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Quiz des "trente dernières secondes" du n°101 au n°117
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Le monde du silence
LE MONDE DU SILENCE Mardi 15, Mercredi 16, Samedi 19 et Dimanche 20 décembre, le cinéma Utopia de Bordeaux assurera symboliquement les séances initialement prévues dans son programme de réouverture. Les projecteurs seront allumés, les salles seront dans le noir et les images défileront sur nos écran...

STORIA DI VACANZE

(Favolacce) Écrit et réalisé par Fabio et Damiano d’INNOCENZO - Italie 2020 1h40mn VOSTF - avec Elio Germano, Tommaso Di Cola, Giulietta Rebeggiani, Gabriel Montesi...

Du 13/10/21 au 26/10/21

STORIA DI VACANZEOn retrouve dans le film au demeurant lumineux des frères D’Innocenzo la noirceur et la cruauté dans laquelle baignent depuis toujours les contes « pour enfants » (si peu pour les enfants…) qu’on se racontait naguère au coin du feu, avant d’aller se coucher rempli d’effroi. Des histoires qui étaient autant de mises en gardes contre les menaces d’un monde plein de dangers, qui vous donnaient des clés pour survivre en milieu hostile. On vous parle d’un temps pas si lointain où Blanche Neige, Baba Yaga, La Belle au bois dormant, Hänsel, Gretel, Riquet, le Petit Poucet et toute sa fratrie n’avaient pas été passés au laminoir industriel d’Hollywood ni aseptisés par la guimauve disneyenne. « Ce n’est qu’au début du siècle dernier que les contes de fée ont commencé à bien se terminer. Nous, on veut que nos histoires soient noires et brutes. Ce n’est pas par hasard si nos contes favoris sont russes, ou ceux des frères Grimm », disent les réalisateurs en interview. Favolacce, le titre original de Storia di vacanze, se traduirait littéralement par « fables » ou « contes de fées » – le titre anglais Bad tales par « mauvais contes ». On est donc assez loin d’une historiette de vacances estivales de gamins. Même si, tout comme les enfants, les grandes vacances d’été, moments de farniente, de vacuité et de langueur, poisseux de chaleur, sont au cœur du film. Simplement, les contes noirs et peu moraux rapportés ici sont débarrassés de leurs oripeaux surnaturels et féériques.

L’été, donc. C’est un lotissement résidentiel aux abords de Rome, où vivent des familles banales, les Placido, les Rosa et les Guerrini, entourées d’une flopée de marmots. S’y agrègent des classes plus ou moins moyennes, avec une barrière sociale plus ou moins discrète, une hiérarchie immobilière plus ou moins prégnante… et le sentiment palpable d’une grande fragilité, comme si était déjà à l’œuvre la crise qui réduira tout ça à néant. Dans les classes moyennes « plus », on exhibe les signes extérieurs de sa supériorité sociale, qu’on partage comme une aumône avec ses voisins – moins par solidarité que pour se voir considéré. Les moyennes « moins » se consument en petites jalousies, rancunes mesquines, se consolent en sachant que de plus déclassés qu’eux subsistent un peu à l’écart de la communauté. La télé qui ronronne en permanence. Les maris qui rêvent des femmes des autres ou fantasment sur les adolescentes. Chaque journée qui s’écoule sans autre horizon que d’enchainer sur la suivante. Les adultes s’ennuient. Ils en deviennent sombres et méchants – les ogres ordinaires des contes. Et les enfants dans tout ça ? Les enfants sont les spectateurs pétrifiés de ce petit théâtre de l’ennui quotidien. Eux savent. Que ça ne pourra pas durer éternellement. Qu’il va falloir trouver un moyen de stopper la course effrénée et pathétique de ce monde, celui de leurs parents, qui va dans le mur. Que la solution est collective. Et qu’elle est entre leurs mains.

Guidé par la lecture troublante du journal intime d’une de ces enfants, Storia di vacanze renoue avec une tradition de comédie sociale italienne grinçante. Cette plongée en apnée dans un petit microcosme condamné fascine autant qu’elle amuse (parfois) et qu’elle terrifie (en définitive). Le conte, parabole cruelle de notre monde et de nos sociétés, a valeur d’avertissement : il est urgent d’appuyer sur le frein. Et d’écouter nos enfants.