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C'EST LA FÊTE DU CINÉMA
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Jeudi 13 DÉCEMBRE 2018 à 20h15

DÉSORDRE / 10 – échos de Mai 68 au cinéma


Un cycle de projection proposé par l’association Monoquini

LES IDOLES

Écrit et réalisé par Marc’O - France 1968 1h30mn - avec Pierre Clémenti, Bulle Ogier, Jean-Pierre Kalfon, Valérie Lagrange, Bernadette Lafont, Daniel Pommereule, Philippe Bruneau, Henri Chapier, Francis Girod... Musique de Patrick Greussay et Stéphane Vilar.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

LES IDOLESGigi la folle, Charly le surineur et Simon le magicien sont des idoles de la chanson fabriquées de toutes pièces par leurs habiles impresarios, les Canasson, qui les ont lancés sur le marché du disque comme de simples produits de consommation. Gigi et Charly, qui se supportent à peine, ont été mariés par arrangement afin de mystifier les foules et leur permettre de conserver la première place du Hit Parade. Lors d’un grand gala promotionnel, ils décident de contrecarrer les projets de leurs managers et de se saborder en public en dévoilant l’imposture à leurs fans et aux journalistes.

Marc’O (Marc-Gilbert Guillaumin pour l’état civil) a déjà un parcours marqué par la subversion quand il s’attèle à la réalisation des Idoles. En 1950, à 23 ans, il organise des soirées poésie au Tabou, la célèbre cave de Saint-Germain-des-Prés où swingue la bohème artistique parisienne. Il y rencontre Isidore Isou, le fondateur du Lettrisme, dont il produit le film Traité de bave et d'éternité qui fera grand scandale au festival de Cannes. En 1952, il publie l’unique numéro de la revue ION consacré au cinéma où figure le premier texte du jeune Guy Debord. C’est en 1961 qu’il fonde le Centre de Théâtre à l’American Center, réunissant une troupe d’acteurs alors inconnus qui le suivent dans ses aventures. Un texte écrit en 1964 est porté sur scène deux ans plus tard et devient le spectacle musical le plus couru de la capitale, sur les chansons et musiques pop parodiques et volontairement crispantes signées par les compositeurs Patrick Greussay et Stéphane Vilar : il s’agit de ces Idoles, qui démontent les ficelles du monde de la variété et règlent son compte à la vague yéyé où s’exhibent les amours lénifiantes et les tragédies de pacotille de vedettes préfabriquées. Un producteur spécialisé jusque-là dans le péplum, l’improbable Henry Zaphiratos, veut à tout prix porter la pièce à l’écran. Tourné en 1967, le film sort en salle en plein Mai 68, avec son casting du tonnerre qui avait déjà mis le feu aux planches, offrant un avant-goût du soulèvement de la jeunesse qui couvait depuis déjà longtemps : Bulle Ogier incontrôlable en Gigi la folle, se déhanchant en twists survoltés, Jean-Pierre Kalfon en Dorian Gray peroxydé et moulé de velours pourpre, Pierre Clémenti en alter ego tapageur de Johnny, arborant le cuir badgé et les lunettes noires qui préfigurent le look punk de 1977. Sans oublier le défilé impressionnant des icônes underground de l’époque, parmi lesquelles l’artiste plasticien Daniel Pommereule en curé et Bernadette Lafont parodiant Sœur Sourire, Jacques Higelin, Valérie Lagrange en tailleur-lamé argent cousu à même le corps, Michelle Moretti, Elisabeth Wiener (future Prisonnière pour Clouzot), tous grimés comme des mannequins manipulés par des fils invisibles. En coulisses, André Téchiné est assistant réalisateur et Jean Eustache est au montage.

Mélange d’élégance, de nervosité stylée et de provocation, Les Idoles ont l’arrogance de dépasser leurs modèles aseptisés en créant une attitude véritablement rock, de par la ligne de hanche abrasive et le corps sèchement sexuel de ses interprètes.
C’est tout le paradoxe d’un film qui osait casser le mythe du vedettariat sans même prétendre lui en substituer un autre : les chanteurs font ici seulement semblant (avec classe), tout en incarnant par leur physique alternatif l’avènement d’une nouvelle génération, sur laquelle plane le risque sournois de la récupération par le système marchand (récupérés, Marc’O, Clémenti, Ogier, Kalfon et nombre de participants de cette fête ne l’ont pas été, il suffit de se pencher sur leur parcours de vie et leurs choix artistiques pour en être convaincu).
Finalement, rien n’a changé, l’affairisme et le culte de la célébrité sont devenus la norme, et on peut mesurer à quel point cette parodie issue des Sixties tient encore la route.