont parvenus tardivement, plus d'une semaine après le début de cette étonnante polémique. Je suis actuellement au Maroc où j'enseigne à l'école de cinéma de Marrakech, et ne suis bien entendu pour rien dans cette initiative des animateurs d'Utopia, de même que mon producteur ou mon distributeur français , qui me disent avoir simplement remarqué une très légère hausse dans le volume des demandes d'exploitation du film, tant en France qu'à l'étranger, ce qui est tout à fait normal s'agissant d'un film dont le sujet résonne fortement avec l'actualité.

Tout comme Leon Prudovsky (le réalisateur du film déprogrammé), je ne contrôle pas la distribution de mes films , ces choses se passent entre exploitants et distributeurs. Comme lui, il m'est arrivé à plusieurs reprises d'avoir la mauvaise surprise d'apprendre qu'une sortie en salles ou une diffusion télévisée d'un de mes films était annulée ou repoussée afin de laisser place à un autre film, à une rediffusion ou à une émission spéciale suite à tel ou tel événement. Ce sont des choses désagréables qui arrivent souvent dans notre métier, mais s'agissant de A cinq heures de Paris, qui bénéficie d'une sortie française sur une cinquantaine d'écrans, cette déprogrammation n'a rien de dramatique, d'autant que le film sera montré dans les salles Utopia un peu plus tard.

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lundi, juin 14 2010

Eyal Sivan : « Utopia, se réveiller »

Lettre d'Eyal Sivan, Paris 14 Juin 2010.

Cela fait des années que les salles du réseau Utopia accueillent à la fois les films et les débats autour d'importants sujets de société dont la France d'en-haut n'aime pas discuter. Les salles Utopia font le lien entre un cinéma indépendant, les réseaux associatifs locaux et les spectateurs. Mais parmi tous les débats, c'est le conflit israélo-palestinien qui soulève le plus de passions.

Qu'on soit pour ou contre la décision prise par le réseau Utopia de se désengager de la sortie nationale du film israélien A 5 heures de Paris de Leonid Prudovsky en décalant sa sortie de quelques semaines, pour programmer un autre film réalisé par une cinéaste israélienne Rachel, de Simone Bitton, le réseau Utopia doit être salué pour avoir utilisé sa liberté d'action et d'expression.

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samedi, avril 3 2010

Les salles indépendantes seront-elles les « dindons de la farce » numérique ?

Plaidoyer pour une diversité culturelle et un cinéma numérique durables

L'exploitation cinématographique est à l'aube de changements technologiques propres à bouleverser l'équilibre de la profession, mettant en péril un nombre important de salles du parc français, et par là même la diversité culturelle. Le CNC a travaillé dur à élaborer un mécanisme de fonds de mutualisation (voir document en annexe) qui aurait permis de préserver l'existence de ces salles en les aidant dans la transition vers la projection numérique. Mais ce mécanisme n'a pas été approuvé, contre toute attente de la profession, par l'Autorité de la Concurrence, alors qu'au même moment, le dernier grand groupe à ne pas s'être encore équipé annonçait la numérisation de ses 800 écrans, accélérant le basculement de l'exploitation vers cette nouvelle technologie. C'est un coup dur pour la profession, mais le communiqué de l'Autorité de la Concurrence ne manque paradoxalement pas d'intérêt et nous devrions saisir cette opportunité pour approfondir notre réflexion sur les implications de cette mutation, et dépasser une déception légitime. C'est dans cet esprit que les salles ISF tiennent à proposer quelques pistes de réflexion.

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samedi, février 27 2010

« On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici ! »

Manifeste du collectif des cinéastes
pour les "sans-papiers":


- lien vers le film -

« On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici ! »

Un travailleur sans papiers et un travailleur avec carte de séjour, c’est
quoi la différence ? Pas visible à l’œil nu, pas visible même avec une
caméra. Et pourtant, ils sont là. Ils travaillent, ils construisent nos
immeubles, réparent nos rues, posent les rails de nos tramways. Ils
nettoient nos bureaux, font le ménage dans nos appartements,
s’occupent de nos malades et des plus vieux d’entre nous. Ils lavent la
vaisselle et les cuisines de nos restaurants, s’occupent de la sécurité de
nos grands magasins, sont la main d’œuvre secrète de nos agences
d’intérim… Avec ou sans papiers, leurs tâches sont les mêmes.
Avec ou sans papiers, les obligations des uns et des autres sont aussi les
mêmes : ils payent les cotisations sociales, l’assurance-chômage, la
sécurité sociale, les impôts... Comme tout le monde.
Alors, quelle est la différence ?
La différence, c’est qu’un « sans-papiers » au chômage ne touchera pas
d’allocation. La différence, c’est qu’un « sans-papiers » cotisera pour la
retraite mais n’en touchera jamais un centime...
Les mêmes devoirs, mais pas les mêmes droits. Et cela parce qu’il lui
manque un papier, un seul : la carte de séjour.
On peut fabriquer une voiture en Roumanie pour la vendre en France,
on ne peut pas délocaliser les métiers du bâtiment ou les services à la
personne. Alors on délocalise sur place, on emploie des « sans-papiers ».
Un « sans-papiers », c’est d’abord un travailleur sans droits !
Un travailleur qui vit dans la peur d’être expulsé, et qui s’il est licencié,
n’a aucun recours mais une seule perspective : la reconduite à la
frontière. Cette injustice est insupportable pour qui attache de la valeur
à la devise de la République inscrite sur les frontons de nos écoles.
C’est pour cela que nous avons décidé de nous mobiliser aux côtés de ces
travailleurs, comme nous l’avions fait pour les enfants de
« sans-papiers » avec le film « Laissez-les grandir ici ! ».
C’est avec nos regards de cinéastes que nous voulons
à nouveau marquer notre solidarité.
« On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici ! » proclament les travailleurs
sans papiers en grève. L’égalité des droits est l’exigence de tous.
Régularisation de tous les travailleurs sans papiers, c’est ce que nous
exigeons avec eux.

mardi, février 23 2010

Non à l'implantation d'Agrexco dans le port de Sète.

Lettre ouverte aux conseillers régionaux du Languedoc-Roussillon

Mesdames, Messieurs,

Vous n’êtes pas sans savoir que depuis près d’un an maintenant, un mouvement international de contestation de la politique de l’état d’Israël est en plein essor. Des citoyens, des entreprises, des institutions publiques telles que les douanes, mais aussi des gouvernements et des ministres se mobilisent afin de dénoncer les violations, par Israël du droit international ainsi que l’implication des États européens dans la commercialisation de produits en provenance des territoires palestiniens occupés.

