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FAIRYTALE

Écrit et réalisé par Alexandre SOKOUROV - Russie 2022 1h18 VOSTF - Art graphique : Vyacheslav Cherepanov.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

FAIRYTALEDans une actualité cinématographique en demi-teinte pour cause de Festival de Cannes qui paralyse la plupart des distributeurs, voici un film qui est apparu tel un soleil dans la nuit, un objet unique, qui nous a rappelé ce que pouvait être la sidération face à une œuvre de cinéma. Une œuvre qui prouve s’il en était besoin que la Russie, même sous le joug d’un dictateur psychopathe, peut produire les plus grandes œuvres artistiques. Bon, il faut dire qu’Alexandre Sokourov, le réalisateur de Fairytale, n’est pas un perdreau de l’année. Artiste total adulé par son contemporain disparu Andrei Tarkovski, son travail dans plusieurs de ses films sur les lumières ambrées et sur le flou, évoquant les peintures de Turner ou de Moreau, et plus récemment ses incrustations numériques ont marqué les cinéphiles, en particulier depuis son chef-d’œuvre Mère et fils (1997), voyage sensoriel dans les derniers moments partagés par une mère mourante et son fils. Et on n’oubliera jamais non plus L’Arche russe (2002), plan séquence virtuose dans les couloirs du Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg.

Mais ce qui a – plus que tout peut-être – marqué la filmographie de Sokourov, c’est sa trilogie plus métaphysique qu’historique sur les dérives du pouvoir chez plusieurs autocrates du xxe siècle approchant de leur fin : Moloch (1999) sur Hitler, Taurus (2001) sur Lénine, et Le Soleil (2005) sur l’Empereur du Japon Hiro Hito. On retrouve le premier des trois pour ce nouvel opus aux frontières du burlesque qui met en scène quatre figures incontournables du siècle précédent : Hitler donc, Staline, Mussolini, et… Churchill, choix qui étonnera peut-être mais rappelant opportunément que, si l’Angleterre n’était pas une dictature, son empire colonial était sans pitié, et la personnalité du « vieux lion » plus trouble qu’il n’y paraissait. Donc nos quatre larrons, qui se livrèrent une des plus terribles guerres de l’histoire de l’humanité, sont réunis dans une sorte de purgatoire, une caverne/cathédrale dont l’architecture n’aurait pas été reniée par le peintre fantasmagorique Gustave Doré, au fond de laquelle on retrouve une porte gigantesque menant (ou pas) au Paradis, porte que les quatre hommes vont devoir supplier Dieu de les laisser franchir.

À partir d’images d’archives des quatre figures historiques, qui s’expriment chacun dans sa propre langue à travers la voix de comédiens, Sokourov a créé un fascinant film d’animation en images de synthèse, qui relève évidemment plus du travail du peintre que de l’informaticien. On est d’abord happé par la puissance visuelle de l’œuvre, par sa richesse graphique, puis porté par l’humour cinglant de Sokourov, qui raille l’absurde nombrilisme des quatre dirigeants, lesquels ne dialoguent jamais vraiment, se perdant en monologues qui semblent ne jamais devoir s’arrêter, d’autant que les personnages sont dupliqués en plusieurs représentations d’eux-mêmes portant différents uniformes, chacun persistant au-delà de la mort à se vouloir supérieur aux autres, avec Hitler soliloquant sa paranoïa antisémite, désignant Staline comme un petit juif géorgien, ou ânonnant à plusieurs reprises son regret de ne pas avoir brûlé Londres. Et le tout s’avère une féroce réflexion sur la totale vanité de la recherche viriliste du pouvoir destructeur.
Mais au final, ce sont quand même les audaces esthétiques de Sokourov qui subjuguent le spectateur, notamment quand les quatre hommes regardent en dessous d’eux, découvrant la masse informe et nébuleuse des damnés défilant par milliers, soldats morts et oubliés que la folie des dirigeants a conduit au trépas dans un maelström dantesque.