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(de champ)

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 8)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 6/05 au lundi 11/05/2020  Mercredi 6 mai, jour 51 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 6 mai de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages de chèv...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 7)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 29/04 au mardi 5/05/2020  Mercredi 29 avril, jour 44 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 29 avril de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages d...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 6)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 22/04 au mardi 28/04/2020  Mercredi 22 avril, jour 37 de l’après La séquence du confiné #34 La séquence précédente était extraite de L’as de pique, premier long métrage de Miloš Forman. Réalisé en 1964, le film suit les a...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 5)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 15/04 au mardi 21/04/2020  Mercredi 15 avril, jour 31 de l’après Comme la semaine dernière, nous vous soumettons ce mercredi quelques suggestions de films à voir (voir colonne de gauche). La semaine dernière c’était la ré...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 4)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 8/04 au mardi 14/04/2020  Mercredi 8 avril, jour 24 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 8 avril de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages de ...

MALMKROG

Écrit et réalisé par Cristi PUIU - Roumanie / France 2020 3h20mn VOSTF - avec Frédéric Schulz-Richard, Agathe Bosch, Marina Palii, Ugo Broussot... D’après Trois entretiens – Sur la guerre, la morale et la religion, de Vladimir Soloviev.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

MALMKROGDans un manoir perdu dans la campagne enneigée, cinq amis aristocrates (deux femmes et trois hommes) passent le temps en échangeant leurs points de vue sur divers sujets philosophiques. Durant les monumentales 3h20 que durent le superbe nouveau film de Cristi Puiu (découvert en 2005 avec l’extraordinaire La Mort de Dante Lazarescu), nous ne verrons quasiment rien du monde extérieur, nous connaitrons à peine plus que les divers salons de ce logis cossu où règne une sévère élégance, où le moindre bouchon de carafon en cristal est bien évidemment à sa place, où l’on n’entend que le murmure du vent et où rien ne dépasse.
La guerre, le christianisme, la politique, la mort… le programme de la discussion est ambitieux, et les sujets propices à la controverse, mais là non plus rien ne parait dépasser. On discute lové dans des fourrures, porte-cigarette à la main, d’une voix particulièrement affable et avec une curiosité toute courtoise. Tous d’origines différentes, ils échangent en français comme dans le fantasme d’une Europe noble et unifiée, une tour de Babel prête à s’effondrer. Une intransigeante leçon de politesse tout en retenue (le mot « vilain » révulse par sa violence), où la condescendance prend tellement son temps qu’on ne la reconnait pas tout de suite. Il y a quelque chose qui cloche dans ces très beaux plans-séquences. Quelque chose d’étrange qui flotte.

Le travail remarquable de Cristi Puiu sur la profondeur de champ saisit d’emblée. Miroirs et embrasures de portes viennent changer le cadre à l’intérieur d’un même plan, comme par un excitant tour de passe-passe. Les personnages se déplacent dans une même pièce mais paraissent déjà à des années-lumières les uns des autres, prisonniers de mondes séparés. Alors que ces derniers monologuent de plus belle, la caméra veut discrètement nous guider ailleurs, loin de leur parole vaine : elle panote discrètement, se focalise sur autre chose, suit un personnage qui sort du champ, oublie qui est pourtant toujours en train de parler. La discussion semble ne jamais pouvoir arriver à une conclusion pacifique (ou même une conclusion tout court). Malgré un rythme particulièrement exigeant, la tension monte, et les veines du film battent fort.
« A philosopher, l’intelligence attrape le tournis » nous prévient-on. Aurora et Sieranevada, les deux précédents films de Puiu, mettaient déjà en scène des chorégraphies domestiques en forme d’impasses qui rendaient fous leurs protagonistes. Enfermé entre quatre murs au même titre que les personnages, le temps lui-même semble tourner en rond, se dilater et se métamorphoser, jusqu’à presque se casser. La ronde des domestiques, pourtant digne d’une boite à musique, se dérègle. Dans une pièce voisine, un piano se met soudain à résonner sans qu’on s’en étonne. En sourdine, il pleut des coups sur les murs comme dans une maison victime d’esprits frappeurs.

Figés dans leurs idées rétrogrades, leur dogmatisme glacial et leurs courbettes figées, les protagonistes de Malmkrog ont l’air de fantômes captifs, empesés par le luxe qui les entoure et incapables d’interagir avec la réalité extérieure. Puiu traduit avec une intensité remarquablement magnétique le voile mortifère qui les nimbe, au même titre que les protagonistes du Huis-clos de Sartre ou du Charme discret de la bourgeoisie de Bunuel. D’une radicalité majuscule, Malmkrog est un chant splendide venu d’un autre monde.

(G. Coutaut, Le Polyester)

ATTENTION, UNE SEULE SÉANCE PAR SEMAINE, CHAQUE LUNDI