À la suite de l’offensive de l’armée israélienne à Gaza en décembre dernier, l’assemblée générale de l’ONU vient d’approuver le rapport Goldstone qui dénonce les crimes de guerre et les possibles crimes contre l’humanité commis par Israël.

A ce titre, tout au long de cette année 2009, suite à des dénonciations sur le financement des colonies israéliennes par Dexia, banque franco belge, et à la procédure de l’AFPS pour l’annulation du contrat avec Veolia et Alsthom pour le tramway à Jérusalem, plusieurs « sanctions » ont été appliquées par des pays européens. Veolia a perdu plusieurs marchés importants : à Stockholm (métro), au Royaume Uni (ordures ménagères à Sandwell), en Irlande (distribution d’eau à Galway) et à Bordeaux (réseau urbain de transport).

Le dernier cas, celui de Brita, société allemande est particulièrement intéressant puisque l’avocat général de la Cour de justice des communautés européennes affirme : « le régime préférentiel en vertu de l’accord CEE- Israël ne peut être appliqué à un produit originaire de la Cisjordanie et plus généralement des territoires occupés » Israël bafoue ce principe en se servant de ses sociétés d’exportation telles que AGREXCO- Carmel, qui est un rouage essentiel de sa politique de colonisation des Territoires palestiniens et un de ses principaux instruments économiques. Cette société dans laquelle l’état est majoritaire, exporte 70% des produits des colonies israéliennes dont ceux de la vallée du Jourdain où 7000 colons se sont appropriés 95% des terres des paysans palestiniens et contrôlent 98% de l’eau.

Si Agrexco s’implantait à Sète la France deviendrait le portail européen pour les fruits et légumes de l’occupation. En persistant dans ce choix Agrexco/Carmel comme client GF Groupe et le Conseil Régional LR se rendraient complices des violations du droit international et humanitaire, notamment de la IVème convention de Genève.

Par ailleurs l’économie agricole du Languedoc Roussillon déjà confrontée violemment aux dérégulations du marché et à la concurrence sauvage orchestrée par quelques géants de l’agro alimentaire est en crise. Ce n’est pas en augmentant massivement les tonnages de légumes et fruits importés que le Conseil régional l’aiderait à se redresser ! Au contraire.

Face à cette situation, une large coalition d’organisations nationales et locales (104 à ce jour) s’est constituée, elle refuse la présence d’Agrexco/Carmel dans le port de Sète : en effet, le développement du port est souhaitable mais il doit participer prioritairement à la relocalisation de l’économie régionale. L’argent public ne doit pas bénéficier à une entreprise criminelle, il doit permettre de développer les activités locales.

Comment pourriez-vous en tant qu’élu vous faire complice d’une telle entreprise qui tôt ou tard sera condamnée par un tribunal ? Comment pourriez-vous accepter que votre nom et votre parti soient entachés d’une telle prise de position ?

L’éthique et le Droit devraient vous conduire à vous désolidariser publiquement de ce projet et à exiger avec nous le refus d’Agrexco/Carmel à Sète, c’est ce à quoi nous vous invitons.

La « Coalition contre Agrexco »

Utopia sur les bancs d'infamie...

UTOPIA SUR LES BANCS D'INFAMIE…

Et voilà !

Ce lundi 15 février le tribunal correctionnel d'Avignon nous a relaxé !

Vous étiez nombreux à nous soutenir (la grande salle d'audience a été bien trop petite) et nous vous en remercions, mais l'histoire n'est pas finie. Nous avons donné rendez-vous à Yan Moix et au Figaro le 23 mars au Tribunal de Grande Instance de Paris.    


Ci-dessous l'historique de cette histoire :


LE TEXTE DE YANN MOIX PARU DANS LE FIGARO

(cliquez dessus pour le voir en grand)

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Ça vous en bouche un coin ! Voilà Utopia rangé par certains dans la catégorie des affreux antisémites… Ne riez pas, c’est du sérieux, même que nous voilà embarqués dans deux procès : l’un fait ici à Utopia Avignon par l’Association Culturelle Juive des Alpilles (Nous sommes convoqués au Tribunal correctionnel d’Avignon, le lundi 15 février à 14h00), l’autre initié par chacun des Utopia de France et de Navarre à l’encontre du Figaro et du chroniqueur Yann Moix (Ça sera le 23 mars à Paris). Pour que vous puissiez juger de l’affaire par vous-mêmes, vous trouverez ici l’intégralité de la prose de Moix : Une utopie pourrie ; le texte des gazettes sur le film Le Temps qu’il reste…

C'est ainsi que commençait la présentation dans notre dernière gazette où réagissaient des membres des équipes des cinémas Utopia. Nous publions cette fois-ci une sélection de témoignages que nous avons reçus.


Merci pour l’abondance de vos réactions, vos lettres, longues, documentées,  passionnantes, vos témoignages, vos encouragements.

Merci à l’UJFP (Union Juive Française pour la Paix) de nous apporter son soutien, merci aux Amis de  l’Huma, au MRAP Vaucluse et tant d’autres...


Utopia, objet d’un règlement de comptes ? Il se trouve que l’association des Amis de l’Humanité dont je suis le Secrétaire a été associée à la projection, en avant-première, le 17 juillet 2009, à Avignon, du film d’Elia Suleiman, Le temps qu’il reste, objet du texte en cause. La séance a été suivie d’une discussion libre, ouverte au public, sans que le moindre épithète soit prononcé contre qui que ce soit, en dépit de la cruauté de l’histoire vécue par les Palestiniens.

Tous ceux, dont nous sommes, qui suivent l’activité d’Utopia-Avignon, savent que la programmation des films, comme leur présentation, n’est inspiré par aucun racisme. La salle est réputée, dans les milieux les plus divers, pour son ouverture d’esprit, la qualité de ses choix, et la diversité de ses invités. Une chose est de discuter telle ou telle formule, comme celles du magazine d’Utopia, voire de la désapprouver, autre chose est d’appeler à prononcer des condamnations globales et définitives visant à attribuer à l’autre partie des positions et une idéologie moralement infamantes. L’article publié dans Le Figaro rapproche les responsables d’Utopia de Robert Brasillach, collaborateur, fusillé à la Libération pour propagande en faveur des nazis. Cet excès même témoigne d’une volonté de règlements de comptes politiques, ce qui relève du débat public et non de la justice. Comment ne pas rappeler, dans ces conditions, la longue liste de ceux, mouvements, intellectuels, journalistes, élus, artistes, syndicalistes, qui se sont vus cités en justice pour des commentaires sur la politique israélienne, commentaires invariablement qualifiés d’antisémites. L’antisémitisme, comme tout racisme, est un crime sans nom. Mais on ne peut l’invoquer, s’agissant de faits sans commune mesure avec un sujet aussi grave et une histoire aussi tragique, dans le but de faire taire la critique du comportement de l’Etat israélien. Il serait navrant qu’un lieu d’accueil, de débat, comme Utopia, soit incité à ne plus jouer son rôle.

Charles Silvestre, secrétaire des Amis de l’Humanite

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Nous n’avons pas toujours été d’accord et nous nous sommes même affrontés. J’en ai été désolé car je trouve que nous ne sommes pas assez nombreux pour nous diviser. Or j’ai toujours rendu hommage à votre travail de qualité en faveur du cinéma que je suis depuis plus de 25 ans. Aussi c’est avec stupeur (au sens premier du terme) que j’ai découvert le mauvais procès que Le Figaro avait ouvert contre vous à partir d’une expression, « milice juive », dans un texte présentant Le Temps qu’il reste. Pour qui ne possède pas de culture historique (cela peut s’avérer fonctionnel lorsque, par exemple, on veut transformer Guy Môquet en vecteur de la communication de l’UMP ou confondre plateau de télévision et pla-teau des Glières) et réduit l’usage du terme « milice » à la période de l’occupation en France, « milice juive » peut sonner comme un oxymoron. Le politiquement correct doit-il aller jusqu’à employer une périphrase du type « groupe armé non soumis à une autorité étatique et pratiquant des actions qui seraient aujourd’hui qualifiées de terroristes » pour l’Irgoun, responsable de l’attentat de l’Hôtel King David ? Sinon, je ne vois rien de choquant dans cette expression. Le terme milice ne concerne pas uniquement la France ! Un retour sur la guerre d’Espagne apprendrait au plumitif du Figaro que Simone Weil s’est engagée dans la milice anarchiste de la CNT. Télérama place Simone Weil dans les brigades internationales (Cf. n°3086 du 4 mars 2009) : cela sonne sûrement plus politiquement correct. Tant pis si les brigades n’ont été constituées qu’après qu’elle ait quitté l’Espagne et qu’avec l’uniforme de la milice anarchiste qu’elle arbore fièrement sur la photo choisie par le magazine, elle n’aurait pas fait de vieux os dans une brigade internationale : les sbires du NKVD l’auraient liquidée. Au Nouvel Obs (06/11/08), Jacques Nerson préfère employer le terme « corps franc » pour parler de l’engagement de Simone Weil en Espagne. Surtout ne pas employer le terme de « milice » et son qualificatif « anarchiste » : il ne faudrait pas ternir gravement la réputation de la philosophe. D’ici que le lecteur l’imagine en train de faire ses courses à l’épicerie de Tarnac... Quant à George Orwell, il a combattu sur le front d’Aragon dans la milice du POUM où il fut blessé : une balle franquiste lui traversa la gorge. Après sa convalescence, il a dû fuir les staliniens qui voulaient lui faire la peau en mai 1937. Revenant sur son expérience, il pouvait écrire dans Hommage à la Catalogne : « Ce qui attire le commun des hommes au socialisme, ce qui fait qu’ils sont disposés à risquer leur peau pour lui, la “mystique” du socialisme, c’est l’idée d’égalité ; pour l’immense majorité des gens, le socialisme signifie une société sans classe, ou il ne signifie rien du tout.

Et c’est à cet égard que ces mois passés dans les milices ont été pour moi d’un grand prix. Car les milices espagnoles, tant qu’elles existèrent, furent une sorte de microcosme d’une société sans classe. »

Bon courage pour affronter les prétoires ! Il en va de la liberté de parole, que les flics de la pensée rêvent de supprimer à l’aide également de ces procédures usantes et dégradantes. Tout en souhaitant que vous ne dépensiez pas trop d’énergie, car, en paraphrasant le grand John Ford pour clore le procès en sorcellerie intenté contre Jo Mankiewicz : « Nous avons des films à diffuser, des débats à animer, des combats à mener »...

Amitiés,

Jean-Marie Tixier. Président du Cinéma Jean Eustache à Pessac

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Cher Utopia,

J’ai parcouru hâtivement et en sautant les détails le compte rendu de vos aventures juridiques avec Monsieur Moix. Si je n’ai pas encore pris la peine d’une lecture exhaustive, l’idée même de ce procès me hérissait. Tout m’insupporte. Dans le désordre, le prétexte diffamant de ce procès, les propos de Monsieur Moix aussi insultants pour vous que pour vos fidèles spectateurs, sa suffisance et sa prétention et son ton, donneur de leçon. Une première remarque à propos de l’anonymat. Dans une autre vie, j’ai travaillé beaucoup avec la presse anglo-saxonne dont la réputation n’est plus à faire, et en particulier, avec The Economist, qui est depuis bien des années, LA référence, dans le monde entier, quand on parle de journalisme. Je vous signale, que vous n’y verrez jamais la signature d’un journaliste, et c’est exactement pour cela que The Economist a acquis cette réputation de sérieux, de probité, cette qualité de réflexion et d’analyse : les journalistes de The Economist n’ont aucune chance d’y devenir des « stars » ou des « people ». Vous n’inviterez pas un journaliste de The Economist à un voyage de presse dispendieux comme cela se pratique couramment avec les journalistes du Figaro. Vous pouvez en croire mon expérience ! Par ailleurs, je suis une parisienne, qui a aussi vécu en Angleterre et aux Etats-Unis et qui est venue s’installer à Villeneuve les Avignon pour y vivre ma retraite depuis cinq ans. Je reçois beaucoup de mes amis, parisiens et anglo-saxons que j’emmène au cinéma à Utopia, c’est devenu pour eux incontournable et ils trouvent que j’ai bien de la chance d’avoir ce cinéma à proximité. Chaque fois c’est un succès, à tel point que quand ils arrivent chez moi, ils se précipitent sur votre gazette ! mais je dois être une bobo gauchiste !

Enfin, en regardant un peu la vie de Monsieur Moix, je vois qu’il a réalisé un film tout à fait récemment. Par hasard, n’auriez-vous pas fait bon accueil à son film ? Ou peut-être, pas d’accueil du tout ? Très franchement, ce film n’évoque rien pour moi. Mais j’ai vu qu’il avait suscité, comme son auteur, beaucoup de controverses...

Mais je m’égare peut-être...

Bien à vous

Marie-Dominique Tron


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À propos de la chronique de Yann Moix

Faute de temps, quand on m’a signalé, peu après sa parution, la chronique de Yann Moix attaquant Utopia, je n’y ai pas prêté grande attention. La relisant aujourd’hui, je suis partagée, comme beaucoup, entre la colère et la tristesse. Je reprends le centre de ce texte : « Le mot “milice” collé au mot “juif”, ce n’est pas un oxymore, c’est une honte. C’est définir, évacuant Auschwitz d’un coup d’adjectif non seulement mal placé mais déplacé, un concept qui donnerait aussitôt vie, dans la foulée, à de jolis avatars comme des nazis juifs, des fascistes juifs, des hitlériens juifs ».
Et comment pourrait-il ne pas exister de milices juives ou des juifs fascistes ? Est-ce que les Juifs ne sont pas des êtres humains ? Il n’est nullement besoin d’en appeler à un nouveau concept. En 1926 déjà, Gershom Scholem signait, avec d’autres intellectuels juifs, une pétition, adressée à la puissance mandataire, contre la création d’une milice juive en Palestine, arguant qu’il fallait tout faire pour « combattre l’esprit guerrier et militariste » dans les rangs sionistes et « dénoncer les slogans trompeurs qui vantent l’héroïsme et l’honneur national » (citation extraite de Un juif allemand à Jérusalem de M.R. Hayoun). Depuis, bien sûr, cet espoir s’est définitivement envolé puisqu’à la fin de l’année 1947, la « principale milice clandestine sioniste » s’installait à la Maison rouge de Tel Aviv où, en mars 1948, fut « mis la dernière main à un plan de nettoyage ethnique de la Palestine » (citation extraite de Le nettoyage ethnique de la Palestine de I. Pappé).
Mais, surtout, utiliser le nom d’un camp d’extermination nazi à ce point à la légère, pour le petit plaisir de faire glisser les mots les uns sur les autres, alors là, c’est vraiment une honte.
Ensuite, avant de comparer, dans une autre partie du texte que je ne reprends pas, l’idée de lobotomisation des élèves dans les écoles israéliennes avec les textes de Robert Brasillach, il faut peut-être écouter les Israéliens parler de leur propre système scolaire. Il n’est qu’à lire Tom Segev (Le Septième million) pour voir que, dès la naissance de l’Etat, on apprenait à l’école que dans le pays il y avait deux races : la race des dieux, qui étaient nés sur place, et une race inférieure : celle des Juifs qui venaient de la Diaspora. Sans compter les travaux menés actuellement en Israël sur ce qui est véhiculé dans les manuels scolaires à propos des Palestiniens et, plus généralement, des Arabes.
Il n’y a pas une « essence juive » qui serait forcément distincte d’une « essence nazie ». Il y a des êtres humains avec leurs histoires, leurs cultures et le risque, toujours, de vouloir se débarrasser de toute altérité. Prendre une posture qui consiste à dénoncer de l’antisémitisme là où il n’y en a pas n’évite aucunement de se laisser entraîner dans ce travers et, surtout, ne combat pas le racisme là où il est. C’est une posture aveugle qui nous met en grand danger.
A lire le texte d’A.M.F. dans la gazette n°300, j’aimerais insister sur un point. Il me semble qu’il faut souligner que, quand le CRIF est intervenu en 2004, tentant de faire pression sur Utopia pour que le cinéma annule la venue de Leila Chahid à Toulouse pour le film Ecrivains des frontières, Utopia a répondu en programmant trois autres films sur le même sujet en plus d’Écrivains des frontières. C’est-à-dire que face à ces tentatives de pression, il est possible de ne pas acquiescer. Mais, pour cela, il est nécessaire de penser. Ce que fait Utopia.
C’est un peu curieux, parfois, de voir comment certains événements relatifs à la Palestine sont déprogrammés par souci de ne pas déplaire. C’est à se demander si leurs organisateurs ont une incertitude quant à savoir si eux-mêmes sont antisémites ou non. Mais après tout, il est vrai qu’il n’y a pas eu, après la seconde Guerre mondiale, et qu’il n’y a toujours pas de questionnement sur le refus de l’altérité qui se présente sous la forme d’un racisme ou d’un autre. Sans doute est-ce pour cela, d’ailleurs, qu’on se préoccupe si peu de l’islamophobie actuelle Après la seconde guerre mondiale, il a été convenu qu’il était malséant de dire ouvertement du mal des Juifs mais il n’a pas été décidé de réfléchir vraiment à la difficulté, pour l’être humain, d’accepter l’altérité du monde, l’altérité des autres et l’altérité de soi-même. Alors, bien sûr, il ne reste qu’à se réfugier dans des postures, croyant que ça pourrait nous garantir d’être du côté du Mal. Mais il n’existe aucune garantie en cette matière, il n’existe que le choix entre l’aveuglement et la pensée.
Merci, en tout cas, aux cinémas Utopia d’être parmi ceux qui aident à lutter contre la lobotomisation du monde, et en particulier contre la lobotomisation du judaïsme.

Claire Mialhe, membre de l’UJFP.




Le texte par qui le scandale arrive :

LE TEMPS QU’IL RESTE

Ecrit et réalisé par Elia SULEIMAN


Les tragédies de l’histoire sont souvent grotesques. Les Palestiniens vivent depuis 1948 un cauchemar kafkaïen. Alors que musulmans et chrétiens coexistaient pacifiquement en Palestine depuis quelques millénaires avec la minorité juive, les puissances occidentales, en totale méconnaissance de la région, et sous la pression d’une nouvelle idéologie, le sionisme, née en Europe au 19ème siècle, décidèrent implicitement, et ce bien avant la deuxième guerre mondiale comme l’ont montré les nouveaux historiens israéliens, qu’ils seraient expulsés de leur terre pour satisfaire au rêve fou d’un état religieux juif.

Quelques massacres plus tard, perpétrés par les milices juives, c’est chose faite en 1948 avec plus de 700 000 Palestiniens jetés comme des malpropres aux frontières, et ce malgré une résolution de l’ONU exigeant le droit au retour : résolution qui, bien que revalidée près de 100 fois, ne sera jamais respectée par Israël. Au final, un non-sens en guise d’Etat, qui reste aujourd’hui schizophrénique, capable d’envoyer un transsexuel à l’Eurovision tout en choisissant un ministre des Affaires Etrangères dont le racisme ferait passer notre borgne national pour l’abbé Pierre.
Dans la tradition de ses pères spirituels du burlesque, Keaton et Chaplin, qui montrèrent en leur temps l’absurdité de la première Guerre Mondiale, c’est bien ce non-sens que le réalisateur du sublime Intervention Divine, Elia Suleiman, poète-cinéaste arabe israélien longtemps exilé (un de ces 1,3 million de Palestiniens qui purent avoir la nationalité israélienne sans bénéficier totalement des mêmes droits que leurs concitoyens juifs), a décidé de décrire poétiquement en quatre tableaux, tout en racontant l’histoire de sa famille depuis 1948.
La scène d’introduction, où Elia Suleiman, revenant au pays, se retrouve au milieu de nulle part à cause d’ un chauffeur de taxi israélien qui ne reconnait plus son chemin en implorant Dieu « qui l’a abandonné », est infiniment symbolique de cette situation où tous se demandent, Palestiniens ou Israéliens, pourquoi ils sont dans cette galère sans issue. Et dans ce no man’s land, au milieu d’une nuit d’orage, l’esprit de Suleiman refait l’histoire de son pays et de son père disparu, résistant en 1948 à Nazareth donné pour mort après que les soldats l’aient jeté dans un ravin (mais depuis 2000 ans, c’est une ville où l’on ressuscite plus facilement qu’ailleurs…).
Il revient sur son enfance dans une école juive où la lobotomisation sioniste des élèves filait bon train ; sur les deux intifada… et jusqu’à aujourd’hui. Et chacune des périodes est l’occasion, toujours de manière tendre et burlesque, de montrer le dérisoire de tout, un désespoir tranquille mêlé de cynisme donnant à chaque Palestinien une force incroyable pour surmonter l’humiliation et la violence. Sans trop dévoiler le film, on rit encore à ce voisin aux théories politiques ubuesques qui, à chaque revers des Palestiniens (et ils furent nombreux), tente de s’immoler par le feu, mais ne parvient jamais à craquer l’allumette fatale… Ou, dans un contexte plus récent, Suleiman montre que la principale arme face aux Israëliens est le dédain et l’indifférence, comme quand ce jeune homme arpente la rue de long en large en téléphonant, sans se soucier une seconde du canon d’un tank qui le suit à 180°.
La force de Suleiman est de mêler étroitement émotion et burlesque : ainsi, dans une scène bouleversante, Elia écoute les larmes aux yeux, avec sa mère devenue muette, la magnifique chanteuse égyptienne Oum Kalsoum. Avec un sens du cadre splendidement théâtralisé, et sa dégaine d’échalas égaré omniprésente, Suleiman rappelle infiniment Tati qui comme lui savait, avec une économie quasi-totale de mots et le burlesque des situations, souligner de manière impitoyable la connerie humaine. Ici le clown blanc a une jolie gueule d’Arabe et on en est totalement ravi, et un immense éclat de rire ou la fulgurante beauté d’instants poétiques sont les preuves vivantes d’une âme que jamais la crétinerie assassine d’un Netanyahu ou d’un Lieberman ne pourra abattre.





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RÉACTIONS DES CINÉMAS UTOPIA

De ma petite histoire…



J’ai grandi parmi les fantômes de deux génocides. Mon amie d’enfance était fille d’un dentiste arménien réfugié dans le petit village où je suis née et ma mère s’était précipitée chez lui autant pour faire soigner ses ratounes que pour rompre l’hostilité de villageois méfiants qui le confinaient dans un isolement douloureux. Il habitait avec sa femme et sa fille dans une unique pièce, qui servait aussi de cabinet dentaire. Quand il recevait un client, il tirait un rideau pour isoler le lit, et la roulette sifflait tandis que la soupe cuisait à petits bouillons sur la cuisinière à bois… On croyait préserver les petites des récits de ces grands malheurs en les chuchotant, mais nous ne manquions pas de capter l’essence des conversations des adultes. Mon père, qui avait passé cinq ans dans des camps de prisonniers en Allemagne, puni par un séjour à Ravaruska, savait de quoi ils causaient quand ils évoquaient ces horreurs.
Le jour où le frère de ma mère est arrivé en tenant par la main une beauté brune dont il semblait éperdument amoureux, nous annonçant qu’il allait se convertir au judaïsme pour pouvoir l’épouser, ma mère a fondu de bonheur : ce qu’elle redoutait le plus, c’était l’athéisme qu’Henri affichait et qui lui semblait devoir le précipiter aux enfers. Le Dieu des Juifs, pour elle, était le même que le sien, un Dieu amour, gentil, qui nous attendait tous sur un nuage… C’est ainsi que mon oncle est « devenu » juif et on a copiné très vite avec la famille d’Esther réfugiée à Alès, où ses membres travaillaient dans la confection. Là encore on chuchotait les horreurs des camps, on égrenait les noms des morts tandis que les petits jouaient dans leur coin… Et nous découvrions, sans que les grands y fassent attention, les cruautés du monde et la relativité de la vie.

Il n’est pas impossible que cette conscience de la fragilité de l’existence ait compté dans mon choix de rompre un jour avec une vie tracée d’avance pour m’embarquer dans une aventure qui avait les couleurs des valeurs que j’avais ainsi reçues.

… à l'histoire d'Utopia.

 « Le cinéma facteur d’ouverture pour l’intelligence et le coeur, la connaissance des autres par les films comme moyen de lutter contre tous les racismes… » C’étaient les objectifs des statuts de notre première association. De quoi séduire le clergé d’Aix en Provence qui a conclu notre premier bail pour une salle de patronage. Défilaient sans cesse, dans ce petit cinoche embarqué dans l’ébullition d’idées qui caractérisait les années 70, militants du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire, Chrétiens défendants les sans-papiers (déjà), féministes du Mlac, etc. L’ouverture aux autres, nos bienveillants curés ne l’avaient pas entendue ainsi : nous étions bien des enfants de chœur, mais pas tout à fait selon leurs critères. Ils ne tardèrent pas à vouloir nous jeter à la rue et y parvinrent.
A contrario, cette conception un peu agitée des choses nous valut la sympathie d’ Herbert, un Juif new-yorkais, spectateur assidu et directeur de l’Institut Américain d’Aix, qui proposa de nous reloger dans l’institut d’Avignon qu’il dirigeait également et alla même jusqu’à prêter aux fauchés que nous étions les premiers sous pour aménager la salle, ne ratant pas une occasion de faire des plaisanteries sur les Juifs et l’argent…

Le hasard voulut – mais est-ce bien le hasard ? – quand il a été question de donner une extension aux salles avignonnaises, qu’un couple d’amis, l’un séfarade, l’autre ashkénaze, rentre dans le capital des structures Utopia… Et c’est ainsi qu’Utopia s’est développé grâce à des Américains, des Juifs, des Chrétiens, des maçons, des psychiatres, des Iraniens… Les films étaient le prolongement naturel de ces mélanges et les débats étaient souvent vifs. Dès nos débuts il nous sembla donc évident d’attirer l’attention aussi bien sur le génocide juif que sur les méfaits de la colonisation, les horreurs de l’esclavage et tout ce qui pouvait concerner notre époque formidable, sans nous priver d’y aller de notre point de vue local ou global…
Nous avions en quelque sorte inventé le cinéma d’opinion, du décor à la programmation jusqu’à l’expression multiple de la Gazette où les textes n’ont jamais été signés parce qu’Utopia a toujours été une aventure viscéralement collective… et histoire que personne ne commence à se prendre au sérieux !
Bien évidemment le conflit israélo-palestien a toujours compté parmi nos préoccupations, et si certains étaient directement concernés (famille en Israël etc…), les autres percevaient qu’il pesait sur le devenir du monde.

Quand David – le Séfarade cité plus haut –, en 2002, nous a confié un texte, Pitié pour les Palestiniens, qui était un appel « à la justice sans laquelle aucune paix ne sera jamais possible », il nous a semblé naturel de le publier… Le ciel nous est tombé sur la tête. Lettres d’insultes, agressivité verbale, affiches déchirées : des Juifs, en leur nom propre ou se déclarant représentatifs de toute la communauté juive, entendaient nous imposer le silence. Non Juifs, nous étions antisémites, Juifs, nous étions des traîtres, des Juifs honteux… Deux ans plus tard, quand nous annonçâmes la venue de Leila Chahid à Toulouse pour le film Écrivains des frontières, le ton monta à nouveau…
Nous avons alors pris conscience que nous n’étions pas les seuls concernés et qu’un peu partout des pressions s’exerçaient dès lors que s’exprimait un autre point de vue que la version officielle d’Israël : déprogrammation d’une semaine palestinienne à Montreuil, de Route 181, formidable film d’Eyal Sivan, à Beaubourg, pression sur les élus de Lyon, de Bordeaux, d’ailleurs… contre la venue d’une jeune troupe de théâtre composée d’adolescents palestiniens, pourtant parrainée par l’Unesco, accumulation de procès contre les personnalités les plus variées…

Au fil des dernières années, nous avons vu se mettre en place une sorte de « police de la pensée » conduite par une petite poignée d’intellos bien en cour dans les médias, brandissant avec beaucoup de facilité l’argument d’antisémitisme pour faire taire toute critique, tout trait d’humour, toute parole non conforme à la « pensée officielle » d’Israël.
Quand le Figaro a publié Une utopie pourrie, chronique de Yann Moix réagissant au texte paru dans les gazettes d’Utopia – en l’occurrence il avait lu celle d’Avignon – sur le film Le Temps qu’il reste, l’énormité des insultes nous aurait presque fait rire si elle ne nous avait paru s’inscrire dans une stratégie délibérée pour faire taire. Se voir comparés, en pire, à Robert Brasillach, fusillé à la libération, être accusés « d’avoir troqué nos bottes et nos insignes d’officiers allemands contre des sandalettes de baba-cools cinéphiles et idiots pour en finir avec tout ce qui est juif dans l’économie du monde »… nous a laissé perplexes : comment réagir à ce qui nous semblait le comble de la sottise ?

Le CRIF a bien entendu enfoncé le clou en relayant sur son site le texte de Moix, tout en renforçant son sens initial par la pratique bien connue de « l’extrait qui tue » : Utopia y devient le fleuron des nouveaux antisémites qui « veulent en finir avec tout ce qui est juif »… En septembre, confortée par le texte de Moix au point d’en faire la pièce maitresse de son assignation, l’Association Culturelle Juive des Alpilles de Saint-Remy de Provence a alors assigné Utopia Avignon au Tribunal de Grande Instance pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence et injure publique (aggravée par des propos anonymement antisémites) ».
S’il y avait hésitation auparavant quant à l’idée de se lancer dans une procédure, ce dernier fait a provoqué une réaction unanime dans tous les Utopia, tous étant concernés pour avoir diffusé le texte incriminé, à Saint Ouen l’Aumône, Bordeaux, Toulouse, Tournefeuille, Montpellier, etc. Réagissant alors aux injures de Moix. chacun des Utopia a assigné le 4 novembre l’auteur de l’article et le journal qui l’a publié. La première audience est fixée au 5 janvier, à la 17e chambre du TGI de Paris.
À suivre…

A.M.F. (Toulouse)


MOIX ET MOI



En Bretagne, tu allais à la laïque ou à l’école libre (entendez par là : catholique), t’étais bouffeur de curés ou grenouille de bénitier. Il existait aussi une troisième voie, celle des faux-culs, tendance petit commerçant, qui envoyait les enfants à la messe le dimanche, cathé le jeudi, confesse, confirmation, petite et grande communion… pour ne pas se fâcher avec la moitié (au moins) de la communauté (entendez par là : la clientèle).

Ce fut mon chemin jusqu’à l’adolescence où j’optai alors pour la tendance anticléricale.

Après un tel parcours initiatique, il m’apparaissait bien entendu que j’étais autorisé à être également bouffeur d’imams, de rabbins et de pasteurs en tout genre. C’était le temps où l’on croyait qu’un bon athée ne pouvait pas mettre la République en danger, bien au contraire…


Puis ce fut le début des années Mitterrand, les perspectives d’un monde meilleur étaient déjà ensevelies sous les ors de la République, insoumis à l’armée et fraîchement blanchi par Charles Hernu, ministre de la défense de l’époque, je m’embarquai dans l’aventure des cinémas Utopia à Avignon, mousse en cuisine. C’était la salle République et les deux salles Galante, du même nom que la rue qui a disparu, les salles aussi puisqu’elles sont devenues aujourd’hui un restaurant et que nous nous sommes depuis installés à la Manutention.
L’équipe fonctionnait peu hiérarchisée, avec prises de chou ponctuelles. Je me souviens de quelques réunions homériques où Moix n’aurait cependant pas eu sa place, car même si les débats étaient houleux, personne n’utilisait l’injure comme arme de destruction massive… Nous gardions finalement beaucoup de tenue et d’humour dans le désaccord et la polémique.
Cette façon collective de travailler, et non anonyme, n’en déplaise au polémiste Moix, ne pouvait que m’emballer. Société anonyme ! sûrement pas ! Collective dans notre façon d’agir, de travailler mais on ne peut plus personnalisée dans le rapport aux autres… et quelles personnalités, souvent fortes en gueule ! Chacun de la troupe était bien connu en ville, qui dans des associations, qui dans des mouvements politiques, ou qui dans certains bistrots… Tout ce petit monde défendait mordicus des tas de films dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, des films qui nous racontaient le monde, les gens, les pays, les guerres, les espoirs, les noirceurs de l’âme… Des cinéastes qui par leur art critiquaient ce que nous faisions subir aux hommes et à la planète et que je percevais comme autant de leviers pour la transformer. Utopique ! Bien sûr ! Pourtant quel bel accès à la réalité du monde !
Et nous en avons organisé des rencontres, autour de tellement de sujets, exprimé notre point de vue dans la gazette sur ce qui se passait dans notre ville ou à l’autre bout de la terre…
Aujourd’hui, quelques décennies plus tard, ça continue et je pense toujours que le cinéma n’est pas là pour nous aveugler mais pour nous éclairer. Il n’est pas là pour nous faire taire mais bien pour que nous discutions, réfléchissions. Et cet enthousiasme à défendre les films ne nous a pas abandonné.
Lorsque ce lundi matin, il y a quelques semaines, j’ai reçu de la main de l’huissier l’assignation en correctionnelle par l’Association Culturelle Juive des Alpilles pour provocation à la discrimination, la haine ou la violence et injure publique aggravée par des propos antisémites, mon sang ne fit qu’un tour. Se voir accusé des horreurs que l’on avait précisément combattues prouvait que le venin distillé par le chroniqueur Yann Moix du Figaro avait fait son chemin dans les chaumières au point de nous devenir soudainement inacceptable.

P.G. (Avignon)



Qu’est ce qui nourrit notre identité ?



La question est terriblement « tendance » ces dernières semaines, chacune, chacun, de Marine à Nicolas en passant par Ségolène, tentant de s’arroger les bonnes réponses à cette question. J’avoue que je m’en foutais comme de ma première VHS. Mais moi aussi, victime du premier sujet médiatique venu, j’ai fini par m’interroger… Et puis notre ami Yann Moix m’y pousse encore un peu plus.
Qui suis-je donc ? Basco-béarnais du côté de ma mère, j’avoue ressentir une certaine fierté à défiler aux côtés de ces fier-à-bras gardiens de brebis revendiquant une langue pleine de x, descendants de frondeurs qui savaient faire des cartons sur Roland et ses potes envahisseurs carolingiens au col de Roncevaux. Limousin par mon père, j’aime cette rude région de résistance qui a vu combattre dans les maquis de châtaigniers l’intraitable Guingouin et qui a apporté son soutien indéfectible à Julien Coupat et ses neuf amis, Limousins d’adoption. Français ? bof ! La seule France dans laquelle je me reconnais c’est celle des sans-culottes de 1792 et des communards, celle du Conseil National de la Résistance, sûrement pas la France chauvine, peureuse et réac qui n’aime que les Noirs et les Arabes qui marquent des buts, et votent pour un président qui leur assure de contenir l’immigration.
Un soir, alors que j’avais une dizaine d’années, un autre bout d’identité m’est tombé sur le coin du nez entre le bœuf purée et le petit suisse : ma mère me révéla tout de go qu’une de mes aïeules était juive. Soudainement le poids d’un peuple et de sa lourde histoire est tombé sur mes frêles épaules. Apprendre qu’on est juif ou même simple descendant de Juifs n’est pas aussi anodin que la découverte d’origines beauceronnes ou picardes. Un génocide est passé par là, et on ne peut traiter la chose avec légèreté. Je ne soupçonnais rien, d’autant que dans la famille de ma mère, on risquait pas d’y fêter une bar-mitzvah. Tout le monde s’était totalement converti au catholicisme jusqu’au zèle, préférant durant la deuxième guerre écouter le bon berger et se terrer derrière les rideaux vichy. Dès lors, conscient que si une uchronie tragique venait à se produire, ramenant au pouvoir une idéologie antisémite, je monterais dans le train de la mort, je me suis employé très jeune à mieux connaître, comprendre l’histoire et la destinée du peuple juif. Plus tard, étudiant en histoire, j’en ai même fait mon sujet d’étude, dans le choix de mon mémoire de maîtrise puis de ma thèse : « la communauté juive d’Alexandre à l’époque hellénistique »… Tout un programme non ? Et puis l’histoire antique du peuple juif a croisé son histoire plus contemporaine dans mon petit parcours, quand j’ai participé à mes premières manifestations en soutien au peuple palestinien face à un état israélien qui, selon moi, dévoyait un idéal égalitaire et socialiste qui était pour moi à l’époque celui des origines du sionisme. Ce nouveau combat était-il contraire à mon petit bout d’identité ? Lutter radicalement contre Israël était-il un déni de ce qu’il y avait de juif en moi ? Certains camarades d’études hébraïques ont voulu me le faire croire, me classer parmi les traîtres, voire les « juifs antisémites » pour reprendre la phraséologie délirante des détracteurs de tout opposant à Israël. Jusqu’à l’apothéose, avec Yann Moix qui nous compare à des Robert Brasillach en herbe. Et je me suis souvenu que mon père, fils de résistant et qui était pourtant héritier des valeurs de la Résistance française, n’avait pas hésité dans les années 60 à combattre l’armée de son pays pour soutenir un peuple opprimé, le peuple algérien. On l’avait jeté en prison comme traître à la nation, comme terroriste. De la même façon, lutter contre le sionisme ne sera jamais, malgré les approximations de Yann Moix, un acte antisémite. Israël est un État avec une politique impérialiste et c’est cela que l’on peut combattre et sûrement pas son peuple (la journaliste Amira Hass, les cinéastes Eyal Sivan ou  Avi Mograbi sont là pour nous rappeler l’effervescence intellectuelle en Israël). J’ai enfin compris que l’identité est avant tout la mosaïque de valeurs, d’émotions et d’indignations que l’on a accumulées. Si j’ai une identité, c’est une identité de classe : fier d’être fils de prolétaire ayant mené toute sa vie un combat anticapitaliste ; une identité antiraciste (sous toutes ces formes), une identité musicale (punk un jour, punk toujours), une identité multisexuelle… enfant de la révolution sexuelle. Par contre je me fous de mon appartenance à une nation ou à un peuple, si cette appartenance doit aller à l’encontre de ma liberté de penser. Les peuples dont je me sens proche sont les peuples opprimés qui mènent un combat légitime et juste. Et pour reprendre la mythique chanson des Bérurier Noir, « salut à toi punk iranien, salut à toi peuple kanak, etc. », au cours de nos voyages prenons tous ces identités pour construire un universalisme humaniste !
Et c’est à Utopia, après de nombreux errements professionnels, que j’ai pu trouver un  havre de paix où existe cette possibilité rare de croiser sans mépris pour les unes ou les autres la multiplicité de ces identités autant dans les films que l’on présente que dans les rencontres que l’on organise. Plus que nulle part ailleurs, n’en déplaise à Monsieur Moix, on accueille indifféremment films israéliens ou du monde arabe (vous voyez ces cinématographies très représentées sur les écrans des multiplexes, monsieur Moix ?) et nos débats sont ouverts et contradictoires. Aussi selon moi, en nous injuriant et nous assimilant à des néonazis, Yann Moix ne fait qu’aller à l’encontre du but qu’il recherche : lutter contre l’antisémitisme. Car par son délire rhétorique et nauséabond, il ne fait qu’éloigner le lecteur de l’antisémitisme réel, en désignant des faux coupables. À force de crier au loup, Yann Moix et ses amis ne font que relativiser le danger peut-être réel d’une résurgence de cette idéologie génocidaire.

J.J.R. (Saint-Ouen l’Aumône)


Spartacus et Moix



17 ans que je traîne ma charrette, de long en large dans les rues d’Avignon, distribuant la gazette (gratuite) comme du pain béni, et il n’y en a jamais assez ! « Roger’s, il m’en faut plus ! ». « Monsieur Utopia, encore un peu s’il vous plaît ! ». 17 ans que je me balade en m’arrêtant tous les 10 mètres pour saluer ou blaguer avec quelqu’un. C’est parfois embêtant, sans vouloir se vanter. 17 ans que je monte mes bobines avec toute notre petite équipe - qu’on s’éreinte 7 jours sur 7, 12 heures par jour (pas question de fermer, sous peine d’émeutes dans la ville). 12 heures par jour à organiser des débats, des rencontres, des nuits fantastiques… et on n’y fera pas fortune, pas pour vous dire qu’on est mal payé, parce qu’on s’en contente, contrairement à d’autres, mais parce que, quand j’ai rencontré l’équipe d’Utopia, j’étais un pas grand chose. Mais ça c’est une autre histoire que je vous raconterai peut-être une autre fois.
J’aimais leur programmation, leur jeunesse, leurs idées (tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes). Même si pendant ces 17 ans on s’est fait attaquer, pour notre ton, un peu vif, par les cathos intégristes (La dernière tentation du Christ, Je vous salue Marie, Amen…), par des… des quoi au fait, qui nous reprochaient de passer trop de films israéliens (c’est vrai qu’il y avait eu cette année-là une production importante de films israéliens, comme cette année d’ailleurs), par des socialos qui trouvaient que nous passions trop de films américains, etc.
On a réussi quelques coups de force, en pleine guerre des Balkans de réunir Serbes, Croates et Bosniaques pour un débat très riche, même si tous se regardaient en chiens de faïence.
C’est vrai qu’un grand nombre de cinéastes lutte contre l’obscurantisme en tout genre et je ne suis pas peu fier de projeter leurs films.
D’origine Corse. AJU VISTU ANCU TROPU (Je ne les ai que trop vus).

Quand il y a 15 ans nous nous sommes retrouvés sans toit (problème de bail) et qu’il a fallu se faire entendre à la Mairie d’Avignon, c’est un millier d’anonymes qui a envahi le conseil municipal pour que l’on nous retrouve un logis et avec succès puisque c’est ainsi que nous nous sommes installés à la Manutention. En décorant Anne-Marie Chevalier des arts et de la culture, c’est un millier d’anonymes que Madame le Maire a décorés ce jour-là. Décoration qui doit traîner avec tant d’autres récompenses dans un carton sur une étagère poussiéreuse. Parce qu’on s’en fout et qu’on n’a pas le temps et qu’il  y a beaucoup d’autres choses plus urgentes dont il faut parler avant que l’on nous fasse taire à jamais.
Je me souviens de ce soir dans notre petite salle Galante. Une panne de projecteur 10 minutes avant la fin du film. La salle République était libre quelques rues plus loin. Je descends demander aux spectateurs s’ils veulent y voir la fin du film. ce fut un oui général, un oui d’allégresse et ils m’ont suivi, ma bobine sur le  dos trois rues en contrebas dans une atmosphère de joie et d’amitié, sûrement pas d’anonymat.
C’est moi Spartacus ! Non c’est moi Spartacus, non c’est moi, non c’est moi…

R.L. (Avignon)


mardi, avril 28 2009

Hadopi, la stratégie de la rupture entre les créateurs et leur public

Nous, salles de cinéma, sommes opposées à la loi Hadopi car elle est liberticide, réactionnaire et inefficace. Nous sommes opposés à cette loi car elle ne résoudra en rien les difficultés du secteur de la création, elle tend à opposer les créateurs et leur public et semble totalement ignorante des implications des mutations technologiques actuelles sur nos pratiques culturelles. Si les salles de cinéma ont encore un avenir, c'est pour être un lieu d'échange et de partage, et non un lieu où on surveille les spectateurs avec des jumelles infra-rouge, et ou devant chaque film on diffuse un texte demandant à chacun de dénoncer son voisin (il est vrai que nous vivons des temps troublés où l'on en revient à interdire les réunions sous couvert de protéger le citoyen…). La salle de cinéma a une raison d'être, c'est d'être le lieu de l'expérience collective, et de s'inscrire pleinement dans la vie de la cité.

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samedi, avril 18 2009

Soirée autour de la loi Hadopi Mardi 28 avril à 20h15

Droits d’auteurs, numérique et libertés individuelles : la quadrature du net. Mardi 28 avril à 20h15 à Montpellier, projection «pirate» des parties I & II de Steal this film, suivie d’une rencontre-débat autour de la loi Hadopi, dite de « riposte graduée », avec Pascal Kuczynski directeur technique de l'Adullac et en collaboration avec Gilles Gouget de Divergence FM (pour cette soirée, tarif unique : 3€50).

mercredi, mars 4 2009

Du logiciel libre à Montpellier

Un rendez vous à ne pas manquer le vendredi 20 mars à la faculté d'économie, quartier Richter. Toutes les infos sur le site de l'asso montpel'libre.

samedi, février 28 2009

Séances "bébé", quésako ?

Les séances estampillées « bébé » sont des séances où les parents peuvent venir avec leurs nouveaux-nés et déguster un film pendant que ces derniers roupillent dans leurs bras. Les séances sont aussi ouvertes aux autres spectateurs. Il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son doigt ou pousse un petit cri en dormant.
Précisons bien qu'il ne s'agit pas spécialement de films pour enfants mais simplement d'une séance où les bébés seront acceptés et même les bienvenus. On évite de choisir des films trop violents et on baisse un peu le son s’il vous semble trop fort.

Éveillons les jeunes pousses, amenons-les au cinéma (même si elles dorment pendant le film...) !

Les prochaines séances :

Eden à l'ouest, vendredi 6 mars à 14h,
Doute, jeudi 12 mars à 14h10,
Les noces rebelles, lundi 16 mars à 14h,
Le déjeuner du 15 août, vendredi 20 mars à 14h10,
La journée de la jupe, lundi 30 mars à 14h10,
Au diable Staline, vive les mariés !, jeudi 2 avril à 14h30.

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